Prix ACFAS étudiants - Les jeunes chercheurs sont aussi primés

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Richard Arsenault
Photo: Source Richard Arsenault Richard Arsenault

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix de l'ACFAS 2013

Depuis 1944, l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) décerne annuellement des prix pour récompenser la contribution exceptionnelle de scientifiques à la recherche, et ce, dans tous les domaines du savoir. Cette année, 14 lauréats sont primés, dont cinq chercheurs étudiants.

 

Le prix Desjardins-maîtrise est destiné à un étudiant ayant entamé sa maîtrise à l’automne 2009 ou après, cette bourse d’études soulignant l’excellence du parcours universitaire du lauréat et l’encourageant à poursuivre sa carrière en recherche. Cette année, c’est Samuel Rochette, étudiant-chercheur à la maîtrise en biologie à l’Université Laval, qui mérite cet honneur.

 

S’intéressant au réseau cellulaire et plus particulièrement à sa flexibilité, les travaux qu’effectue M. Rochette visent à déterminer de quelle façon, à la suite de divers stress physiologiques, celui-ci se remodèle. Si elles s’avèrent concluantes, ses recherches pourraient aider à mieux comprendre le fonctionnement cellulaire.

 

« Tous les réseaux qui ont été décrits jusqu’à ce jour ont été caractérisés comme s’ils étaient statiques, donc dans une seule condition environnementale et génétique, précise M. Rochette. Ce qui est intéressant avec les travaux que j’effectue au laboratoire du Dr Christian Landry, à l’Université Laval, c’est qu’ils ont le potentiel d’apporter une compréhension plus dynamique des réseaux cellulaires. »

 

Prix Desjardins -doctorat

 

Après 17 années passées à enseigner le français au secondaire, Joëlle Duval est retournée sur les bancs d’école, soit ceux de l’Université de Montréal. Chercheure en sciences de l’éducation, option psychopédagogie, elle remporte cette année le prix ACFAS Desjardins -doctorat pour l’excellence de son parcours universitaire.

 

Portant sur le décrochage scolaire, les travaux de Mme Duval visent à déterminer comment, lors du passage de l’élève du primaire au secondaire, les interventions de collaboration école-famille pourraient être plus efficaces.

 

S’intéressant particulièrement au point de vue des élèves, la chercheure espère démontrer qu’une plus grande prise en compte des besoins exprimés par ceux-ci permettrait d’améliorer le processus d’intervention.

 

« Dans la littérature scientifique, on donne rarement la parole aux enfants ; de là découle l’originalité de mon projet. Lors de celui-ci, je parlerai aux parents, aux enfants et aux enseignants. Je demanderai aux adultes ce qu’ils font pour aider les élèves en difficulté d’apprentissage à faire une transition scolaire primaire-secondaire réussie, parce qu’il s’agit d’un important facteur de risque de décrochage scolaire. En ce qui concerne les enfants, je leur demanderai de me faire part de leurs besoins. Je vais comparer et analyser le tout afin de déterminer si les besoins des enfants sont véritablement comblés par les interventions des adultes », vulgarise Mme Duval.

 

Prix Ressources naturelles

 

Attribuée à un étudiant au doctorat dans le domaine des ressources naturelles, la bourse Ressources naturelles a pour objectif de souligner les résultats des études de deuxième cycle et la qualité du projet doctoral du méritant. Menant ses recherches à l’École de technologie supérieure en génie de la construction, avec une spécialisation en hydrologie, Richard Arsenault remporte l’édition 2013 de ce convoité prix de l’ACFAS.

 

Utilisant le Modèle régional canadien du climat (MRCC), un simulateur de climat à haute résolution qui est capable de recréer avec précision les conditions climatiques, pour ajuster les paramètres d’un autre outil numérique, le modèle hydrologique, grâce à ses travaux, M. Arseneault souhaite pouvoir prédire avec précision le comportement de bassins versants québécois, chose encore impossible.

 

« Une mauvaise gestion de l’eau peut causer d’énormes dégâts, comme des inondations. En revanche, une bonne gestion peut être très profitable. Mais, pour bien gérer l’eau, il faut savoir comment la contrôler, ce qui n’est pas le cas actuellement, car on manque de données mesurées, surtout parce que l’équipement pour obtenir ces données coûte très cher. En utilisant le MRCC, mon objectif, c’est de trouver une façon de continuer à faire de la recherche en hydrologie sans mesure, donc d’être capable de faire de la quantification et de la qualification de l’état des rivières sans station de mesure », résume M. Arsenault.

