L’aide sociale ou la rente d’orphelin?

Cathy Desormeaux et son fils Félix. « Félix aura toujours comme seul parent une maman qui aura toujours une situation financière précaire, constate sa mère. Malheureusement, ceci n’est pas un choix, la vie s’impose à moi ainsi. »
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Cathy Desormeaux et son fils Félix. « Félix aura toujours comme seul parent une maman qui aura toujours une situation financière précaire, constate sa mère. Malheureusement, ceci n’est pas un choix, la vie s’impose à moi ainsi. »

Cathy Desormeaux sortait de l’adolescence lorsqu’une opération à la cage thoracique l’a laissée aux prises avec des douleurs chroniques et rendue inapte au travail. Les choses ne se sont pas arrangées lorsque des troubles neuroprogressifs de déficits moteurs se sont mis à affecter ses jambes et sa mobilité, une maladie qui entraîne des risques de chute élevés en fonction de la douleur et des troubles de l’équilibre.

 

À 36 ans, Cathy Desormeaux est mère du petit Félix, qui a maintenant deux ans. En juin dernier, le père du petit s’est enlevé la vie : grosse dépression. Or Cathy Desormeaux a été avisée, par les fonctionnaires de l’aide sociale, que la rente d’orphelin que son fils pourrait toucher serait désormais déduite de son chèque mensuel. Ce dernier passerait donc de 918 $ à 689,34 $ par mois. Autant dire qu’on les confine sciemment tous les deux à la pauvreté. Et qu’on prive son enfant d’un soutien non négligeable pour payer ses vêtements, ses sports, ses études.

 

« À l’âge de 13 ou 14 ans il va être en droit d’exiger cet argent-là », prévoit Cathy Desormeaux. Mère et fils se retrouveront donc en concurrence pour cet argent.

 

« Félix aura toujours comme seul parent une maman qui aura toujours une situation financière précaire, et étiquetée de la société comme “ BS ”, si vous me pardonnez l’expression. Malheureusement, ceci n’est pas un choix, la vie s’impose à moi ainsi », écrit Cathy Desormeaux.

 

À cause de son inemployabilité, Cathy Desormeaux n’a pas contribué suffisamment au régime des rentes pour recevoir une rente d’invalidité. Si elle l’avait fait, son fils serait autorisé à recevoir sa prime d’orphelin. Cette prime de 228 $ par mois est en effet accordée à tous les orphelins mineurs du Québec.

 

Cathy Desormeaux cite d’ailleurs le dépliant de la Régie des rentes du Québec qui dit que, « même si la rente d’orphelin n’est pas versée directement à l’enfant, elle doit être considérée comme un revenu personnel de l’enfant et non comme l’un de vos revenus ».

 

Cette interprétation semble différer du côté du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, dirigé par Agnès Maltais. Au ministère, on a rappelé Le Devoir en fin de journée pour nous dire qu’on ne pouvait pas commenter un cas précis, mais que des solutions étaient envisageables.

 

On enlève à ceux qui en ont le moins

 

À l’Association pour la défense des droits sociaux du Québec, on appuie entièrement la cause de Mme Desormeaux.

 

« Ce qui est typique de l’aide sociale, c’est qu’on enlève à ceux qui en ont le moins. Si Mme Desormeaux travaillait, son fils aurait le droit de toucher la rente d’orphelin », constate Christian Loupret, coordonnateur de l’organisme.

 

Pour M. Loupret, la cause de Mme Desormeaux pourrait faire avancer les choses. « On a déjà livré une bataille pour que les personnes assistées sociales puissent garder les premiers 100 $ de leur pension alimentaire. Puis ils ont accepté de laisser 100 $ par enfant », constate-t-il.

 

Mme Desormeaux a d’ailleurs tenté à plusieurs reprises d’intégrer le marché de l’emploi, malgré son handicap. « Je suis allée dans un centre de placement spécialisé pour handicapés, raconte-t-elle. J’ai même essayé de faire du bénévolat mais, comme je tombais, ils ne voulaient pas prendre de risques. »

 

Elle déplore aussi que les deux expériences de cohabitation avec des conjoints qu’elle a vécues aient été marquées par le fait qu’elle devenait totalement dépendante financièrement de ceux-ci, toujours en vertu des règles de l’aide sociale. « Être à charge d’une personne, même si elle nous aime avec la maladie, est extrêmement difficile à vivre », dit-elle.

 

Mme Desormeaux a appris récemment qu’elle pouvait recevoir de l’aide à domicile du CLSC. Elle compte également déménager sous peu dans un logement adapté aux personnes handicapées. Elle dit être entourée de nombreux amis et de sa mère, qui l’aident à prodiguer les soins à son enfant. Mais elle prévoit de devoir bientôt se déplacer en fauteuil roulant.

 

« Ma situation ne s’améliorera pas », dit-elle. La situation financière de Félix non plus.

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