Aussant, bête de scène

Depuis son retrait de la vie politique, Jean-Martin Aussant s’est lancé dans l’écriture de chansons engagées à saveur techno. Pianiste accompli, il monte jeudi sur scène, accompagné notamment de l’humoriste Kim Lizotte, pour un spectacle alliant musique, poésie et humour.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Depuis son retrait de la vie politique, Jean-Martin Aussant s’est lancé dans l’écriture de chansons engagées à saveur techno. Pianiste accompli, il monte jeudi sur scène, accompagné notamment de l’humoriste Kim Lizotte, pour un spectacle alliant musique, poésie et humour.

On connaît Jean-Martin Aussant, la bête politique. L’ancien chef d’Option nationale se transforme en bête de scène : un mois et demi après avoir quitté la vie politique, ce musicien accompli présentera jeudi au Lion d’Or, à Montréal, un spectacle iconoclaste alliant chanson engagée, poésie et humour. Une bande de joyeux lurons l’accompagnera sur scène. Entretien avec un économiste qui aurait voulu être un artiste.

 

Jean-Martin Aussant a l’air d’un gars en vacances en arrivant à notre rendez-vous, dans un café du Vieux-Montréal : bermudas, chemise à carreaux, chaussures de course et sourire fendu jusqu’aux oreilles. On est loin du personnage torturé qui a annoncé en pleurant sa retraite politique, le 19 juin.

 

« Aussant », comme l’appellent ses partisans, ne regrette rien. Il voulait passer du temps avec sa femme et leurs jumeaux de presque 3 ans, c’est ce qu’il fait. Il ne se tourne pas les pouces pour autant : aussitôt sa pause politique entamée - il compte revenir un jour -, Aussant est revenu à ses premières amours et s’est jeté corps et âme dans l’écriture de chansons engagées à saveur techno.

 

« D’abord et avant tout, je suis un artiste,dit Jean-Martin Aussant. La matière dans la vie que j’ai étudiée le plus, c’est la musique. J’ai fait 10 ans de piano classique. Ça fait 35 ans que je fais de la musique et 30 ans que je compose. »

 

Peu de temps avant la mise en veilleuse de son engagement à Option nationale (ON), le hasard a voulu que la musique redevienne plus présente dans sa vie. Le Festival OFF de Québec, qui avait eu vent des talents d’Aussant, l’a invité à livrer un concert. Le politicien a décidé de former un groupe avec ses amis Catherine Dorion, militante, candidate d’ON, comédienne, auteure et interprète, et les humoristes Kim Lizotte (qu’on découvrira en chanteuse) et Ghislain Taschereau - rendu célèbre pour ses vidéos où il met des mots dans la bouche de Yasser Arafat.

 

Le spectacle a été un succès. Les artistes ont décidé de récidiver, jeudi prochain au Lion d’Or, en invitant l’ex-Zapartiste François Parenteau à se joindre à eux. Le résultat : un événement hors catégorie où se mêlent chansons, poèmes et humour, sur fond d’engagement politique et de légère déprime post-printemps érable.

 

« Ce qui a fait pouet, pouet, c’est l’attentat du 4 septembre au soir,dit Kim Lizotte. On ne pouvait pas se réjouir du départ de Charest et des libéraux, on ne pouvait pas se réjouir de la fin du conflit étudiant ou de l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, parce qu’il y avait un drame. »

 

La femme et les enfants d’abord

 

La soirée a été amère pour Aussant. Son jeune parti Option nationale, qu’il avait fondé un an plus tôt en claquant la porte du Parti québécois, a récolté moins de 2 % des voix. Et le député de 43 ans a subi la défaite dans sa circonscription de Nicolet.

 

« Si j’avais fait le débat des chefs, je suis convaincu que j’aurais été élu,dit Jean-Martin Aussant. Le débat télévisé a été un moment décisif pour nous, négativement, parce qu’on n’y était pas. » Invitée au débat, Françoise David a volé la vedette et gagné son siège à l’Assemblée nationale.

 

Aussant assure que la performance électorale de son parti n’a rien à voir avec son départ précipité. La seule raison, comme il l’a dit en juin, c’est qu’il tient à s’occuper de ses enfants.

