Un lieu, un nom - Château-Richer, ville sans château

Une vieille photo montrant des élèves dans la cour du séminaire. Le cliché, issu du service des archives du Petit séminaire de Québec, montre l’un d’eux, caché dans un arbre.
Photo: Petit Séminaire de Québec Une vieille photo montrant des élèves dans la cour du séminaire. Le cliché, issu du service des archives du Petit séminaire de Québec, montre l’un d’eux, caché dans un arbre.

On passe devant, on roule dessus, on s’y rend tous les jours : ces places, ces rues, ces villages ont des noms parfois charmants qui cachent une histoire souvent insoupçonnée. Tout l’été, nous partons à la découverte non pas des lieux, mais de leur toponymie.

 

Québec — Il n’y a pas de château à Château-Richer et il n’y en a jamais eu. Le nom de la municipalité renverrait plutôt à une blague remontant au XVIIe siècle, selon l’ancien président de la société d’histoire de la Côte-de-Beaupré.

 

Armand Therrien est tout un personnage. Affublé de sa casquette de capitaine, il multiplie les blagues sur sa femme, rencontrée par hasard dans les rues de Château-Richer il y a une éternité. Assise près de lui, l’autre rigole de bon coeur et le traite de « tannant ».

 

« Tannant » à cause de ses reparties, mais aussi de ses recherches historiques qui n’en finissent plus. « Il y a beaucoup de choses dans sa tête », résume-t-elle.

 

Armand Therrien a travaillé pendant 36 ans au service des archives du Petit Séminaire de Québec. À son arrivée au début des années 1960, ses collègues lui ont demandé « où il restait ». Et lui de répondre « Au Château ». Ils ont pensé qu’il parlait du Château Frontenac. Lui s’est demandé pourquoi sa ville portait un nom de château sans en avoir un. Tant qu’à avoir des archives à portée de main, autant en profiter…

 

Il y a une dizaine d’années, cet autodidacte s’est commis dans un texte intitulé« La légende du nom de Château-Richer »dans la revue de la Société d’histoire locale. Au coeur de ce texte, une explication étonnante.

 

« Sur le cap où est l’église, il y avait un orme et il y a un Français demi-sauvage qui s’est mis à creuser à l’intérieur. C’était un dénommé Richer », raconte-t-il. Par dérision, on avait fini par l’appeler « son château ».

 

Un palais d’écorce

 

Château-Richer est l’un des premiers endroits à avoir été habités dans la colonie et l’anecdote remonte à la naissance de la Côte-de-Beaupré dans les années 1630. L’abbé François Bédard de la Rive en parle dans un manuscrit de 1786. « Le Château-Richer est ainsi nommé, si on en croit la tradition, d’un appelé Richer, espèce de Sauvage ou Sauvage même, qui d’un gros arbre qu’il creusa à sa mode, en fit son palais. La postérité lui a fait bien de l’honneur, en conservant à une paroisse son nom à si peu de frais… »

 

Soucieux de multiplier les liens, M. Therrien brandit une vieille photo montrant des élèves dans la cour du séminaire. La photo, tirée du service des archives, montre l’un d’eux caché dans un arbre. Mais encore ?

 

La légende a ses détracteurs. Pierre-Georges Roy, le premier archiviste du Québec, penchait plutôt pour une explication de nature religieuse. Le nom renverrait à un prieuré associé à Mgr de Laval.

 

Or on ne trouve pas de trace d’un tel prieuré en France. Il aurait plutôt été confondu avec un autre prieuré, le « Château Portien ». D’emblée, souligne M. Therrien, Mgr de Laval était encore adolescent quand le nom a fait son apparition.

 

Et l’orme ? Il n’existe plus depuis longtemps et l’église a été construite là.

 

Et qui était ce Richer ? Là aussi, les certitudes manquent à l’appel. Selon Marcel Trudel, le seul Richer dont on conserve la trce à cette époque agissait comme interprète pour les Autochtones, avance un historien consulté par M. Therrien. « En 1626-1627, on le retrouve chez les Algonquins. C’est lui qui a aidé Sagard à dresser son dictionnaire de la langue huronne. »

 

L’origine du nom demeure donc « incertaine », conclut Armand Therrien dans son texte. Mais à défaut d’un château, voilà une belle petite histoire à raconter.

À voir en vidéo