Fédération des femmes du Québec - Pour et par les seules femmes

Martine Letarte Collaboration spéciale
La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, lors de la Marche des femmes à Montréal, en 2010
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, lors de la Marche des femmes à Montréal, en 2010

Ce texte fait partie du cahier spécial Action communautaire

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) tiendra le Forum des états généraux de l’action et l’analyse féministes, du 14 au 17 novembre à Montréal, pour déterminer de grandes orientations pour le mouvement féministe.

 

Santé et bien-être, travail, économie et environnement, solidarité avec les femmes autochtones, stéréotypes, démocratie, intersection des oppressions, féminisme et nationalisme : voilà les grandes thématiques qui seront débattues lors du Forum de clôture des états généraux de l’action et l’analyse féministes, en oeuvre depuis deux ans. L’objectif de la FFQ est d’y déterminer les grandes directions à prendre pour aller vers la réalisation d’un projet féministe de société. « Nous ne travaillons pas sur le train-train quotidien ; nous avons de grandes ambitions », affirme Alexa Conradi, présidente de la FFQ.

 

Pour l’organisme, il s’agit d’un changement de dynamique. « Nous souhaitons déterminer de grands thèmes à placer au coeur du débat public pour mobiliser les femmes et la société, affirme Mme Conradi. Pendant une longue période, on a travaillé à stopper des reculs, mais c’est extrêmement démotivant. On souhaite maintenant se projeter dans un projet de société. »

 

Pour certaines orientations, la FFQ s’attend à de vifs débats. « C’est sain et normal, croit Mme Conradi. Le réseau féministe interpelle la moitié de la population. On ne peut pas penser que toutes s’entendront. Je crois toutefois que certaines orientations rassembleront les femmes dans l’unanimité. »

 

De la santé à l’environnement

 

Les débats du Forum porteront entre autres sur la santé et le bien-être des femmes. « Les luttes du mouvement féministe ont amené des changements importants, indique Alexa Conradi. Les femmes ont entre autres plus de contrôle sur leur corps, avec l’avortement, et ont accédé au marché du travail. Toutefois, elles témoignent de beaucoup de pression et de surmenage. Elles sont plus nombreuses à vivre de la dépression et de l’anxiété. »

 

La FFQ croit que cela s’explique par le fait que les femmes voient constamment leurs tâches se multiplier.

 

« Par exemple, l’État se déleste de certains rôles en matière de soins, et plusieurs femmes deviennent des proches aidantes », illustre Mme Conradi.

 

La pauvreté et la précarité seront aussi des réalités discutées. « Les femmes ont besoin d’un diplôme de plus pour gagner le même salaire que les hommes et elles sont toujours les championnes des emplois à temps partiel et surnuméraires, indique Mme Conradi. Pourquoi est-ce toujours ainsi 30 ans après que les femmes ont investi massivement le marché du travail ? Nous regarderons entre autres la question de la valorisation du travail dans les secteurs d’emploi où les femmes sont majoritaires. »

 

La FFQ abordera également le thème de l’économie et de l’environnement.

 

Présentes en grand nombre dans des domaines comme l’alimentation, l’éducation et la santé, les femmes sont aussi souvent sur la ligne de front de plusieurs problèmes sociaux, remarque la FFQ.

 

« Les femmes ont développé une vue d’ensemble sur la société, indique Mme Conradi. Comment placer les besoins des êtres humains et la viabilité de la Terre au coeur de l’économie, plutôt que de seulement se concentrer sur la production et la richesse ? Nous voulons que le mouvement féministe participe à la réflexion sur l’économie d’aujourd’hui. »

 

Thématiques

 

La FFQ a l’impression d’assister à un retour en force de la sexualisation de l’espace public et des stéréotypes sexistes, notamment dans les publicités, où la femme s’occupe souvent des malades, du nettoyage et de la préparation des repas. Cet enjeu sera débattu lors du Forum.

 

La démocratie est également l’une des thématiques choisies. « Nous nous demandons si la corruption, la concentration du pouvoir et l’affaiblissement de l’État, qui renvoie plusieurs choses à la sphère privée par suite de la pression des marchés internationaux, feraient en sorte que les femmes ne voient plus l’intérêt à participer à la politique, indique Alexa Conradi. Nous proposerons des transformations des formes démocratiques pour raviver l’intérêt des femmes. »

 

De plus, la FFQ cherchera quels gestes solidaires peut poser le mouvement féministe envers les femmes autochtones pour faire avancer leurs conditions de vie et leur droit à l’autodétermination.

 

L’intersection des oppressions est un autre thème du Forum : que se passe-t-il lorsque le sexisme rencontre le racisme, l’homophobie ou un handicap physique ?

 

Les femmes réunies se questionneront aussi sur les discours nationalistes. « Certains discours mobilisent les femmes dans l’intérêt de la nation, comme lorsqu’on dit que les femmes blanches ne font pas assez de bébés, donne en exemple Mme Conradi. Sommes-nous à l’aise avec ces types de discours ? »

 

Accessibilité

 

Plus de 500 femmes sont inscrites jusqu’à présent au Forum, un rassemblement non mixte. Pourquoi avoir exclu les hommes ? « Les hommes ont été invités à participer à plusieurs activités des états généraux de l’action et l’analyse féministes, indique Alexa Conradi. Nous avons échangé ensemble, mais le Forum est un lieu décisionnel et c’est important que les femmes aient le leadership dans les dossiers qui les touchent directement. Par la suite, les décisions seront partagées dans tous les milieux où les femmes oeuvrent et tous pourront participer aux interventions pour faire avancer le projet féministe. »

 

La FFQ invite toutes les féministes et les femmes ayant un intérêt pour les enjeux féministes à participer au débat. « Nous avons mis en place des mesures d’accessibilité pour accueillir les femmes avec un handicap, précise Mme Conradi. Nous allons répondre aux différents besoins. Il n’y a aucune raison pour que des femmes ne puissent pas participer au Forum pour des motifs financiers ou logistiques. »

 


Collaboratrice

1 commentaire
  • Louise J. Archambault - Inscrite 19 octobre 2013 14 h 33

    sexisme ordinaire

    Il y a encore tant à débattre malheureuseument. Surtout sur le sexisme ordinaire.
    Celui par exemple, admis ou presque dans les entreprises, blagues désobligeantes, propos déplacés, langage humiliant. Les femmes qui subissent ces propos n'osent les dénoncer et quand elles les dénoncent on leur rétorque le plus souvent que ce sont de mauvaises perceptions de la situation.
    Or, ces propos, surtout quand ils sont dit devant tiers, peuvent blesser profondémenent, en entamant l'estime de soi et l'intégrité physique et mental. Je suis maintenant retraitée depuis plusieurs années, mais j'ai assisté assez souvent en entreprise à des propos déplacés lors de réunions. J'ai eu connaissance d'une employée, adjointe administrative, qui si blessée par des paroles, n'a pu reprendre le travail après une grave dépression. Parler aussi de ce sexisme "ordinaire" celui non admis qu'on fait passer pour une bonne blague! Tout gestionnaire se doit dès qu'il prend connaissance de faits établis (soit le gestonnaire était présent, soit qu'il y a des témoins du geste ou paroles), d'agir de manière claire et précise et mettre en place des mesures pour que cela ne se reproduise plus. Son rôle n'est pas de culpabiliser la victime, ni de minimiser l'effet sur celle-ci. La personne "intimidante" doit savoir que cela n'est pas digne au niveau de son comportement. La personne blessée psychologiquement doit sentir une reconnaissance de sa souffrance face à ces propos pour retrouver un climat de confiance et de sérénité.