 

« Avoir des bébés en même temps que tu fais de la politique, c’est suicidaire. Il faut tout le temps que tu négliges un des deux. Naturellement, c’est la famille qui prend le bord, parce que tu sais que ta famille t’aime et qu’elle va rester là,dit-il.

 

Je me disais qu’avec deux fois plus d’efforts et moins de sommeil, ça marcherait. Mais ça ne marchait pas. Ma blonde a été monoparentale pendant deux ans avec des jumeaux. Elle n’a jamais posé d’ultimatum, elle a été hyper compréhensive, mais je voyais les effets sur elle et sur la famille. Ce n’est plus normal de sacrifier sa famille pour le travail. Les Trudeau, Lévesque, monsieur Parizeau ont été plus occupés par le travail que par l’éducation de leurs enfants. Je ne les blâme pas, mais l’époque a changé. »

 

Kim Lizotte, 30 ans, sans enfants, approuve de la tête. « J’aimerais faire de la politique, mais pas avant 40 ans. » Elle pose la question qui tue à son ami : « Sur les réseaux sociaux, certains trouvent curieux que tu n’aies pas le temps de faire de la politique, mais que tu trouves le temps de faire de la musique. Qu’est-ce que tu leur réponds ? »

 

« Je ne leur réponds pas ! dit-il. J’ai plus de temps, depuis que je ne suis plus en politique, mais pas pour ça ! »

 

Souverain sur toute la ligne

 

Un être souverain, en quelque sorte. Souvent là où l’on ne l’attend pas. Bardé de diplômes en économie, chef de parti charismatique, pianiste du dimanche (ou désormais du jeudi soir). Vous êtes une drôle de bébitte, monsieur Aussant. C’est là qu’il affirme être « d’abord et avant tout un artiste ».

 

« J’ai manqué de confiance en moi au cégep. J’avais peur que les gens n’aiment pas ma musique. J’aurais dû faire mon cégep en musique, un bac en musique et une maîtrise en musique. J’ai opté pour la facilité en allant en économie. Pas pour l’argent. Parce que je trouvais ça facile. »

 

« J’ai plus de fun à faire de la musique qu’à siéger au Parlement. La vie de député n’est pas une vie si intéressante. C’est beaucoup de travail, beaucoup d’ingratitude aussi. S’il n’y avait pas la souveraineté [du Québec], je n’aurais jamais fait de politique. »

 

Une drôle de bébitte, qu’on disait. Jean-Martin Aussant rêve de revenir en politique, c’est clair. On risque aussi de le retrouver dans une tour de bureaux du centre-ville, dans le monde de la finance. Il a des discussions avec ses contacts québécois des affaires, mais se fait surtout courtiser par l’étranger - il a étudié et travaillé à Londres et à Barcelone.

 

En attendant, attablé dans ce café du Vieux-Montréal, il savoure son chocolat chaud « avec beaucoup de crème fouettée ». Et il a déjà hâte d’aller chercher les enfants à la garderie.

 

***

Un deuxième candidat à la succession d’Aussant

La course à la succession de Jean-Martin Aussant n’est pas encore officiellement lancée, mais un deuxième candidat cherche à se faire élire chef d’Option nationale. André Lamy, ex-candidat d’ON dans Hochelaga-Maisonneuve, qui avait quitté le parti dans la foulée des dernières élections, a déclaré vendredi qu’il plonge dans la course. « Option nationale a su apporter […] une bouffée d’air frais dans l’univers politique et indépendantiste québécois. Ce nouveau parti a réussi le pari d’intéresser à la politique une frange importante de l’électorat jeune, en particulier les adeptes des médias sociaux, grâce au renouvellement du discours et de l’approche en faveur de l’indépendance du Québec. Cependant, beaucoup déplorent l’incapacité d’ON à percer les strates supérieures d’âge et les couches de la population moins branchées. Il s’agit là d’un problème majeur qui ne pourra être résolu uniquement par l’utilisation accrue de Facebook ou Twitter », écrit le militant souverainiste de longue date dans une lettre remise au Devoir. Sol Zanetti, professeur de philosophie de 30 ans de la région de Québec, a été le premier à plonger dans la course, cette semaine.

32 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 3 août 2013 05 h 57

    Chef retraité...

