Collège des médecins - «On a droit à l’objection de conscience»

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
Le code de déontologie des médecins précise que « le médecin doit agir de telle sorte que le décès d’un patient qui lui paraît inévitable survienne dans la dignité. Il doit assurer à ce patient le soutien et le soulagement appropriés. »
Photo: - Le Devoir Le code de déontologie des médecins précise que « le médecin doit agir de telle sorte que le décès d’un patient qui lui paraît inévitable survienne dans la dignité. Il doit assurer à ce patient le soutien et le soulagement appropriés. »

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des professionnels 2013

Peu de professionnels conjuguent leur tâche avec des questions morales et humaines, qui touchent l’ensemble de la société, comme le font les médecins. Le groupe de travail en éthique clinique du Collège des médecins réfléchit aux grandes orientations de la pratique médicale et à leurs impacts sociaux.

 

Membre du groupe de travail en éthique clinique du Collège des médecins, le docteur Yves Robert prend bien soin de remettre en perspective les réflexions du groupe : elles ne concernent pas directement l’éthique de travail des médecins, puisque la pratique médicale est déjà bien encadrée par le code de déontologie. « Le groupe travaille sur des sujets éthiques qui concernent la profession, mais qui abordent avant tout de grandes questions sociales. »

 

Malgré cette distinction, force est d’admettre que rares sont les professions où les grandes orientations éthiques ont un impact social aussi important. Aide médicale à mourir, dons d’organes ou commercialisation d’une certaine branche de la médecine : les sujets qui méritent l’attention de ce groupe de réflexion ne manquent pas.

 

Fin de vie

 

Depuis 2009, le groupe de travail réfléchit à un sujet sous haute surveillance : les soins en fin de vie. « Nous avons établi la position du Collège des médecins, rappelle le Dr Robert, qui est que notre code de déontologie aborde déjà la question de ces soins. »

 

L’article 58 du code de déontologie se lit ainsi : « Le médecin doit agir de telle sorte que le décès d’un patient qui lui paraît inévitable survienne dans la dignité. Il doit assurer à ce patient le soutien et le soulagement appropriés. »« Nous disions donc que, dans notre interprétation et notre application de cet article, si on aide un patient à mourir dans des conditions particulières, c’est un soin approprié. » En septembre, le groupe de travail a publiquement appuyé le projet de loi 52 concernant les soins de fin en vie.

 

Mais le groupe de travail a aussi pris soin de rappeler que la question de l’aide médicale à mourir ne relève pas seulement des médecins. « Nous parlions de l’interprétation que nous allions faire, dans notre juridiction, de notre code de déontologie, mais il y avait aussi des questions sans réponse et la société dans son ensemble devait se poser ces questions et y répondre », explique le Dr Robert, également secrétaire du Collège des médecins.

 

Des questions aussi délicates ne déclenchent pas l’adhésion de tous les médecins québécois, et le groupe de travail en est bien conscient. « Nous avons salué le projet de loi 52 à ce titre, car il respectait le droit du médecin à l’objection de conscience, explique le Dr Yves Robert. Nous n’avons aucun problème avec ça. C’est le même principe dans le cas de l’avortement. On a droit à l’objection de conscience, et le système sait s’organiser pour que la profession médicale puisse quand même répondre à un besoin des patients et à un choix de société. »

 

Prévenir l’eugénisme?

 

Le groupe de travail en éthique clinique existe depuis 1999 et s’est penché, dans les dernières années, sur les médecins à l’ère des médias sociaux, sur les dons d’organes dans les cas d’arrêt cardiaque ou encore sur la procréation assistée.

 

Dans les prochaines années, le groupe de travail entend se pencher sur le cas de la génomique, autre sujet soulevant des questions éthiques importantes et porteuses de dérives possibles. Actuellement, des patients peuvent obtenir leur carte génétique, moyennant quelques centaines de dollars envoyés à des laboratoires étrangers. La plupart des gens ne peuvent par contre pas analyser ce qui s’y retrouve et se tournent alors vers leur médecin.

 

« On commence à peine à savoir comment interpréter ces résultats ou la présence de certains gènes. On ne peut donc pas établir de façon absolue ni des pronostics, ni ce qu’il faudrait faire pour éviter que les pires pronostics se réalisent », dit le Dr Robert. Et, ajoute-t-il, une fois qu’on a ces informations personnelles en main, on ne peut plus ne pas savoir…

 

La capacité de déterminer si on est porteur d’un gène dès la naissance ou même avant inquiète également le groupe de travail en éthique clinique. « On n’est pas loin de l’eugénisme…, avance le secrétaire du Collège des médecins. Le problème n’est pas encore là, mais on veut réfléchir à la question tout de suite, et nous souhaitons demander au gouvernement un encadrement dans la prescription de ces examens, afin qu’ils ne soient pas accessibles autrement que par le biais d’un contrôle professionnel. »

 

Un autre des problèmes que soulèvent les cartes génétiques est la protection des informations personnelles. Qui aura accès à ces informations et où seront-elles stockées ?

 

Dans les cartons du groupe de travail se trouve aussi la question de la « boutique médecine », qui englobe les services médicaux offerts sur une base privée, mais qui ne sont pas médicalement requis : injections de Botox ou prescription de crèmes esthétiques, par exemple. « On est devant des actes qui sont à la frontière entre le commerce et la médecine », explique le Dr Robert.

 

Des examens de laboratoire devraient aussi passer sous la loupe du groupe de travail dans les prochaines années. « L’aspect commercial de certains laboratoires nous préoccupe un peu, dit le Dr Robert. Ce n’est pas parce qu’on peut faire du profit avec un examen que c’est nécessairement une bonne idée de le rendre disponible dans le marché libre. »

 


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