Le pétrole de l’Alberta pourrait servir à une cimenterie en Gaspésie

Les installations de Suncor à Fort McMurray, en Alberta
Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Les installations de Suncor à Fort McMurray, en Alberta

La future cimenterie d’un milliard de dollars à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie, pourrait utiliser le coke de pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta comme combustible.

 

C’est ce qu’avancent l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et Greenpeace dans une étude qui sera dévoilée en conférence de presse ce lundi matin à Montréal. « Si le projet d’inversion du flux dans l’oléoduc d’Enbridge va de l’avant, Suncor pourrait construire une unité de cokéfaction à sa raffinerie de l’est de Montréal, un secteur déjà lourdement affecté par la pollution atmosphérique », peut-on lire dans cette étude sur la venue éventuelle du pétrole albertain au Québec et ses conséquences dont Le Devoir a obtenu des extraits.

 

Un projet de production de coke de pétrole qui ne serait pas étranger à la fourniture éventuelle de ce combustible pour la cimenterie et qui serait acheminé par bateau ou par train.

 

Une source bien au fait du dossier a également confirmé au Devoir que « le coke de pétrole sera la principale source même si l’entreprise détient aussi les permis pour se servir de pneus et de charbon » pour chauffer le four.

 

Sous-produit polluant

 

Le coke de pétrole (aussi appelé petcoke) est un sous-produit du raffinage de pétrole lourd. Il est notamment formé de goudron et de soufre, et il est reconnu pour être polluant. Au Québec, le coke de pétrole est principalement utilisé par les cimenteries, comme combustibles pour leurs fours, et dans l’industrie de la métallurgie, dont les alumineries.

 

1,7 million de tonnes de GES

 

L’AQLPA et Greenpeace estiment que la cimenterie de Port-Daniel-Gascons « deviendrait le plus gros incinérateur de coke de pétrole au Québec ajoutant par le fait même plus de 1 million et possiblement même plus de 2 millions de tonnes de GES au bilan des émissions québécoises d’après des informations parcellaires obtenues selon lesquelles cette cimenterie pourrait utiliser le coke de pétrole pour 100 % de ses besoins de combustible ».

 

Selon les informations obtenues par Le Devoir, la cimenterie relâchera 1,7 million de tonnes de GES par année au cours des cinq premières années d’exploitation au titre d’une transformation annuelle de 2,2 millions de tonnes de calcaire, ce qui représente l’émission annuelle de plus 600 000 voitures.

 

À titre comparatif, l’étude indique qu’en 2010, la cimenterie de Saint-Basile a émis 553 855 tonnes de GES, celle de Saint-Constant en a émis 640 166 et celle de Joliette en a relâché 766 994.

 

Or, poursuit l’étude, « le coke de pétrole contient des volumes significatifs de particules […] ainsi que deux métaux toxiques émis sous forme de particules qui sont particulièrement préoccupants, soit le nickel et le vanadium. Ces particules peuvent occasionner des problèmes cardiaques et respiratoires ».

 

Autant de révélations qui ne surprennent pas Michel Goudreau, vice-président d’Environnement Vert-Plus, un groupe écologiste de la Gaspésie qui suit ce dossier de près. « On sait que le coke de pétrole est très polluant, dont celui des sables bitumineux. On sait aussi que la cimenterie de Port-Daniel aura trois cheminées. On va donc continuer à demander un BAPE pour faire la lumière sur l’ensemble du dossier », assure-t-il.

 

On rappellera que Québec a décidé à la fin août de ne pas soumettre ce projet à l’examen d’un Bureau d’audiences publiques sur l’environnement parce que l’avis du projet avait été déposé par le promoteur avant le 22 juin 1995, date à laquelle les normes environnementales ont été resserrées par Québec.

 

La cimenterie pourrait voir le jour d’ici deux ans. Quelque 400 emplois seront créés lors des travaux de construction des installations et près de 100 emplois permanents en usine pendant l’exploitation du site qui contient plus de 450 millions de tonnes de calcaire. Cela représente 100 ans d’exploitation.

 

Le promoteur de la cimenterie de Port-Daniel-Gascons, Ciment McInnis, n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevues.

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