Études et recherche - Un professeur sur deux et deux étudiants sur trois sont inscrits en sciences sociales

Martine Letarte Collaboration spéciale
Pierre Noreau
Photo: Source ACFAS Pierre Noreau

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Plusieurs interventions sous le grand thème « Les transformations sociales et ère numérique » se dérouleront en français lors du Forum mondial des sciences sociales.

 

Des chercheurs du Québec, de la France, du Sénégal, du Cameroun, du Bénin et du Brésil, notamment, discuteront en français de sujets liés à la diffusion du savoir, à la santé et à la culture en cette ère numérique, aux conditions de vie ainsi qu’au web, lors du FMSS. L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et l’Association francophone pour le savoir (Acfas) s’en réjouissent.

 

« Le FMSS regroupera au moins 750 participants et, dans un événement d’une telle dimension, il est souvent plus facile de tout faire en anglais, puisqu’on a le sentiment que la communication est possible en choisissant cette langue », affirme Pierre Noreau, vice-recteur à la programmation et au développement de l’AUF.

 

« Or ce n’est pas le cas, parce que tous n’ont pas le même contrôle de la langue, indique-t-il. En vérité, la compréhension de l’anglais n’est pas toujours au rendez-vous et cela donne lieu souvent finalement à des échanges assez pauvres. »

 

D’où l’importance, pour celui qui est également professeur titulaire au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal, de favoriser les communautés linguistiques de recherche.

 

« Particulièrement en sciences sociales et humaines, il est beaucoup plus facile de travailler dans sa propre langue qu’en mathématiques par exemple, où on retrouve souvent seulement quelques lignes entre les équations, explique M. Noreau. Les sciences sociales et humaines nécessitent un usage assez particulier de la langue écrite. »

 

À ses yeux, les communautés linguistiques de recherche permettent d’enrichir les travaux scientifiques. « Elles développent leurs concepts propres structurés autour d’un lexique particulier, explique Pierre Noreau. Par exemple, il y a la sociologie française et la sociologie anglo-saxonne qui ont des approches assez différentes, développées autour de chercheurs qui parlaient la même langue. Un système de coopération s’est développé. On a échangé autour de problématiques communes, développé des méthodologies et vu des traditions de recherche s’installer. Puisque nous sommes à l’interface des deux traditions linguistiques, les Québécois sont bien situés pour reconnaître et faire valoir l’importance des communautés linguistiques de recherche. »

 

Langue de publication

 

L’Acfas, qui représente les chercheurs du Québec et de l’ensemble de la francophonie canadienne, prône aussi d’abord l’enseignement et la réalisation de la recherche en français pour des questions d’identité et de patrimoine culturel.

 

« Toutefois, il faut ensuite diffuser le plus possible les résultats dans les revues les plus prestigieuses à grande diffusion, même si cela signifie publier en anglais, la langue scientifique internationale, indique Louise Dandurand, présidente de l’Acfas. Toutefois, c’est plus facile de publier ses articles en français en sciences sociales qu’en sciences de la vie, par exemple. »

 

Pierre Noreau croit que chaque chercheur gagne à apprendre à lire plusieurs langues, pour être en mesure de fréquenter les écrits de différentes communautés linguistiques de recherche.

 

« Par exemple, les francophones peuvent rapidement arriver à lire l’espagnol, le portugais, l’italien, affirme-t-il. Dans les tables rondes, on peut aussi opter pour des présidents de séance bilingues qui traduisent les interventions des différents conférenciers en les synthétisant. Auparavant, les chercheurs travaillaient très fort pour apprendre d’autres langues. On pourrait oser recommencer à faire davantage d’efforts pour développer une plus grande culture linguistique et ainsi avoir un meilleur accès aux travaux de différentes communautés linguistiques de recherche. »

 

Des recherches au coeur de notre vie

 

Le FMSS est organisé par le Conseil international des sciences sociales, avec l’appui de plusieurs partenaires, dont l’AUF, afin de remettre les sciences sociales à l’ordre du jour.

 

« Les sciences sociales et humaines renvoient à des phénomènes qui évoluent lentement, affirme Pierre Noreau. Je pense par exemple à la démographie, où la réalité est très différente, par exemple, de la physique des matériaux, où on voit très rapidement les effets d’une percée, puisque l’industrie se saisit de la découverte. »

 

La population ne comprend pas suffisamment l’impact de la recherche en sciences sociales et humaines sur notre quotidien, d’après Louise Dandurand, qui a été notamment secrétaire générale, puis présidente par intérim du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

 

« Les sciences sociales et humaines touchent à des questions nationales et transnationales, aux défis démographiques, au vieillissement de la population, à la structure du système d’éducation, etc. », énumère-t-elle.

 

« On vit dans un monde beaucoup plus axé sur les sciences sociales et humaines qu’on ne le croit, renchérit M. Noreau. Une grande partie des décisions collectives prises sont centrées sur les sciences sociales et humaines. Si une situation devient explosive dans le monde arabe, c’est à un politicologue ou à un sociologue spécialisé dans le domaine qu’on demande des explications, pas à un ingénieur. »

 

Les sciences sociales ont aussi la force du nombre. « Elles réunissent environ la moitié des professeurs et 66 % des étudiants des universités dans le monde », précise Pierre Noreau.

 

Alors que la tenue d’un événement d’une telle envergure en sciences sociales sur un même thème demeure rare, l’occasion est idéale pour attirer l’attention.

 

« Pour que les résultats de la recherche soient accaparés par la population et les gouvernements, ils doivent savoir ce qui se fait et, pour cette raison, il faut qu’on en parle ! », s’exclame Louise Dandurand, qui souligne que, lors du dernier congrès de l’Acfas, grâce à 60 journalistes accrédités, on a parlé des sciences pendant une semaine dans les médias.

 

Puisque Montréal est la ville hôtesse, les chercheurs québécois sont très présents dans la programmation du FMSS.

 

« Le congrès sera une belle vitrine, précise Mme Dandurand, pour les chercheurs d’ici. »

 

 

Collaboratrice