Du Mexique à la Suède - Les technologies ne définissent pas les relations interpersonnelles chez les jeunes adultes

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Malgré l’abondance des technologies dans leur vie, les jeunes adultes ne voient pas leurs relations interpersonnelles définies par ces dernières.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alain Jocard Malgré l’abondance des technologies dans leur vie, les jeunes adultes ne voient pas leurs relations interpersonnelles définies par ces dernières.

Ce texte fait partie du cahier spécial Sciences sociales

La professeure Micheline Frenette analyse les rapports qu’entretiennent les étudiants québécois, français, mexicains et suédois avec les nouvelles technologies.

 

Aucun groupe n’est plus enclin à embrasser les nouvelles technologies que les 18-30 ans. Mais en font-ils tous le même usage ? Les natifs numériques partagent-ils la même perception des changements qu’apportent Internet et leur téléphone intelligent dans leur vie ? Autrement dit, est-ce la technologie qui détermine l’utilisation que les jeunes adultes en font ou est-ce plutôt le contraire ?

 

Ces questions ont poussé la professeure Micheline Frenette, du Département de communication de l’Université de Montréal, et des collègues chercheurs du Mexique, de la Suède et de la France à comparer les rapports qu’entretiennent leurs étudiants avec les technologies. « À ce chapitre, les universitaires, peu importe leur origine, se ressemblent plus qu’ils ne se distinguent, et ce, à notre grande surprise », déclare Mme Frenette, qui présentera les résultats de cette recherche au Forum mondial des sciences sociales qui se tiendra à la mi-octobre à Montréal.

 

Par exemple, illustre-t-elle, les jeunes communiquent davantage avec leurs amis qu’avec leur famille, que ce soit à l’aide du courriel, des réseaux sociaux ou des textos. Ils se tourneront vers le courriel pour entrer en contact avec la famille proche, alors que le texto est l’outil numéro un pour joindre les amis. Ces technologies servent très peu à communiquer avec la famille élargie. Mais toute règle a une exception. Les Mexicains se démarquent du lot en exploitant à peu près tous les modes pour communiquer avec leurs proches et sont beaucoup plus enclins que les autres à échanger avec leur famille élargie.

 

« Le réseau familial est plus fort chez eux et je pense que c’est proprement culturel », analyse Micheline Frenette. Pour elle, cela démontre que les technologies ne définissent pas les relations interpersonnelles chez les jeunes adultes, mais qu’elles offrent des possibilités d’échanges plus fréquentes et plus diversifiées qu’auparavant. « Un ensemble complexe de facteurs influent sur l’utilisation des technos : le sexe de la personne, sa culture, ses habiletés à exploiter le courriel, les réseaux sociaux et le téléphone intelligent, son engagement dans le milieu étudiant, le fait qu’elle est native du pays ou immigrante… Tout cela crée une trame qui est fondamentalement la même pour ces étudiants, mais dont la densité et la coloration varient d’un individu à l’autre. »

 

Relations virtuelles et solitude

 

Les relations virtuelles semblent peu prisées des étudiants. Moins du tiers des Québécois, des Français et des Suédois interrogés adoptent cette pratique, qui, à l’inverse, gagne en popularité auprès des Mexicains. Près de la moitié de ce groupe garde contact avec des amis virtuels par courriel.

 

« Environ un cinquième des étudiants des quatre pays ont noué des relations virtuelles pour ensuite amorcer des rencontres en personne », signale Micheline Frenette. Les raisons qui les ont motivés sont diverses : par curiosité, pour élargir leur réseau social, pour se faire de nouveaux amis ou pour trouver l’amour.

 

Les chercheurs ont sondé la perception d’Internet qu’ont les étudiants. Elle s’est avérée très pondérée : pratiquement la moitié des participants estiment que la Toile appauvrit les relations interpersonnelles. « Contrairement à la croyance populaire, les jeunes adultes ne sont pas obnubilés par le web, observe la professeure Frenette. Ils considèrent davantage cet outil comme un tremplin pour élargir leur réseau social et établir de véritables relations. »

 

Un peu moins de la moitié des répondants croient, par ailleurs, qu’Internet se révèle fort pratique pour briser la solitude. Ce constat est toutefois beaucoup moins prononcé chez les Mexicains. « Probablement que leur vie en société ou sur le campus est plus intense que celle de leurs pairs », avance la chercheuse. Cette donnée en corrobore une autre, soit que seulement le tiers des étudiants mexicains pensent qu’Internet est une bonne option pour surmonter sa gêne. C’est également le cas des Suédois. En revanche, la moitié des Québécois et des Français sont de cet avis.

 

« Les femmes, en général, sont un peu plus nombreuses que les hommes à utiliser Internet pour vaincre leur timidité, pointe Micheline Frenette. Elles jugent également que le web est un outil intéressant pour maintenir des liens avec des amis ou des proches éloignés. Les hommes, quant à eux, s’engagent plus dans les relations virtuelles. »

 

La sphère publique

 

Cette recherche a aussi examiné le rôle joué par les technologies dans les sphères publique et scolaire des étudiants. On apprend notamment que les Québécois sont plus nombreux à se tourner vers le web pour s’informer. Cependant, tout comme leurs pairs, ils investissent peu la Toile pour participer aux débats publics. À l’image des Français, ils apparaissent sceptiques quant à l’idée qu’Internet puisse conférer plus de pouvoir au citoyen ordinaire et encourager la transparence au sein des organisations financières politiques. Leurs collègues suédois et mexicains font toutefois preuve de beaucoup plus d’optimisme sur ce point. Ces résultats ont fait l’objet de publications antérieures.



Collaboratrice

 

Micheline Frenette interviendra au Forum dans le groupe « Intergenerational Communication » avec « Cultural variations in young adults’ use of digital technologies for personal motives », le lundi 14 octobre à 17 heures.

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