Semaine des professionnels - Peut-on imaginer le Québec de l’après-commission Charbonneau?

André Lavoie Collaboration spéciale
Pour le CIQ, la commission Charbonneau est devenue un symbole de la crise de confiance entre la population et ses représentants publics, affirme Jean-François Thuot.
Photo: - Le Devoir Pour le CIQ, la commission Charbonneau est devenue un symbole de la crise de confiance entre la population et ses représentants publics, affirme Jean-François Thuot.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des professionnels 2013

Les préjugés sont parfois tenaces, dont cette conviction que les ordres professionnels protègent les intérêts de leurs membres plutôt que ceux du grand public. Jean-François Thuot, directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ), ne ménage pas ses efforts pour déconstruire quelques mythes, et particulièrement pendant la Semaine des professionnels qui se tient du 15 au 18 octobre.

 

Pour Jean-François Thuot, une semaine dans l’année, ce n’est pas trop pour célébrer le travail de 366 000 professionnels québécois répartis entre 45 ordres. Ils sont aussi bien médecins qu’ingénieurs, psychologues que dentistes, ou encore sages-femmes et… sexologues. En effet, l’Ordre des sexologues du Québec vient tout juste de joindre les rangs, cette profession comptant maintenant parmi les 53 officiellement reconnues. Mais cette reconnaissance impose aussi des responsabilités.

 

Même en suivant l’actualité d’un oeil distrait, il est facile de constater que ces obligations sont parfois malmenées. Et ce n’est pas un hasard si l’un des temps forts de la Semaine sera la tenue d’une conférence et de groupes de discussion portant un titre plutôt évocateur : « Imaginer le Québec de l’après-commission Charbonneau ».

 

Ce temps de réflexion se tiendra le 16 octobre prochain au Centre des sciences de Montréal et, pour Jean-François Thuot, il apparaissait incontournable. « Cette cinquième édition de la Semaine coïncide avec des événements importants pour toute la population québécoise, souligne-t-il. Pour le CIQ, la commission Charbonneau, c’est devenu un symbole de la crise de confiance entre la population et ses représentants publics. Parmi eux, on doit malheureusement aussi compter des professionnels et des systèmes professionnels. »

 

Crédibilité

 

Au-delà de ce triste constat et de ce que Jean-François Thuot qualifie de « déficit de crédibilité », le CIQ ne reste pas les bras croisés, cherchant à réaffirmer son rôle de rassembleur auprès de ses membres et d’éveilleur de conscience à l’égard de l’opinion publique. « Nous sommes la voix collective des ordres sur des sujets d’intérêt commun. »

 

Il rappelle également une caractéristique fondamentale du système professionnel québécois. « Il y a ici une loi-cadre, un code, pour toutes les professions, peu importe le domaine d’activité. La sage-femme est donc soumise à des mécanismes de surveillance et d’encadrement semblables à ceux qui s’appliquent au chimiste, au géologue et au dentiste. C’est unique au Canada, sinon dans le monde. »

 

Les esprits cyniques diront que ces « mécanismes » se sont parfois déréglés au cours des dernières années, provoquant des dérapages qui s’étalent justement devant la désormais célèbre commission Charbonneau. Jean-François Thuot en appelle à la vigilance d’un public « de plus en plus informé et éduqué », tient-il à préciser.

 

« Les ordres et les syndics ne peuvent pas tout faire. Le public joue un rôle essentiel dans le rendement de ces mécanismes. S’il n’est pas satisfait d’un service professionnel, il doit mettre les ordres dans le coup, car ceux-ci ont la responsabilité de s’assurer que le dossier est mené rondement. Et, pour cela, au nom des 45 ordres, le CIQ doit mieux informer les citoyens sur leurs recours, sur ce qu’est un ordre professionnel, son mandat et son rôle dans le développement du Québec. »

 

Variations démographiques

 

Les délais parfois indus dans le traitement des plaintes représentent d’ailleurs un des enjeux étroitement surveillés par le CIQ, mais ce n’est pas le seul. « La question de la démographie nous interpelle, affirme le directeur général. On annonce une baisse des inscriptions dans les cégeps et elle risque de se répercuter dans les universités. Ce n’est pas une surprise, parce que les projections nous l’annonçaient depuis quelques années. Mais ça nous inquiète, dans la mesure où le corps professionnel, qui a augmenté [il était de 357 000 l’an dernier], risque de diminuer dans un contexte où la population vieillit. On a une préoccupation quant à notre capacité comme société de produire assez de professionnels pour subvenir aux besoins, à moyen terme. »

 

Le maintien de cette capacité passe par la concertation avec le milieu de l’éducation, tout particulièrement les secteurs collégial et universitaire, car ces derniers offrent « 400 programmes d’études qui donnent des ouvertures à des permis de pratique, précise Jean-François Thuot. C’est pour cette raison que la qualité de la relation entre les ordres et les établissements d’enseignement est prioritaire. C’est là qu’on forme en partie les structures professionnelles. »

 

Si on ajoute à ce tableau la question épineuse des équivalences pour les nouveaux arrivants, l’accès aux formations d’appoint et le coût parfois élevé de la reconnaissance d’un diplôme obtenu à l’étranger, le CIQ ne pourra tout régler en une semaine.

 

Dans ce contexte, l’événement doit durer, assure le directeur général. « Plus on va parler des ordres, plus les professionnels vont se sentir fiers d’appartenir à un ordre et à un système professionnels. » Même après la commission Charbonneau ? « On va se retrousser les manches pour pousser les membres à faire des changements. »

 


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