Un défilé de la Fierté aux couleurs politiques

Plusieurs milliers de Montréalais sont venus admirer les participants au défilé de la Fierté gaie, comme la drag queen Mado Lamotte.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Plusieurs milliers de Montréalais sont venus admirer les participants au défilé de la Fierté gaie, comme la drag queen Mado Lamotte.

Le 33e défilé de la Fierté gaie a attiré de nombreux responsables politiques déjà élus ou qui veulent se faire élire, en plus des dizaines de milliers de personnes qui se sont déplacées pour observer le cortège, dimanche. Quelques absents toutefois : les représentants du Parti conservateur et les athlètes canadiens.

 

Pauline Marois a ouvert la marche, accompagnée de plusieurs ministres de son gouvernement, dont Sylvain Gaudreault, Pascal Bérubé et Diane De Courcy. Mme Marois est la seule première ministre en exercice à avoir assisté au défilé alors qu’elle est encore en fonction. Elle en a profité pour exprimer son inquiétude par rapport à un texte de loi russe qui sanctionne tout acte de « propagande » homosexuelle devant des mineurs. Le texte, promulgué en juin, est jugé discriminatoire par les défenseurs des droits de la personne et a déjà suscité de nombreuses critiques à travers le monde, à six mois des Jeux olympiques de Sotchi, en Russie.

 

« C’est toujours désolant de constater que, malheureusement, il y a encore des dirigeants politiques qui prennent des décisions qui sont, à mon point de vue condamnables. Le Québec va lui continuer de prêcher par l’exemple », a-t-elle expliqué, au début du défilé. Toutefois, Mme Marois a indiqué que l’idée d’un appel au boycottage des prochains Jeux olympiques n’était pas à l’ordre du jour. « Non, je ne crois pas qu’on en soit là », a-t-elle indiqué. Steve Foster, le directeur du Conseil québécois LGBT souhaite que les différents ordres de gouvernements fassent pression sur le Comité international olympique (CIO) afin qu’à l’avenir, le respect des droits de la personne soit inclus dans les conditions d’attribution des Jeux. « Le CIO a un examen de conscience à faire dans l’attribution des Jeux », affirme-t-il. Même s’il a été souvent question des prochains Jeux olympiques, aucune délégation officielle d’athlètes n’a défilé à Montréal, contrairement à Toronto et à Vancouver.

 

Peu d’athlètes

 

Pourtant, le Comité olympique canadien (COC) avait fait parvenir un communiqué de presse aux médias samedi, indiquant que la nageuse synchronisée Tracy Little prendrait part au cortège, afin d’y représenter les athlètes canadiens. « Nous, on avait ciblé quelques athlètes, à qui on avait demandé s’ils voulaient participer, et ceux-là ne sont pas présents », a indiqué Luc Beaudin, le coordonnateur des relations médias du COC, en entrevue téléphonique avec Le Devoir. « Le COC a participé pour la première fois aux parades à Toronto et à Vancouver cette année. Nous devions participer à celle de Montréal, et plusieurs athlètes avaient démontré de l’intérêt, mais, comme nous sommes dans une période d’entraînement intense à six mois des Jeux olympiques […], il a été impossible d’avoir la participation attendue », a rajouté M. Beaudin, par courriel.

 

L’ancien hockeyeur Georges Laraque, qui était avec la délégation du Parti vert du Canada lors du défilé, aurait voulu voir plus d’athlètes olympiques faire le déplacement. « Ç’aurait été quelque chose de super important […] Ç’aurait été un bon timing cette année, parce que, justement, le débat est venu encore, et il y a des pays qui sont encore fermés pour ça », a indiqué l’ancien joueur professionnel. M. Foster, du Conseil québécois LGBT, aurait aussi espéré apercevoir quelques athlètes au défilé montréalais. « Je pense qu’il faut respecter les gens avec ce qu’ils veulent faire ou ne pas faire », nuance-t-il.

 

Par ailleurs, aucun représentant du gouvernement conservateur de Stephen Harper n’était sur place. Éric Pineault, le président de Fierté Montréal, a toutefois signalé que, pour la première fois, Patrimoine Canada avait octroyé une enveloppe de 30 000 $ à l’événement. Il estime que c’est un « premier pas dans la bonne direction ».

 

Si les participants et les milliers de spectateurs n’ont pas eu l’occasion de voir des représentants du Parti conservateur du Canada ou des athlètes, ils ont toutefois pu croiser les dizaines d’élus municipaux, provinciaux et fédéraux présents, dont Denis Coderre, Philippe Couillard, Françoise David, Justin Trudeau ou Thomas Mulcair, pour ne nommer que ceux-là.

 

Les organisateurs ont conservé le même ton que les sept dernières années, dans le choix des thèmes et des délégations. Ils ont voulu un événement plus familial, et «moins provocateur», dit M. Pineault. « On sort du ghetto », indique-t-il. L’organisateur précise qu’il n’y a désormais pas de chars allégoriques dont le thème pourrait choquer les âmes sensibles, avec des participants en tenues très légères comme cela aurait pu être le cas il y a quelques années. À l’époque, la provocation était vue comme un moyen nécessaire pour faire changer les mentalités, estime M. Pineault. Si le défilé est de moins en moins provocant, le « contenu politique », est de plus en plus présent, constate M. Foster.