    Après avoir fait un tort immense au mouvement souverainiste, M. Aussant se lance dans une carrière plus à sa mesure. Il a bien fait d'essayer mais la politique n'est pas de la musique... Je lui souhaite du bonheur avec sa famille et sa carrière musicale.
    Comment pourrait-il réparer le tort fait à la souveraineté du Québec?

    • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 3 août 2013 10 h 11

      Naturellement, le PQ a peur de son objectif depuis 1995 et est embourbé dans une logisque d'attentisme, mais c'est la faute du méchant et satanique Aussant! Surtout, évitons toute remise en question!

    • Gilles Théberge - Abonné 3 août 2013 10 h 19

      Exactement je suiss de votre avis madame Desjardins. Malgré le ton candide de Jean-Martin, «Après avoir fait un tort immense au mouvement souverainiste», vlatipas que voilà un autre talent du surdoué personnage qui sort sa tête de l'eau. Mais une poterie, même collée avec de la «crazy glue», ça garde sa fêlure.

      ON c'est bien sympathique, et Pauline toujours bien décevante, quoique l'épisode Lac mégantic a recollé quelques plumes à ses aîles. Mais à mon âge, j'ai pas quarante ans à attendre que le balancier politique revienne du bon bord.

      Conséquemment, même avec un pince nez, si je ne veux pas que le nul de la CAQ soit réélu dans le comté où je vis, je devrai voter pour le PQ.

      Meilleure chance la prochaine fois Catherine et les autres, frères et soeurs Québécois...

    • Manon Theriault - Inscrite 3 août 2013 10 h 51

      Bien au contraire! Option nationale a convaincu plus de nouveau monde de la nécessité de la souveraineté que l'a fait le PQ depuis 1995!

      Aujourd'hui, on voit bien que ce n'est que le pouvoir que veut le PQ, il n'a même pas réagi au jugement de la cour Suprême sur l'obligation de déposer des documents en anglais à la cour de la Colombie-Britannique. Ça prouvait pourtant hors de tout doute que le français n'a pas sa place dans le canada! Le français n'a tellement pas sa place, qu'ils ont sorti une loi vieille de 300 ans pour déclarer la suprématie anglophone...

      Aujourd'hui le PQ ressemble de plus en plus à la défunte ADQ. Virage à droite, autonomiste plus que souverainiste, mais l'ADQ est morte...

      ON est à la Souveraineté d'abord et avant tout. Une fois souverain, le peuple, par sa Constitution à venir, décidera de ses valeurs qui seront à gauche, à droite, au centre. Le PQ ne peut plus en dire autant.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 3 août 2013 19 h 58

      Quel tort?! Avec 2% du vote, faites moi rire.

      Le tort causé au P. q. l'a été par Mme Marois elle-même en s'affichant avec le carré rouge, en plus de s'épivarder avec les manifestants.

      Quelqu'un qui aspire à devenir chef d'État doit rester en dehors de la mêlée: expliquer sont point de vue, aucun problème, mais appuyer l'une des partie en cause en est une autre, et c'est ainsi qu'elle a baissé dans les intentions de votes, et perdu une partie de son électorat, des péquistes du troisième âge: ces gens, généralement sont plus attirés par ce qui leur semble relever de la sécurité...

      Quand les Québecois perdront-il ce foutu travers de toujours mettre les défaites, les minis victoires, les problèmes, sur le dos des autres? Quand ce n'est pas l'argent, ce sont les immigrants, puis Option nationale, etc. etc. Il serait temps de regarder les réalités en face, de cesser de faire les autruches; cette abscence de maturité nous cause beaucoup plus de tort qu'Aussant et tutti quanti pourraient le faire... Le déni ne même nulle part en politique, et nulle part nous y sommes depuis trop longtemps.

  • Pierre Bourassa - Inscrit 3 août 2013 07 h 14

    Aussant, bête de scène

    L'imagination est plus importante que la connaissance. La connaissance est limitée alors que l'imagination englobe le monde entier, stimule le progrès, suscite l'évolution.
    -Albert Einstein

    ...''un spectacle iconoclaste alliant chanson engagée, poésie et humour. Une bande de joyeux lurons l’accompagnera sur scène.''

