Chasse aux voleurs 2.0

Maude Hénaire fait partie des victimes de vols de vélos qui ont décidé de s’entraider. Elle a créé un groupe Facebook qui représente, dit-elle, « un exemple de solidarité entre citoyens qui peut donner des résultats ».
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Maude Hénaire fait partie des victimes de vols de vélos qui ont décidé de s’entraider. Elle a créé un groupe Facebook qui représente, dit-elle, « un exemple de solidarité entre citoyens qui peut donner des résultats ».

Un justicier qui arrache un vélo des mains d’un présumé receleur et qui l’annonce sur Craigslist, une cycliste qui crée un groupe Facebook pour traquer les voleurs de bicyclettes : des citoyens se mobilisent sur les réseaux sociaux pour venir à bout du vol de vélos, véritable fléau à Montréal.

À peine 1,5 % des bicyclettes déclarées volées sont retournées à leur propriétaire, de l’aveu même du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Sceptiques quant à leurs chances d’obtenir justice, des victimes sont de plus en plus nombreuses à lancer des appels à l’aide sur Facebook et sur Twitter.

« J’ai vu l’annonce du gars qui a arraché le vélo des mains d’un voleur et je me suis dit : je dois faire quelque chose à mon tour », raconte Maude Hénaire, qui vient de créer un groupe Facebook appelé Vélo volé - Montréal.

Vingt-quatre heures après sa création, le groupe comptait 234 membres, mardi. Le site vise à donner une voix aux victimes de vol qui lancent un appel à tous pour retrouver leur vélo, ainsi qu’à répertorier les bicyclettes abandonnées (et présumément volées). Les membres échangent aussi des trucs et conseils pour rendre la vie dure aux voleurs.

« C’est un exemple de solidarité entre citoyens qui peut donner des résultats », dit Maude Hénaire, qui s’est elle-même fait voler une vieille bécane Norco mauve toute rouillée, il y a plusieurs mois.

Cette diplômée en histoire de l’art n’est pas la seule à être interpellée par le vol de vélos. Un citoyen anonyme a publié lundi sur Craigslist une annonce visant à trouver le propriétaire d’un vélo présumément volé à Montréal. « Ce vélo a été arraché des mains du voleur de vélos qu’on surnomme “bécique à vendre”,indique l’annonce. Si vous connaissez son propriétaire, dites-lui de m’écrire, en me spécifiant la date et le lieu où le vélo a été volé. Merci de partager cette annonce sur votre Facebook afin de retrouver le propriétaire. » L’auteur de l’annonce n’a pas répondu à nos messages.

Un véritable fléau

 

Le mystérieux voleur et receleur de vélos surnommé « bécique à vendre » semble faire partie du folklore montréalais. Cet homme d’âge mûr aurait été vu récemment sur le Plateau-Mont-Royal et près du métro Beaubien, dans l’arrondissement de Rosemont -La Petite-Patrie. Les receleurs sont de plus en plus nombreux à proposer ainsi leur butin en pleine rue, de façon informelle, affirme Marc-André Gadoury, conseiller municipal à Rosemont et fondateur du Comité de travail sur le vol de vélos à Montréal - qui regroupe entre autres des élus municipaux, le SPVM, le Bureau d’assurance du Canada (BAC) et Vélo Québec.

« Le vol de vélos est un fléau,dit Marc-André Gadoury. La vente dans la rue est en augmentation, parce qu’on a pris des moyens pour lutter contre le recel chez les prêteurs sur gages. »

La Ville de Montréal oblige depuis janvier 2012 les marchands d’objets usagés (dont les prêteurs sur gages) et les sites de petites annonces à tenir un registre qui indique clairement la provenance de la marchandise, y compris le numéro de série des objets, et l’identité de l’ancien propriétaire. Les commerces qui contreviennent au règlement risquent une amende de 600 $ à 4000 $, dépendant du nombre d’infractions commises.

Les « points chauds »

Le SPVM, en partenariat avec les postes de quartier, a dressé un inventaire de tous les commerces de vélos usagés de la ville et en a visité plusieurs pour les informer de leurs obligations, indique un document du Comité sur le vol de vélo, daté du 11 avril 2013. Selon ce document, le SPVM enregistre désormais les vols de vélo sur un support informatique, dans le but de faciliter les recoupements d’informations - notamment les « points chauds » où les voleurs sont les plus actifs. Plus d’un vol de vélo sur quatre (27 %) est déclaré à trois postes de quartier (38, 21 et 37) situés sur le Plateau-Mont-Royal et au centre-ville, indique le rapport.

Une moyenne de 3000 vols de vélos sont signalés chaque année au SPVM, mais le nombre réel de vols est sans doute jusqu’à 10 fois plus élevé, estime Marc-André Gadoury. Les victimes de vol hésitent à porter plainte, et les voleurs ont un « sentiment d’impunité », indique le document.

L’aménagement de stationnements pour vélos est une des meilleures façons de lutter contre le vol, selon le comité. La Société de transport de Montréal (STM) et l’Agence métropolitaine de transport (AMT) ont commencé à construire des abris pour vélos, à la gare de Deux-Montagnes et à la station de métro Lionel-Groulx. « Le risque de vol est la deuxième raison citée par les gens qui renoncent à se déplacer à vélo », souligne Pierre-Luc Auclair, de la Coalition vélo de Montréal.

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