 

La lutte contre l’homophobie va au-delà de la partisanerie, estime Phillipe Couillard. « Je pense que c’est un sujet sur lequel il y a une union à travers les lignes partisanes », dit le chef libéral.

 

 

Avec l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

24 commentaires
  • Anne-Marie Courville - Abonnée 19 août 2013 07 h 04

    De quelle fierté parle-t-on?

    L'homosexualité perd du terrain à chaque défilé car on laisse planer une mauvaise opinion d'eux. Il serait temps de réfléchir sur cette parade qui laisse un arrière goût.
    Plusieurs homosexuels ne sont pas d'accord et aimerait qu'on cesse cette mascarade.

  • Michèle-Antonia Mercure - Inscrite 19 août 2013 07 h 54

    Des politiciens qui font ombrage ?

    Cette parade n'est pas là pour consolider certaines politiques ou en faire élire d'autres.

    Nous sommes là dans la rue pour faire connaître nos vrais enjeux, pour se faire voir sur la juste valeure que nous pouvons apporter à notre société.

    Nous sommes fier, oui fier d'être des citoyens à part entière.

    • Christian Fleitz - Inscrit 19 août 2013 10 h 31

      On peut être fier d'être un citoyen à part entière et d'agir en personne civique, sans pour autant se livrer à des excès qui tiennent davantage de la mascarade et souvent du mauvais gout, vous en conviendrez. Autant les droits des homosexuels sont à protéger et à défendre, autant l'égalité étant obtenue dans sa totalité, ce qui est le cas au Canada, celle-ci faisant partie de la règle commune, il devient donc inutile de se livrer à des extravagances pour prétendre à ce qui existe déjà. '' Défoncer des portes ouvertes'' n'a jamais été preuve d'acte utile. Évidemment, les politiques ne manquent pas l'occasion démagogique de se montrer, mais est-ce bien responsable ?
      ''Enjeux ? Juste valeur de ce que nous pouvons apporter à la société ?'', mais c'est au quotidien, et peut-être dans la banalité du quotidien qui fait la grandeur de la vraie vertu, qu'enjeux et apports à la société doivent montrer leur réalité et non par des démonstrations tapageuses et trop souvent vulgaires.
      C'est par l'ordinaire que se démontre la fierté d'être un citoyen actif et responsable.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 19 août 2013 11 h 34

      Monsieur Fleitz,
      je suis plutôt en défaveur du défilé de la fierté gaie. Ceci dit, l'égalité n'est pas encore réellement atteinte. Elle l'est formellement, mais la stigmatisation des homosexuels existe encore. Notamment, je remarque qu'un homosexuel qui parle de son chum ou une homosexuelle qui parle de sa blonde, se fait reprocher de parler de sa vie privée, voire de parler de sexe. Pourtant, on ne fait pas un tel reproche à un(e) hétérosexuel(le) qui mentionne son compagnon ou sa compagne. On reproche à un couple homosexuel de s'embrasser discrètement dans un parc ou sur le trottoir, on dit qu'ils devraient faire ça chez eux, qu'on a rien contre les homosexuels, mais qu'ils ne sont pas obligés de se donner en spectacle. Si deux hétéro faisaient pareil, on ne dirait pas qu'ils se donnent en spectacle.

  • Georges LeSueur - Inscrit 19 août 2013 08 h 30

    Bémol...

    Il y a lieu de s'interroger sur les motifs de la présence de nombreux politiciens à un évènement qui devrait rester réservé aux éléments en faveur du Mouvement.
    Je suis mal à l'aise de voir Pauline Marois embrasser les causes populaires sans trop de discernement pour "être dans le vent" et s'attirer la faveur des électeurs.

    On est loin de l'esprit d'équité et de liberté retenue, prôné par Pierre E. Trudeau qui ne voulait pas qu'on s'ingère dans les chambres à coucher afin de proscrire l'homophobie. La publicité actuelle n'accepte plus la libre opinion.

    • François Ricard - Inscrit 19 août 2013 09 h 08

      Si j'étais de la communauté gay, je me méfierais de Mme Marois.
      Mme Marois a marché avec les carrés rouges et aujourd'hjui, elle leur refuse le droit de grève.

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 août 2013 13 h 13

      « Il y a lieu de s'interroger sur les motifs de la présence de nombreux politiciens à un évènement qui devrait rester réservé aux éléments en faveur du Mouvement. Je suis mal à l'aise de voir Pauline Marois embrasser les causes populaires sans trop de discernement pour "être dans le vent" et s'attirer la faveur des électeurs. (M. LeSueur) »?