 

L’impact des travaux du chercheur pourrait être très important. Ceux-ci permettraient notamment de mieux gérer l’hydroélectricité et de mieux prévenir les inondations.

 

Prix Institut de recherche Robert-Sauvé en santé mentale (IRSST)-maîtrise

 

Étudiante en relations industrielles, option santé et sécurité du travail, à l’Université de Montréal (UdeM), Véronique Dansereau reçoit la première bourse IRSST-maîtrise, laquelle souligne l’excellence du dossier de la candidate pendant ses études universitaires passées et actuelles et l’encourage à poursuivre sa carrière en recherche dans le domaine de la santé et sécurité du travail.

 

Première chercheure à avoir la chance de travailler avec la base de données de l’Équipe de recherche sur le travail et la santé mentale (ERSTM) de l’UdeM, dont elle fait d’ailleurs partie, Mme Dansereau s’intéresse à la comorbidité, c’est-à-dire la cooccurrence de deux troubles chez un même individu. Ses travaux visent l’exploration et la validation d’un modèle multidimensionnel de la santé mentale au travail.

 

« La littérature est très pauvre sur le sujet. Souvent, on s’attarde à la consommation d’alcool seulement ou encore à l’épuisement professionnel, mais toujours en vase clos. Moi, je voulais déterminer s’il y avait bel et bien cooccurrence chez nos travailleurs québécois. Je me suis attardée à l’épuisement professionnel ainsi qu’à la consommation d’alcool et de médicaments psychotropes. À cela, j’ai tenté de rattacher divers facteurs relatifs au travail, comme les récompenses, le soutien social et les demandes psychologiques, des facteurs hors travail, comme le revenu du ménage et les obligations parentales, ainsi que des facteurs individuels, comme le genre et l’âge », explique Mme Dansereau.

 

Les travaux de la chercheure ont établi qu’il existe bien une concomitance de l’épuisement professionnel et de la consommation de substances chez les travailleurs québécois. Ils ont également démontré que le surinvestissement, les fortes demandes psychologiques en milieu de travail, l’absence de récompenses et l’inexpérience avaient tendance à rendre les travailleurs plus vulnérables à l’épuisement.

 

« Ce qui est intéressant, c’est que ça nous permet de mieux comprendre sur quels facteurs il faut intervenir lorsqu’on est en présence d’un individu qui souffre d’épuisement, note Mme Dansereau. Si on est en présence de comorbidité, on ne traitera pas l’individu de la même façon. »

 

Prix IRSST-doctorat

 

Ayant suivi un parcours universitaire exemplaire, Valérie Albert, étudiante à l’Université du Québec à Montréal au programme du doctorat interdisciplinaire en santé et société avec spécialisations en ergonomie et en recherche évaluative, mérite la première bourse IRSST-doctorat.

 

S’intéressant à la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS), par le biais de ses recherches, l’étudiante tente de mieux comprendre les relations complexes entre le déroulement des interventions ergonomiques participatives, le contexte dans lequel elles sont réalisées et les effets de celles-ci en milieu de travail.

 

« Dans le cadre de mon projet, je vais suivre des interventions ergonomiques dans le temps pour voir quelles actions posent les intervenants en fonction des contextes de travail particuliers des entreprises. Ensuite, je vais m’intéresser aux effets de ces actions-là pour tenter d’identifier les stratégies d’intervention performantes, en fonction des différents contextes », précise Mme Albert.

 

Comptant sept années de pratique comme ergothérapeute clinicienne en réadaptation auprès d’adultes atteints de TMS avant d’entamer son doctorat, Mme Albert a su mettre à profit son expérience de travail.

 

« Sans la pratique clinique que j’ai faite sur le terrain, je n’aurais probablement pas aussi bien compris la réalité des entreprises et des personnes aux prises avec des TMS, relève Mme Albert. D’avoir été confrontée à des situations problématiques dont les solutions ne se trouvaient pas dans les livres, ç’a été le moteur qui m’a poussée à retourner aux études et à entreprendre des recherches pour améliorer nos interventions. »

 


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