Charte des valeurs québécoises - À peine connue, déjà contestée

Selon de nombreuses sources, la Charte des valeurs québécoises interdira aux employés de l’État le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leurs fonctions. Les enseignantes, les fonctionnaires, les employées de CPE, d’universités ou de municipalités n’auraient donc plus le droit de porter le voile, comme le fait Chaimaa Slaoui, étudiante en biochimie à l’UQAM.
Photo: - Le Devoir Selon de nombreuses sources, la Charte des valeurs québécoises interdira aux employés de l’État le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leurs fonctions. Les enseignantes, les fonctionnaires, les employées de CPE, d’universités ou de municipalités n’auraient donc plus le droit de porter le voile, comme le fait Chaimaa Slaoui, étudiante en biochimie à l’UQAM.

La mobilisation est en branle en vue de contester la Charte des valeurs québécoises qui sera finalement dévoilée, ce mardi matin, dans le hall de l’Assemblée nationale à Québec. À 10 h 45, le ministre Bernard Drainville expliquera les propositions du Parti québécois concernant les accommodements religieux et l’affirmation des valeurs québécoises, dont l’égalité homme-femme et la laïcité de l’État.

 

Même si le véritable contenu de la Charte n’est pas encore connu, des politiciens, des défenseurs des droits des immigrants, des représentants des enseignants et une panoplie d’intellectuels sont déjà prêts à s’y opposer. Depuis quelques semaines, de nombreuses informations ont été ébruitées dans les médias au point de soulever un débat houleux, tant au Québec que dans le reste du Canada.

 

Des sources du gouvernement ont révélé que le Parti québécois envisage notamment d’interdire aux employés de l’État le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leurs fonctions. Les enseignants, les fonctionnaires, les employés de CPE, d’universités ou de municipalités n’auraient plus le droit de porter le hidjab ou le niqab, de même que la kippa et le turban. Les signes plus discrets, comme des chaînes avec une croix, des boucles d’oreilles ou des bagues avec un signe religieux, seraient toutefois autorisés.

 

Selon les informations qui ont filtré, les élus et les membres des conseils d’administration n’auraient pas à se soumettre aux exigences de la Charte. Les institutions publiques telles que les hôpitaux et les universités pourraient également demander une dérogation de cinq ans avant de s’y conformer.

 

En entrevue éditoriale au Devoir la semaine dernière, la première ministre Pauline Marois a refusé de divulguer le contenu de la Charte, mais elle a confirmé que le crucifix de l’Assemblée nationale, qui fait partie du patrimoine du Québec, ne serait pas touché.

 

Elle a indiqué que l’implantation de la Charte se ferait par étapes et qu’il faudrait plusieurs années avant qu’elle ne soit appliquée intégralement. Des consultations publiques auront lieu au cours des prochaines semaines, et un projet de loi sera déposé à la fin de la session parlementaire d’automne. Pauline Marois a également indiqué qu’elle ne recourrait pas à la clause dérogatoire pour mettre la Charte à l’abri des poursuites judiciaires.

 

Vive opposition

 

À Québec, les partis d’opposition attendent impatiemment de connaître les détails de cette Charte sur laquelle ils se sont déjà prononcés.

 

Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a prôné la neutralité de l’État, mais non celle des individus. Pour lui, il est hors de question d’interdire les signes religieux à l’exception des voiles pour des raisons de sécurité et d’identification.

 

La Coalition avenir Québec a fait savoir, pour sa part, qu’elle est favorable à l’interdiction des signes religieux, mais seulement chez les policiers, les gardiens de prison, les procureurs de la Couronne, les juges, de même que les enseignants des écoles primaires et secondaires.

 

Contrairement à la CAQ, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 32 000 membres, a déclaré qu’elle userait de tous les recours, y compris judiciaires, pour défendre le droit de ses membres de porter des signes religieux. La FAE craint que le droit au travail de ses membres ne soit bafoué si le port du voile est interdit.

 

Lundi soir, des dizaines de personnes du Collectif Personne n’est illégal-Montréalse sont aussi réunies à l’Université Concordia en vue de définir leur stratégie pour protester contre cette Charte dont les préceptes sont qualifiés de « xénophobes, racistes et sexistes ».

 

« C’est clair que le gouvernement est en train de faire un calcul politique avec cette Charte pour obtenir des voix aux prochaines élections. Il cherche des boucs émissaires en visant des individus qui sont déjà victimes d’exclusion sociale et je trouve ça dégueulasse », lance Jaggi Singh, l’un des membres de ce collectif qui défend les droits des immigrants et le droit de base des pratiques religieuses. Cet automne, il espère mobiliser divers organismes lors d’une grande manifestation pour protester contre cette charte. « On doit créer de l’unité, alors que le gouvernement ne cherche qu’à faire de la diversion. Dans une société libre, c’est un droit de pratiquer sa religion, pas juste dans les endroits privés, en autant que ça ne menace pas les autres personnes », mentionne M. Singh.

 

Dans un document public intitulé Nos valeurs excluent l’exclusion et ayant été largement diffusé sur Internet, une centaine de professeurs de cégep, d’universitaires et d’intellectuels du Québec abondent en grande partie dans ce sens. Ils critiquent le projet de charte du gouvernement Marois jugé pour le moment « répressif et diviseur ».

 

 

Avec La Presse canadienne

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