    C'est peut-être justement çà qui manquait,de l'imagination,de la créativité,des arts dans le mouvement actuel pour la souveraineté.Son allégeance entière à la souveraineté du Québec mélangé à sa dimension artistique vont transmettre le goût d'un Québec souverain par d'autres canaux.
    Plusieurs artistes ont déjà donné à la cause indépendantiste,enfin de la relève.
    Bravo!

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 3 août 2013 20 h 06

      Franchement... n'est-ce pas ça qu'on appelle rêver en couleur?

      "Plusieurs artistes ont déjà donné à la cause indépendantiste, enfin de la relève." Effectivement, et j'ajouterais même que c'est encore le cas, mais où est-ce que ça nous a menés? Ce n'est certainement pas une poignée de joyeux lurons qui vont changer l'avenir du Québec.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 3 août 2013 08 h 08

    D'un strateux supérieur d'âge

    M. Aussant,

    À 67 ans, j'aurais voter pour vous si vous vous étiez présenté dans mon comté et vous auriez eu, je crois, de bonnes chances de gagner. Pour me consoler, j'ai eu le plaisir et, j'oserais dire, la jouissance de voter contre notre ancien premier ministre pour l'envoyer à la retraite.

    Je vous souhaite du bon temps avec vos enfants, votre conjointe et vos collègues musiciens. Mais j'espère que vous reviendrez quand les circonstances s'y prêteront. En attendant, vos prestations contribueront peut-être à vaincre la force d'inertie devant le projet de pays et convaincre les p'tits vieux et les «moins branchés» que le dit projet apportera des lendemains lumineux.

    Pour ça, il faudrait les rejoindre, aller vers eux et les sensibiliser. J'espère seulement que vous ne contribuerez pas à attirer la jeunesse vers le parti QS, qui me fait de plus en plus penser aux gauchistes à gauche de la gauche des années 70.

    Avec notre système électoral actuel et la conjoncture politique qui prévaut, c'est beaucoup demander que de disperser le vote indépendantiste et progressiste dans trois partis. Le retour du parti libéral au pouvoir serait quant à moi un cauchemar. C'est l'évidence même. Il faut donc voter «stratégique».

    Je rêve toujours d'une union des forces progressistes et pragmatistes autour d'un projet de société indépendante, libre, égalitaire et juste. J'espère le voir un jour, avant que Montréal ne devienne Montreal.

  • Yves Perron - Inscrit 3 août 2013 08 h 09

    ON...S'ennuie

    Revenez vite monsieur Aussant, le Québec manque cruellement de leaders (passionnés) et passionnants. Pour faire passer le Québec de l'asservissement et du doute au courage et à la confiance , nous auront besoin d'hommes et de femmes convaincus et convainquants,charismatiques,rassembleurs et surtout honnêtes.

    Vous m'avez charmé dès la première fois où je vous ai entendu et je me suis dit voilà le genre de chef dont le Québec a un urgent besoin en ce moment.

  • Suzanne Lachance - Abonné 3 août 2013 09 h 31

    Oui, ON s'ennuie de vous, M. Aussant!

    Ce qui me rassure, c'est que vous faites les choses - et pas seulement la politique - avec passion, et que vous avez plus d'une corde à votre arc. Vous êtes un homme polyvalent, et ceci ne peut être qu'un avantage pour vos proches et la société québécoise que vous servirez encore un jour, je n'en doute pas un instant.

    Vous avez raison de le souligner - avec tellement de justesse! - à ceux qui vous reprochent votre départ: nous ne sommes plus à l'époque où l'homme politique devait consacrer sa vie entière à la politique, en négligeant conjointe et enfants. Nous, les femmes de mon âge, avons milité pour le partage des tâches, et la génération que vous représentez illustre à merveille à quel point l'objectif a été atteint. Je n'en dirai pas plus pour l'instant, mais tout m'émeut chez-vous.

    Si un jour votre parcours de vie vous ramène à ON et la vie politique québécoise, nous serons au rendez-vous! En attendant, nous accompagnerons les valeureux qui prennent la relève, car c'est ce qui importe: continuer le travail que vous avez amorcé.

    Bonne santé, bonnes retrouvailles familiales, emmagasinez amour et souvenirs précieux (ce qui constituera la solidité du socle de la vie pour vos enfants), bon succès artistique et professionnel! Je vous souhaite, à votre famille et vous, mille plaisirs et bien plus!