Conseillers et conseillères d'orientation - Un ordre est apparu il y a 50 ans dans la foulée du rapport Parent

Assïa Kettani Collaboration spéciale
«Nous avons le devoir d’humaniser le rapport de la personne à son emploi», précise Josée Landry.
Photo: Source Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec «Nous avons le devoir d’humaniser le rapport de la personne à son emploi», précise Josée Landry.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a 50 ans, la Corporation des conseillers d’orientation professionnelle du Québec est née dans le sillage du rapport Parent, où l’orientation était conçue comme la pierre angulaire du système d’éducation. Depuis, le métier a considérablement évolué, soulevant au passage des enjeux éthiques qui se sont complexifiés à mesure que la société a évolué.

 

Alors que, il y a un siècle, on choisissait la plupart du temps son métier pour la vie, le monde du travail est aujourd’hui confronté à des problématiques d’un tout autre ordre : les crises économiques, la précarité ou les restructurations ont fait basculer les travailleurs dans une dynamique d’orientation tout au long de la vie. De plus, la recherche constante d’un équilibre entre le travail et la vie personnelle, l’évolution des attentes autour des choix professionnels et le besoin de se réaliser dans le travail font aujourd’hui partie des préoccupations centrales. De ce fait, l’orientation relève désormais du développement de la personne et s’inscrit dans un projet de vie, si bien que les 2350 conseillers d’orientation qui font partie de l’Ordre doivent maîtriser un éventail de connaissances aussi bien sociologiques qu’économiques et psychologiques.

 

Orienter quelqu’un est loin d’être un geste mécanique, pour lequel il suffit de faire passer un test ou de consulter les statistiques d’emploi. En effet, le travail du conseiller d’orientation implique « un accompagnement de la personne dans les décisions relatives à son parcours professionnel », explique Josée Landry, vice-présidente de l’Ordre. À travers une démarche complexe, parfois longue et jamais automatique, il faut faire un bilan des compétences pour savoir « ce qui les représente le mieux comme activité professionnelle et pour cerner leur potentiel ». Avant toute chose, il s’agit pour le conseiller de « comprendre la dynamique de la personne et de son travail avant de passer à l’action ».

 

Alors qu’en 1963 97 % de la clientèle des conseillers d’orientation venait des écoles, cette proportion est aujourd’hui tombée à moins de 50 %. En effet, loin de se limiter à une clientèle scolaire qui se demande ce qu’elle fera après avoir fini son cégep, les pratiques se sont considérablement diversifiées au fil des décennies. Certains consultent parce qu’ils ont besoin de définir et de clarifier leur projet professionnel après l’école ou une période de chômage. Les conseillers d’orientation interviennent également auprès de personnes qui sortent handicapées ou fortement diminuées d’une maladie ou d’un accident. Parmi les autres cas de figure, citons l’insertion professionnelle, qui concerne les décrocheurs ou les professionnels qui veulent se réorienter, mais aussi les retraités qui, face au spectre de l’inactivité, cherchent un moyen de se redéfinir, ou encore les immigrés qui ne peuvent plus exercer le métier dans lequel ils ont acquis leur expertise. Il peut enfin s’agir de consultations en entreprise pour aider les dirigeants à mieux comprendre la dynamique organisationnelle, à évaluer la relève et à chercher à savoir si les employés occupent un poste qui leur convient.

 

Dans la plupart des cas, les conseillers d’orientation prennent en charge des clients qui se trouvent dans une situation de fragilité, dans un tournant de leur carrière. « La plupart des clients qui consultent sont des adultes qui éprouvent des difficultés au travail et qui sont malheureux. » Puisqu’il s’agit « d’interrogations profondes, liées à leur identité professionnelle et à leur place dans leur milieu de travail », la relation à instaurer doit être basée sur la confiance. « Nous faisons de la psychologie du travail, poursuit Josée Landry. Nous avons le devoir d’humaniser le rapport de la personne à son emploi. » Une exigence délicate lorsqu’il s’agit d’évaluer des clients aux besoins particuliers, souffrant par exemple d’anxiété, d’un handicap ou de TDAH. L’expertise des conseillers d’orientation déborde ainsi largement sur le terrain de la santé mentale, et c’est dans cette perspective que l’évaluation en orientation professionnelle de personnes atteintes d’un trouble mental ou neuropsychologique est, depuis la loi 21, une activité réservée à l’Ordre.

 

Dignité et intégrité

 

Au coeur du code de déontologie de la profession, mis au point dès le début des années 1980 et actualisé en 2006, on trouve donc des valeurs centrées sur l’obligation de protection du public, le respect de la dignité et de l’intégrité de la personne ou encore le secret professionnel. « Il fut un temps où les résultats des consultations étaient affichés sur un babillard, comme des résultats d’examen », rappelle Josée Landry, sans égard de confidentialité, de réserve ou de pudeur. « Or certaines personnes ont des rêves de carrière farfelus, dont elles hésitent à parler publiquement, et ont besoin de créer une relation de pleine confiance pour se livrer. »

 

D’autres impératifs de la profession viennent du préjudice qui peut découler d’un mauvais jugement. « Nous avons une obligation de bien évaluer les besoins du client, pour pouvoir lui proposer un plan d’intervention qui lui corresponde. » La profession est donc surveillée : outre le code de déontologie, il y a des comités de discipline et une obligation de maintenir les compétences à jour, notamment à travers des formations continues visant à « coller au marché du travail ».

 

Et, malgré les espoirs et les mythes persistants, « le conseiller n’a pas une boule de cristal, rappelle-t-elle. Nous travaillons avec l’information dont nous disposons. » Ainsi, exercer le métier exclut un quelconque recours à toute forme de publicité mensongère : il ne s’agit pas de leur promettre une carrière rêvée, mais bien d’effectuer une évaluation rigoureuse et une analyse des besoins pour proposer des pistes réalistes. « Peut-on conseiller un retour aux études à une mère monoparentale qui risquerait d’être plongée dans une situation financière difficile ? », interroge-t-elle. Inversement, faut-il orienter en priorité une personne vers les secteurs en pénurie, au détriment de ses besoins ? « Les conseillers d’orientation doivent tenir compte de nombreux facteurs », estime-t-elle, tant au niveau du marché du travail que de la réalité du client. Ainsi, « nous devons éviter de proposer des plans d’action qui risqueraient de rendre nos clients encore plus malheureux », au risque parfois de « défaire des rêves ».

 

Et, dans l’équilibre entre la personnalité, la réalité économique et les besoins de la personne, l’ingrédient-clé se trouve justement du côté de l’éthique.

 


Collaboratrice