Qui s’oppose à l’aide médicale à mourir?

La ministre Véronique Hivon est préoccupée par le phénomène de multiplication des oppositions au projet de loi 52.
Photo: La Presse canadienne (photo) La ministre Véronique Hivon est préoccupée par le phénomène de multiplication des oppositions au projet de loi 52.

Des groupes qui ont présenté en commission parlementaire des mémoires distincts, mais porteurs d’un message semblable contre l’aide médicale à mourir, entretiennent des relations si étroites que certains forment une seule et même entité au registre des entreprises, constate Le Devoir.

 

Devant la commission chargée d’étudier le projet de loi 52, de nombreux groupes sont venus manifester une ferme opposition à l’aide médicale à mourir, semant un doute sur l’étendue du consensus social à ce sujet. Ce « non à l’euthanasie » semble en partie porté par des opposants qui multiplient les appartenances aux différents groupes.

 

Un exemple. Le Réseau des soins palliatifs du Québec et l’Alliance des maisons de soins palliatifs ont présenté des mémoires distincts à la commission, et ils ont été entendus séparément. Mais dans le registre des entreprises, ces deux associations ne font qu’une : c’est l’Association québécoise de soins palliatifs.

 

Le directeur général de l’association, Jessy Savaria, explique que c’est surtout par manque de moyens financiers que les deux associations forment une seule et même entité administrative. Il estime aussi que le Réseau et l’Alliance devaient présenter des mémoires distincts, car leurs préoccupations et leurs membres ne sont pas « exactement » les mêmes.

 

Des gens très impliqués

 

Des noms reviennent aussi fréquemment aux différents conseils d’administration de ces organismes anti-euthanasie, témoigne le registre des entreprises. La Dre Catherine Ferrier représente le Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie. Elle siège aussi au conseil d’administration de Vivre dans la dignité. Les deux groupes sont représentés, dans leurs relations publiques, par la firme Massy Forget Langlois.

 

Le Dr Serge Daneault, qui accompagnait la Dre Ferrier lors de l’audition du Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie, le 24 septembre, siège pour sa part aux CA du Réseau des soins palliatifs du Québec et de la Société québécoise des médecins de soins palliatifs.

 

Cette nouvelle association a été fondée cette année par le Dr Patrick Vinay. Ce dernier en est le président. Mais il est aussi vice-président de Vivre dans la dignité et a déjà été porte-parole pour le Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie.

 

La Dre Justine Farley, pour sa part, siège au CA de la nouvelle société présidée par le Dr Vinay. Elle cumule aussi des fonctions au sein de l’Association québécoise de soins palliatifs, dont elle a déjà été la présidente.

 

D’autres groupes véhiculent un message semblable, mais font cavalier seul : la Coalition des médecins pour la justice sociale du Dr Paul Saba, par exemple, ou le Rassemblement québécois contre l’euthanasie, mené par les Drs Claude Morin et Marc Bergeron.

 

La ministre à l’affût

 

La ministre Véronique Hivon semble préoccupée par le phénomène de multiplication des oppositions. Mercredi, à la directrice de Toujours Vivant/Not Dead Yet, Amy Hasbrouck, elle a demandé : « Quels sont vos liens avec les personnes handicapées ? Quels sont vos membres ? Qui représentez-vous ? »

 

La députée libérale Stéphanie Vallée a toutefois tenu à préciser mercredi que « c’est important d’entendre tous ceux et celles qui souhaitent se faire entendre ».

 

L’audition du Dr Patrick Vinay au nom de la Société québécoise des médecins de soins palliatifs a donné lieu, le 2 octobre, à des critiques des parlementaires. La ministre Hivon a demandé au Dr Vinay en quoi sa nouvelle association était « différente » du Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie, un groupe lui aussi fondé récemment et dont il a déjà été le porte-parole. « Les deux choses sont différentes », lui a répondu le Dr Vinay, la société étant « une association professionnelle ».

