Télévisions communautaires - Des bénévoles s’activent «à donner une voix à ceux qui n’en ont pas»

André Lavoie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Action communautaire

Le 17 novembre prochain, la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec aura atteint 15 ans d’existence. Ses membres, 43 entreprises réparties un peu partout dans la province, parfois depuis des décennies, font la promotion d’une citoyenneté active, critique et, bien sûr, télévisuelle.

 

C’était une époque de manifestations et de manifestes, dont certains furent même lus à la télévision à heure de grande écoute. Au début des années 1970, le désir d’expression des citoyens était immense et passait aussi par l’écran cathodique. Le téléspectateur accédait déjà à un vaste choix de chaînes grâce à l’arrivée de la câblodistribution, et c’est dans ce contexte que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a exigé des « câblos » qu’un espace communautaire soit disponible au sein du service de base.

 

Depuis ce temps, le paysage télévisuel s’est modifié de façon radicale et les télévisions communautaires autonomes ont participé à cette évolution, en subissant aussi les contrecoups. Certaines entreprises de câblodistribution se sont désengagées de cette obligation, forçant le ministère de la Culture et des Communications (MCC) à soutenir ces initiatives locales, et ce, dès 1973. C’est ainsi que des stations sont devenues autonomes par la force des choses, déterminées à faire entendre leurs concitoyens.

 

De Gaspé à Saint-Raymond-de-Portneuf, en passant par Kamouraska et les Îles-de-la-Madeleine, des bénévoles s’activent « à donner une voix à ceux qui n’en ont pas », déclare avec fierté Francine Beaulieu, directrice générale de la Fédération. Elle précise la portée de cette mission : « Nous rendons des services télévisuels aux citoyens pour qu’ils soient visibles, pour qu’on parle d’eux et pour savoir ce qu’ils font dans leur milieu. C’est une tribune. »

 

Pour passionnés

 

Pour faire fonctionner cette télévision, chaque entreprise peut compter sur des passionnés du petit écran, parfois des jeunes rêvant d’une carrière dans ce domaine, parfois des gens dans la force de l’âge engagés dans leur collectivité, parfois des retraités, dont certains vieux routiers de la télé. Une cohabitation féconde et nécessaire, selon Francine Beaulieu. « Ils proviennent tous du même milieu et ce sont souvent des gens instruits, qui n’ont pas nécessairement un bagage technique mais une excellente culture et une grande expérience de vie. Les personnes plus âgées font d’ailleurs d’excellents mentors. La télé communautaire devient ainsi le reflet de sa collectivité. » La participation citoyenne s’exerce donc autant dans le contenu des émissions que dans la manière dont elles sont conçues.

 

Cet engagement, la nécessaire « huile de bras », précise Francine Beaulieu, ne permet toutefois pas aux télévisions communautaires d’acquérir justement leur pleine et entière autonomie, y compris financière. C’est d’ailleurs une vague de fermeture de stations sans précédent qui a conduit à la naissance de la Fédération à la fin des années 1990, le CRTC ayant soulagé encore plus les câblodistributeurs de leurs obligations communautaires et imposé un cadre réglementaire parfois très contraignant, entre autres au sujet de la publicité.

 

Budgets modestes

 

Même si elles produisent et diffusent leurs émissions avec des enveloppes modestes (certaines stations affichent un budget total de 400 000 $, d’autres, environ 30 000 $), les télévisions communautaires autonomes vivent elles aussi dans un environnement concurrentiel. Le MCC continue de soutenir les efforts des membres de la Fédération et le CRTC leur donne parfois accès à des fonds, dont celui destiné à l’amélioration de la programmation locale (qui sera aboli en septembre 2014), mais les embûches sont encore nombreuses.

 

Beaucoup de télévisions publiques ou commerciales ont dû prendre, à grands frais, le virage de la haute définition ; l’écueil est tout aussi important pour les télévisions communautaires. « Elles sont rares, les télés qui ont les sous pour ça, mais on ne peut pas se permettre de rater ce virage », souligne Francine Beaulieu. Elle rêve à voix haute d’une télévision plus « décloisonnée », un mot dont la signification résonne fortement auprès de ses membres. « Ils veulent se développer mais ne peuvent le faire, à cause de lois trop rigides et d’un financement trop bas, non récurrent. Par exemple, en matière de publicité, il n’y a pas des fortunes à aller chercher, mais la réglementation actuelle ne nous permet pas des messages de plus de 15 secondes, et qui bougent. La coiffeuse du coin n’a pas les moyens d’investir dans une pub télé, mais plus de souplesse nous permettrait de rendre un service équitable entre tous les citoyens et les commerçants d’une même localité. »

 

En attendant ce décloisonnement tant espéré, les membres de la Fédération comptent bien célébrer les 15 ans d’existence du regroupement de leurs forces, lors de leur congrès annuel, ce week-end à Québec. Certains d’entre eux affichent un âge vénérable, dont Basse-Lièvre (41 ans), en Outaouais, ou Vents et marées (39 ans), dans Charlevoix, prouvant que « l’huile de bras » n’a pas manqué pour donner à leurs concitoyens une télé à leur image.

 


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