      Je ne sais pas si, personnellement, Mme Marois est pour le mouvement LGBT, mais c'est quand même le PQ qui a inclus en 1977 dans la « Charte des droits et libertés de la personne » du Québec l'interdiction de discriminer les gens sur la base de leur orientation sexuelle. En 1977, c'était audacieux comme mesure puisque à l'époque le Québec est devenu la première juridiction en Amérique du Nord a aller de l'avant avec une telle mesure.

    • Guy Desjardins - Inscrit 20 août 2013 09 h 09

      Si il y avait un défilé d'hétérosexuel, il est évident que Mme Marois serait de la partie, elle ne manque aucune occasion pour se faire du capital politique quelque soit l'événement quand ça peut être rentable et après c'est autre chose, la mémoire fait défaut. Dire qu'ils y en a qui croient encore fermement ces opportunistes.

  • Mireille Langevin - Inscrite 19 août 2013 08 h 32

    La Fierté !

    On va stigmatiser ceux qui ne participent pas au défilé (qui manque de classe) de la fierté gaie . Le monde à l'envers. Il faudrait organiser un défilé hétérosexuel pour montrer notre fierté d'être hétérosexuel. Les politiciens veulent des votes c'est dela manipulation. En écrivant ceci je me demande si on osera présenter mon commentaire car il est difficile de dire ce que l'on pense de nos jours. Pourtant les blessés blessent et rien ne leur est reproché.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 19 août 2013 09 h 12

      Les hétérosexuel-le-s n'ont pas à défiler puisque nous sommes premièrement majoritaires, et deuxièmement nous sommes historiquement ce qui fallait être (et encore aujourd'hui ce qui faut être) pour être dans la norme, pour être socialement accepté.

      Ne retournez pas les choses à l'envers. Les hétérosexuel-le-s ne sont pas victimes de discriminations ni de préjugés (en raison de l'orientation sexuelle), contrairement aux homosexuel-le-s et ce encore aujourd'hui malheureusement.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 19 août 2013 10 h 11

      Je ne participe pas à ce défilé, je suis plutôt en sa défaveur en fait (en dépit que je sois totalement pour l'égalité de droits indépendamment de l'orientation sexuelle et contre la stigmatisation des homosexuels, peut-être même en partie pour cette raison).
      Pourtant, je ne me sens absolument pas stigmatisée parce que je ne participe pas à ce défilé. Je souhaite qu'il continue d'avoir lieu sans être censuré si des gens veulent y participer, tant que les opposants ont aussi la liberté de faire entendre leur voix.

    • Christian Fleitz - Inscrit 19 août 2013 10 h 48

      Pour Jean-Sébastien Rozzi - Défendre les droits des homosexuels et leur égalité avec les hétérosexuels est une nécessité tant politique que sociale. Au Canada, la loi protège droits, liberté et égalité des homosexuels et cette normalité est positive. Certes, il y a sans doute encore des réticences qui relèvent d'un conservatisme social qui ne pourra se réduire qu'avec le temps : les évolutions sociales, nous le savons, exige des délais pour aboutir. Cela posé, ce ne sont pas des manifestations de goût parfois douteux, étalant des vulgarités parfois strupides, que cette évolution sera accélérée. De telles démonstrations tiennent de ''l'enfonçage de portes ouvertes'', exercice stérile, s'il en est.
      Les actions des homosexuels gagneraient en crédibilité en s'intégrant au quotidien de la banalité, démontrant un sens des responsabilité et une efficacité reconnus qui imposera le respect lié à l'efficacité.

  • Michel Lebel - Abonné 19 août 2013 08 h 41

    Pourquoi?

    Je me demande toujours quelle est la pertinence de voir les politiciens participer à ce défilé. Se sentent-ils obligés de le faire? Pourquoi participer au défilé de ce groupe de pression et non à d'autres?
    Je veux bien que les politiciens dénoncent une loi russe homophobe. En passant, ceux-ci me semblent dénoncer avec nettement moins de vigueur toutes les autres violations des droits de la personne commises par le gouvernement Poutine à l'égard des journalistes, la répression de bien des dissidents, et de la barbarie faite au peuple tchétchène. Le respect de tous les droits de la personne est une obligation universelle qui ne mérite aucune exception.


    Michel Lebel

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 19 août 2013 09 h 17

      Parce que les politiciennes et les politiciens sont des citoyennes et des citoyens comme les autres. Ils et elles ont le droit de participer au défilé de la fierté gai comme à celui de Saint-Jean ou à des activités de la fête du Canada. Ils et elles ont le droit de participer à des manifestations dont les revendications leurs tiennent à coeur.

      Maintenant, je ne nie pas qu'il y ait volonté de se faire du capital politique. Mais au-delà de ça, je pense que notre classe politique (malgré tout ses défauts) est sensible aux enjeux d'égalité en matière d'orientation sexuelle. Rappeler aux homosexuel-les que nous (la majorité hétéro) sommes à côté d'elles et eux pour soutenir leurs droits les inclut dans notre société au lieu de les exclure et de les reléguer dans leur ghetto.