 

Les élus ont mis en doute sa crédibilité, réagissant à un paragraphe de son mémoire qui dit que « les médecins hospitaliers seront en conflit d’intérêts avec le malade puisqu’ils retireront des bénéfices personnels directs en posant un geste euthanasique : les lits ainsi libérés seront alors occupés par l’admission de nouveaux malades, lesquels nécessiteront des soins actifs beaucoup plus rémunérateurs ». Le Dr Vinay a précisé qu’il ne pensait pas ses collègues animés à ce point par l’appât du gain, mais que l’apparence de conflit d’intérêts l’inquiétait. Ces affirmations sont très « graves », a dit Véronique Hivon. « Quand on a des affirmations de la sorte venant d’un professeur de votre trempe, vous perdez toute crédibilité à mes yeux », a renchéri la députée de la CAQ Hélène Daneault, elle-même médecin.

 

« Ce document, tous les membres du CA l’ont vu », lui a répondu le Dr Vinay.

 

Les groupes se défendent

 

Pourquoi tous ces groupes n’ont-ils pas uni leurs forces ?

 

« Il n’y a pas eu de concertation [entre les groupes], dit Jessy Savaria, de l’Association québécoise de soins palliatifs. Je suis content, car le message est le même, malgré que personne ne se soit parlé. »

 

« Il n’est pas tout à fait exact de dire que plusieurs groupes véhiculent le même message,répond Michel Racicot, de Vivre dans la dignité. Bien que plusieurs groupes s’opposent au projet de loi 52, chaque groupe aborde la question selon la perspective qui lui est propre en toute liberté de conscience et d’expression. » La Dre Catherine Ferrier croit que « nous pouvons travailler ensemble sans nous unir en un seul groupe. Il me semble que ça donne une richesse que nous perdrions si nous voulions nous uniformiser.»

 

Elle ajoute, dans une réponse écrite aux questions du Devoir, que « 60 % des mémoires » soumis à la commission Mourir dans la dignité s’opposaient à l’euthanasie. Le collectif compte 599 médecins membres - et 11 000 personnes ont signé son manifeste, selon la Dre Ferrier.

55 commentaires
  • Jacqueline Boisclair - Inscrite 10 octobre 2013 01 h 49

    Tenez bon Mme la ministre!

    On dirait une tentative de multiplication des petits fours...
    Merci Mme Daoust-Boisvert de nous révéler ses dessous.

    J'ai confiance en vous Mme la ministre. Ce projet de loi trouve écho chez une grande partie de la population et...des médecins.

    "Mais contrairement à ce que prétendent les opposants, la profession médicale, sondée plusieurs fois, appuie l’aide médicale à mourir, tout en insistant sur la nécessité de donner aussi plus de place aux soins palliatifs – ce que vise d’ailleurs le projet de loi." Dr Alain Vadeboncoeur

    Source: http://www.lactualite.com/opinions/le-blogue-dalai

  • Claire Simard - Inscrite 10 octobre 2013 05 h 14

    Stratagème éhonté

    «Il me semble que ça donne une richesse que nous perdrions si nous voulions nous uniformiser.»

    Oui: une façon malhonnête de multiplier les avis d'opposition par les mêmes individus sous couvert de différentes associations pour faire croire à une opposition féroce à la proposition de loi. Autrement dit c'est une façon de voter plusieurs fois pour faire pencher la balance de son bord. C'est se jouer de la démocratie!
    Moi Claire je suis en faveur de la loi. Moi Simard, je suis en faveur de la loi. Moi Claire Simard je suis pour la loi. Cela fait 3 votes en faveur de la loi.

    • Michel Gagnon - Inscrit 10 octobre 2013 10 h 51

      C'est, en effet, un détournement de démocratie, du même ordre que le système des prête-noms. Et dire que ce sont probablement des gens qui exigent davantage de transparence et d'éthique de la part du Gouvernement.

