​Rejetés avant même d’être récoltés

Une part non négligeable des aliments produits dans le monde est perdue avant même d’être récoltée. Si certaines pertes sont dues aux caprices du climat ou aux assauts d’insectes ravageurs, un volume important de ce qui pousse sur la planète est tout simplement laissé en terre ou rejeté pour des raisons liées aux quotas, à la valeur marchande et aux standards de l’industrie. Tomates trop menues pour couvrir un pain hamburger, concombres biscornus, pommes tachetées : en matière de fruits et légumes, l’industrie agroalimentaire est sans merci. Aucune chance n’est laissée à l’originalité de dame Nature et la loi du produit parfait dicte la norme. Pour toutes ces raisons, de 25 à 50 % des produits maraîchers sont perdus avant d’atteindre le foyer du consommateur, et de 30 à 45 % des racines et tubercules, affirme l’Organisation mondiale des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Au Canada, les pertes au champ oscilleraient autour de 10 %, selon une étude du Value Chain Management Center. Rien à faire ? En Europe, les normes de grosseur et d’apparence imposées par l’Union européenne ont été abolies pour inciter l’industrie agroalimentaire à stopper ce gaspillage honteux. Aux États-Unis, le glanage a été remis au goût du jour par l’organisme Harvest of Hope, dont les bénévoles récupèrent au champ 8000 tonnes de produits maraîchers dans une vingtaine d’États américains. Des escadrons circulant en camion débarquent chez les producteurs consentants pour écumer leurs champs à la recherche des légumes non récoltés. « On ne connaît pas la situation au Québec, mais des agriculteurs me disent qu’ils laissent en terre environ 15 % des patates tout simplement parce que les machines sont conçues d’emblée pour ne pas récolter les légumes qui ne correspondent pas aux normes », déplore Dany Michaud, le directeur général de Moisson Montréal.