Vivre chez soi jusqu’à 103 ans

Yvonne Loisel
Photo: Mélanie Loisel Yvonne Loisel

Avec le progrès médical et le vieillissement de la population, de plus en plus de personnes franchiront le cap des 100 ans au cours du XXIe siècle. Au Québec, on compte déjà plus de 1300 centenaires, sauf que ceux qui sont toujours lucides et autonomes demeurent encore l’exception à la règle.

 

Son médecin lui disait qu’elle était un « phénomène ». À 103 ans et trois mois, parce qu’on recommence à compter les mois à cet âge-là, Yvonne Loisel vit toujours avec l’une de ses filles de 74 ans dans son condo près de la place Versailles à Montréal. « Je fais encore tout moi-même », lance Mme Loisel, qui est fière de dire qu’elle est encore autonome à son âge.

 

« Je n’ai pas de marchette, pas de lunettes et je ne prends qu’une pilule par jour pour ma pression et une autre de calcium pour mes vieux os », dit-elle en se levant de sa chaise berçante pour ramasser la boîte de chocolats sur la table de la cuisine.

 

« En voulez-vous un ? », propose-t-elle.

 

« Moi, j’aime tellement ça que je pourrais passer à travers la boîte si je ne m’arrêtais pas. Vous savez, je cuisine encore tous les jours, je fais aussi mon épicerie, je joue aux cartes et je paye moi-même mes comptes à la banque », raconte-t-elle en ajoutant qu’elle sait encore bien lire et écrire.

 

« Je me suis rendue jusqu’en 7e année avant que ma mère ne me retire de l’école », précise Mme Loisel, qui a passé près de 80 ans de sa vie à Paspébiac, dans la région de la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie, où nous avons retrouvé des racines familiales.

 

« C’est là-bas que j’ai élevé ma famille. Je l’ai presque élevée seule, mon mari n’était pas souvent là. Je m’occupais du jardin, de nos animaux, c’était dur dans le temps », poursuit-elle. La laveuse a donc été, pour elle, l’une des plus belles inventions. « On s’arrachait les mains avec les planches à linge », se souvient-elle sans aucune nostalgie.

 

En plus d’un siècle, Yvonne Loisel en a vu, des changements. Quand on y pense, elle avait 19 ans lors de la crise de 1929 et 29 lorsque la Deuxième Guerre mondiale a éclaté.

 

« Je me souviens très bien que le monde se cachait pour ne pas aller à la guerre. Certains avaient tellement peur qu’ils disaient qu’ils étaient fous pour ne pas y aller », raconte-t-elle en éclatant de rire en y repensant.

 

Des histoires, Yvonne Loisel en a plus d’une à conter. Certaines sont drôles, d’autres moins. Lorsqu’on dépasse le cap des 100 ans, « on a vu bien du monde mourir »,comme dit Mme Loisel. Elle a, entre autres, perdu trois de ses neuf enfants, mais elle a vu naître huit petits-enfants et neuf arrière-petits-enfants.

 

« C’est ce qui me tient en vie. Mes enfants me visitent souvent, la maison est toujours pleine et je n’ai pas le temps de m’ennuyer », souligne-t-elle. Ses journées sont pourtant longues. Chaque jour, elle se lève vers 7 heures et veille parfois jusqu’à minuit.

 

« On regarde des films », révèle-t-elle tout sourire.

 

Et lorsqu’il y a des occasions spéciales, elle se fait plaisir en prenant un petit verre de brandy. À la fête organisée pour ses 100 ans en 2010, toute sa famille s’était d’ailleurs réunie pour souligner ce grand événement. « Ils m’ont offert 100 roses ! Je crois que c’était l’un des plus beaux jours de ma vie », dit-elle, en confiant qu’elle aimerait encore vivre quelques années.

 

Ce qui n’est pas impossible. Une Japonaise a soufflé 115 bougies cette année, tandis qu’une femme a célébré ses 119 ans en Afrique du Sud. Certains spécialistes en neurobiologie disent même que la durée de vie pourrait aller jusqu’à 200 ans d’ici la fin du XXIe siècle grâce aux avancées scientifiques en matière de biotechnologie et d’intelligence artificielle. Est-ce exagéré ? La communauté scientifique est plutôt d’avis que oui, mais elle s’attend tout de même à un boom de centenaires. Selon le dernier recensement de 2011, on compte déjà 5000 centenaires au Canada. En 2030, il y en aura environ 17 000 et en 2061, 80 000 !

 

« En tout cas, je peux vous dire que 103 ans, ce n’est pas trop pire, surtout quand tu as la chance d’être entouré et d’avoir la santé », lance sur une note d’encouragement Yvonne Loisel.

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