  • Josette Allard - Inscrite 10 octobre 2013 05 h 46

    599médecins

    Ils feraient mieux d'aller soigner les patients qui n'ont pas de médecins que de perdre leur temps ainsi. Mourir dans la dignité çà veut aussi dire avoir le choix de sa mort quand la maladie vous plonge dans une mort sans dignité. Ce n'est pas vrai que les soins palliatifs vous aident à mourir dans la dignité. J'ai accompagné plusieurs de mes proches dans leurs derniers instants et je n'ai trouvé que de la souffrance devenue intolérable à la fin et une réponse inégale et très variable du corps médical afin de soulager ces personnes.

    • Patrick Lépine - Inscrit 10 octobre 2013 09 h 19

      Mais vous croyez réellement que de faire piquer les gens comme des chiens les aide à mourir "dans la dignité" vous?!?

      Le système "maladif" est à court de moyens pour s'occuper adéquatement de ses patients, c'est essentiellement pour cette raison qu'il tente de trouver le moyen de s'en débarrasser rapidement en douce, en donnant l'impression que "c'est le patient qui le demande".

      Il y a toutes sortes de moyen de se débarrasser de nos malades, et le plus plaisant est toujours celui qui ne nous demande pas personnellement de prendre une décision, mais de pousser les gens à prendre volontairement cette décision, c'est un grave manquement éthique à mon avis.

      Tout comme de les gaver jusqu'au bout de pillules ou de nourriture. D'être à leur "écoute" est bien plus important selon moi, même si les infirmières et préposés ne sont plus assez nombreux pour répondre à la tâche. Être à l'écoute ne signifie pas passer son temps à jouer à leur présenter des cartons rouges ou verts...

      Je pense qu'il ne manque pas de cadres dans nos hôpitaux pour aller s'enquérir des besoins de nos malades, je suggère que ceux-ci emploient leur temps qu'il ont en quantité selon les rapports comptables que nous recevons, pour aller entendre les doléances des malades!

    • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 10 octobre 2013 10 h 49

      Une très forte proportion de ces médecins sont ceux qui prennent le temps d'être présent auprès de leurs patients pour les accompagner et les soulager de leur douleur. Ils seraient certainement heureux de pouvoir compter sur votre offre comme bénévole pour offrir de votre temps auprès de ces patients, être une personne aimante leur manifestant qu'elles sont importantes à vos yeux et que vous n'attendez pas seulement qu'on les pique parce qu'elles coûtent cher à la société.

  • Marc Lacroix - Abonné 10 octobre 2013 06 h 22

    Multiplication des pains ?

    Si ,dans les faits, certains groupes sont artificiellement scindés afin de permettre la "production" d'un plus grand nombre de mémoires distinct, le 60 % évoqué à la fin de l'article ne signifie absolument rien. J'ose espérer que la ministre saura donner - la valeur qu'il mérite - à ce nombre de mémoire artificiellement gonflé.

    • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 10 octobre 2013 10 h 50

      Parmi les mémoires contre l'euthanasie, vous avez ceux des associations contre le suicide, qui établisses, avec toute leur expérience, une similitude indéniable entre les deux situations. Je vous invite à les lire...

    • Marc Lacroix - Abonné 10 octobre 2013 15 h 31

      M. Laffite, vous comparez des pommes avec des oranges. La personne qui se suicide et qui est par ailleurs physiquement en "santé" n'est pas comparable à l'autre qui est en phase terminale, qui n'a plus aucune qualité de vie à cause de la dégradation de son état physique. Qui êtes-vous pour décider que M. Untel, cancéreux, doit vivre un mois de plus à l'hôpital en attendant de mourir ? Le respect de la personne implique aussi de respecter les choix de celle-ci. Quand cette dernière est de toute façon condamnée à brève échéance, laissez-lui au moins le privilège de décider qu'elle peut partir maintenant ou demain, pas dans un mois, ou deux... ou trois, à vivre pour souffrir.

  • Martin Simard - Inscrit 10 octobre 2013 06 h 23

    Technique connue...

    Les groupes environnementaux font exactement la même chose. Le pire, c'est que même démasqués, ça se défend ce monde là! Dans ce cas-ci, se sont des médecins en plus! Pas très intelligents!

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 octobre 2013 10 h 12

      Avez-vous des preuves que des groupes se "scindent" pour paraître plus nombreux?