Le FRAPRU a 25 ans: le combat continue

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) fête cette semaine ses 25 ans d'existence et, selon François Saillant, coordonnateur de l'organisme, «le FRAPRU a encore toute sa raison d'être aujourd'hui». La pénurie de logements locatifs et la volonté du gouvernement Charest de procéder à la «réingénierie» de l'État, inquiètent particulièrement l'organisme à l'heure actuelle.

«Les libéraux veulent geler pendant cinq ans les budgets de tous les ministères, sauf ceux de la Santé et de l'Éducation, et ils veulent diminuer les impôts de un milliard de dollars. Ce qui veut dire une réelle diminution des budgets pour tous les autres ministères, dont celui de l'Habitation», déplore M. Saillant.

Une réduction du budget du ministère de l'Habitation pourrait entraîner une augmentation des loyers pour les locataires des Habitations à loyers modiques (HLM) et un ralentissement du développement de logements sociaux, explique M. Saillant. Selon le coordonnateur du FRAPRU, «cette menace plane au moment où il faut investir plus que jamais dans le logement social».

Il souligne que l'actuelle pénurie de logements locatifs, qui, d'après lui, devrait se résorber lentement dans les prochaines années, laissera des traces profondes en termes de disponibilité de logements à bas loyer. Or, près de 220 000 ménages locataires au Québec doivent déjà consacrer plus de la moitié de leur revenu au loyer.

25 ans de luttes

En compagnie de représentants d'organisations syndicales et de groupes sociaux, le FRAPRU lance aujourd'hui, pour la rentrée parlementaire, une vaste campagne pour contrer les projets des libéraux. L'organisme prévoit d'ailleurs un automne et un hiver chaud en ce qui concerne les luttes sociales.

Mais le FRAPRU n'en est pas à sa première montée aux barricades et possède plusieurs années d'expérience dans le domaine des revendications sociales. Créé il y a un quart de siècle, il a mené plusieurs batailles en faveur du droit au logement et en particulier du logement social.

Il est issu de comités de citoyens formés au cours des années 1960 pour protester contre l'intense entreprise de rénovation urbaine qui touchait les quartiers populaires. La construction d'autoroutes et de grands projets immobiliers avaient à l'époque causé la démolition de 30 000 logements uniquement à Montréal.

Vers le milieu des années 1970, la rénovation urbaine laissait sa place à la rénovation domiciliaire, engendrant une hausse des loyers pour les locataires. Devant cette nouvelle menace, les comités de citoyens ont décidé de fonder, en octobre 1978, une organisation nationale: le FRAPRU venait de voir le jour. Lors de son premier congrès tenu en mai 1981, l'organisme décidait de privilégier le logement social comme façon de protéger les quartiers populaires et de conserver des loyers peu élevés pour ses résidants.

En 1994, lorsque le gouvernement fédéral a mis fin au financement des logements sociaux, le FRAPRU a fait des pressions sur le gouvernement québécois pour qu'il prenne la relève. Cette action a permis la poursuite du développement du logement social au Québec, comparativement à l'arrêt complet dans les autres provinces canadiennes. Un acquis que le FRAPRU va «continuer de protéger» dans les prochains mois, souligne M. Saillant.