Ni filles ni garçons, des enfants «créatifs»

« Changeons la société, pas les enfants ! » Tel est le credo des parents derrière la nouvelle association Gender Creative Kids Canada, basée à Montréal.

 

Les trois mamans derrière le projet nourrissent toutes le même objectif : créer des environnements sécuritaires et épanouissants pour les enfants dont l’identité sexuelle se présente de façon différente. Inclusive, l’association s’adresse aux familles d’enfants intersexués autant que transgenres.

 

« Il faut y voir un problème social et non pas médical », explique Kimberley Manning, cofondatrice de l’association et professeure à l’Université Concordia.

 

« Il n’y a aucun service et c’est tabou », ajoute Anne Pullen-Sansfaçon. « Ces enfants sont invisibles, car tout s’articule autour du système binaire homme/femme. »

 

Surmonter les obstacles

 

La présidente de l’association et cofondatrice Akiko Asano sait quels défis représente l’éducation d’un enfant différent. Née Mathieu, s’affirmant comme fille avant la maternelle, Mat est aujourd’hui à l’adolescence et « se définit comme androgyne, explique sa mère. Mat refuse d’être réduite au système binaire mâle/femelle ».

 

Son parcours scolaire ne fut pas un long fleuve tranquille pour la famille. «Nous l’avons changée d’école pour qu’elle passe inaperçue. Puis il a fallu déménager des Laurentides», explique Mme Asano, qui espère paver le chemin pour d’autres familles, car « un enfant qui exprime une identité de genre différente de son sexe anatomique devrait avoir le droit de l’exprimer et de le vivre ».

 

Les écoles ne sont pas prêtes à faire face au départ d’un élève considéré comme un garçon en juin et comme une fille à la rentrée. « La plupart des écoles ne savent pas comment réagir. La direction panique, on craint l’intimidation », explique Mme Manning.

 

À la lumière de la dizaine de parents et d’enfants qui gravitent autour de l’association, les trois femmes affirment que oui, à Montréal, des enfants vivent aujourd’hui leur identité de genre différente au vu et au su du quartier et de l’école. « C’est possible dans certaines écoles, quand les parents et l’école travaillent ensemble pour créer un environnement positif pour l’enfant », relate Mme Manning. « Les obstacles restent nombreux, précise cependant Annie Pullen-Sansfaçon, qui enseigne à l’École de service social de l’Université de Montréal. Parfois, c’est au sein même de la famille immédiate et élargie, ou de la communauté, que les résistances se manifestent. »

 

Chercheuses universitaires, Kimberley Manning et Annie Pullen-Sansfaçon ont d’abord rassemblé des parents pour mener un projet de recherche sur leur expérience. Elles ont rapidement réalisé combien les besoins étaient flagrants. Trois groupes, bilingues, ont vu le jour : un groupe de soutien pour les parents et un autre pour les jeunes, d’abord. Un troisième groupe, plus militant, mettra sur pied des actions pour changer les choses.

 

Parce qu’au bout du compte, quand l’enfant reçoit soutien et acceptation de la part de son entourage, c’est le taux de suicide et de dépression qui chute, rappelle Mme Manning.

 

« J’espère qu’on pourra réduire les préjugés », dit Akiko Asano. Car d’un pôle à l’autre des genres, les nuances sont multiples, comme en témoigne cet enfant, cité dans le rapport de recherche d’Annie Pullen-Sansfaçon. « Cette semaine, je ne sais plus si je veux être un garçon ou une fille. Je ne veux pas être une fille. Je veux être au milieu. J’aime mon pénis. »