Travailleurs sociaux - Des valeurs de chacun à l’insertion sociale

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des professionnels 2013

Chaque jour, le travailleur social doit gérer des conflits de valeurs dans l’intérêt des personnes et de la société dans son ensemble. L’éthique est présente dans chacun des gestes qu’effectuent les 12 000 travailleurs sociaux que compte le Québec. Ils doivent sans arrêt remettre en question leur pratique et mener un processus de réflexion qui permette de régler des conflits de valeurs. Une nécessité d’autant plus essentielle qu’ils font face à un public souvent en situation de souffrance physique ou de détresse sociale.

 

Dès 2007, l’Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ) publie deux guides, l’un sur la réflexion éthique, l’autre sur la délibération éthique. Deux ouvrages distribués à l’ensemble de ses membres.

 

« Ça prouve bien qu’on est préoccupé par cette question, estime Claude Leblond, président de l’ordre. Du fait que, parmi les valeurs que portent les travailleurs sociaux, toutes les questions de justice sociale, de défense des droits des personnes, de respect de l’autonomie sont des phares pour eux, ils sont très sensibles aux situations d’injustice et d’iniquité qui sont vécues par des personnes ou des groupes de personnes. Ils sont souvent parmi les premiers professionnels, dans une équipe interdisciplinaire, à déceler qu’il pourrait y avoir, en bout de ligne, un conflit de valeurs à résoudre et une situation qui nécessitera une délibération éthique, pour en arriver à faire un choix qui respecte à la fois les valeurs de la personne et son besoin de protection, par exemple. »

 

Évaluation

 

De par la loi, la fonction du travailleur social est d’évaluer le fonctionnement social, de déterminer un plan d’intervention et d’en assurer la mise en oeuvre, ainsi que de soutenir et rétablir le fonctionnement social de la personne en réciprocité avec son milieu, dans le but de favoriser le développement optimal de l’être humain en interaction avec son environnement.

 

L’information, la promotion de la santé et la prévention du suicide, de la maladie, des accidents et des problèmes sociaux font également partie de l’exercice de la profession auprès des individus, des familles et des collectivités.

 

Certaines des activités exclusives des travailleurs sociaux démontrent tout l’enjeu éthique qui se dégage de cette profession : évaluer une personne en matière de garde d’enfants, de droit d’accès ou d’adoption, déterminer le plan d’intervention pour une personne atteinte d’un trouble mental ou présentant un risque suicidaire, évaluer un enfant qui n’est pas encore admissible à l’éducation préscolaire et qui présente des indices de retard de développement ou encore décider de l’utilisation de mesures d’isolement.

 

« Les travailleurs sociaux exercent auprès des populations de tout âge et pour tous les types de difficultés, explique Claude Leblond, notamment relationnelles. Il y a des travailleurs sociaux dans des établissements très divers, que ce soient les centres jeunesse sur les problématiques liées aux besoins de protection des enfants, auprès des jeunes contrevenants, en évaluation et en suivi des familles qui veulent adopter ; ils interviennent dans les centres de santé et de services sociaux en périnatalité, en milieu scolaire, en première ligne, en santé mentale, auprès des personnes âgées qui ont besoin de ressources d’hébergement ou qui sont victimes de mauvais traitements ou d’exploitation, auprès des personnes en perte d’autonomie en ouverture de régime de protection, en fin de vie, etc. La très grande majorité de nos membres travaillent dans le secteur public et leur champ d’action est très, très vaste. »

 

Interventions

 

Ainsi, dans l’exercice de leur pratique, les travailleurs sociaux sont constamment confrontés à des situations où plusieurs valeurs se trouvent en tension. Le désir d’autonomie de la personne et le besoin de protection de cette personne devenue vulnérable sont deux éléments qu’il a souvent à jauger pour prendre la bonne décision.

 

« Le travailleur social étant sensible à ces deux éléments, il va souvent être porté à les défendre dans l’intérêt de la personne qu’il suit, explique M. Leblond, et à être le porte-voix de cette tension entre ces deux besoins, qui peuvent parfois nécessiter des éléments de solution qui sont à l’opposé. »

 

Comme tous les ordres, celui des travailleurs sociaux a reçu du gouvernement le mandat de réglementer et de surveiller une activité professionnelle qui comporte des risques de préjudice, dans le but d’assurer la protection du public. À cette fin, il doit notamment contrôler l’exercice de la profession par ses membres.

 

« Ainsi, chacun de nos membres est évalué selon sa pratique, note son président. Bien sûr, l’éthique entre en jeu dans cette évaluation, puisqu’il s’agit d’une compétence absolument essentielle à la pratique de la profession. La capacité de résoudre des conflits ou de porter une réflexion éthique sur la situation et de prendre une décision qui respecte les différentes valeurs qui sont en cause fait partie de l’exercice et donc du mécanisme d’inspection. Bien sûr, les problématiques d’éthique font également partie des formations que nous offrons et chaque membre est tenu de se maintenir à niveau. »

 

Préoccupations

 

Parmi les préoccupations du moment, l’ordre des travailleurs sociaux suit de près le débat autour du projet de loi 52 sur les soins en fin de vie. S’il appuie le projet, il réclame la poursuite de la réflexion citoyenne pour que soit prise en compte la situation singulière des personnes inaptes.

 

En septembre dernier, M. Leblond a pris la parole devant la Commission de la santé et des services sociaux, chargée d’étudier le sujet.

 

« Il faut que la Commission sur les soins de fin de vie puisse se pencher sur le sort réservé aux personnes souffrantes mais qui demeureront toujours sans voix, telles que les personnes n’ayant pu exprimer clairement leurs directives médicales anticipées avant de devenir inaptes, les personnes qui ont toujours été inaptes en raison d’un handicap ou d’une maladie mentale et qui ne seraient pas en mesure d’exprimer leurs volontés de fin de vie, les personnes atteintes d’une maladie dégénérative, ainsi que les personnes mineures. »

 

Encore une fois, l’éthique se retrouve au centre d’une problématique à laquelle le travailleur social aura à faire face une fois la loi votée.

 

« C’est le quotidien du travailleur social que de se retrouver sans cesse face à des dilemmes importants et de se demander quelle valeur prime sur l’autre, conclut Claude Leblond. Et il est de notre devoir, du côté de l’Ordre, de lui donner tous les outils dont il a besoin pour prendre la meilleure décision. »

 


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