Lac-Mégantic - Le contenu des wagons intrigue les enquêteurs

«Il semblerait que le pétrole brut a réagi de façon anormale» –Ed Belkaloul
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz «Il semblerait que le pétrole brut a réagi de façon anormale» –Ed Belkaloul

La violence du brasier attisé par le pétrole contenu à l’intérieur des wagons-citernes du train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway intrigue fort le Bureau de la sécurité des transports (BST).

 

Près d’un mois après la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, les enquêteurs ont entrepris l’analyse d’échantillons de pétrole provenant de plusieurs wagons-citernes du « train fantôme ». Ils veulent mettre la main sur la liste exhaustive des « ingrédients ». « Ça va nous permettre de comprendre pourquoi le feu a été si violent », a indiqué le gestionnaire des opérations ferroviaires de la région du Québec et des Maritimes, du BST, Ed Belkaloul. « Il semblerait que le pétrole brut a réagi de façon anormale », a-t-il lancé.

 

Les experts du BST effectueront également une panoplie de tests sur des pièces des DOT-111 qui ont laissé s’écouler 5,7 millions de litres de pétrole. « Cela va nous aider à déterminer leur condition, leur réaction et leur performance », a précisé l’enquêteur Donald Ross.

 

Les enquêteurs du BST ont terminé l’examen du « lieu de l’accident » au centre-ville de Lac-Mégantic, mais poursuivront des essais sur les locomotives à Vachon et sur les wagons à Nantes. « Plus tard, on va être capables de comparer les tests qu’on fait à Vachon et à Nantes avec les analyses théoriques. […] C’est une manière de valider exactement les forces de freinage appliquées sur le convoi », a expliqué M. Belkaloul.

 

Information cruciale

 

Le BST va aussi s’affairer à « recueillir des renseignements [supplémentaires] » auprès de la MMA et de Transports Canada « afin de comprendre la relation qu’il y a entre l’agence de réglementation, Transports Canada, et la compagnie de chemins de fer, ainsi que mieux comprendre les procédures utilisées par cette compagnie ». La MMA participe de bonne foi à l’enquête du BST, a fait savoir M. Belkaloul. « À date, tout va bien. On obtient les résultats qu’on demande. Dans toutes les enquêtes, c’est un peu la même affaire : il faut négocier. Mais, en général, ça marche. Il n’y a pas eu vraiment d’obstacles majeurs. »

 

La professeure spécialisée en gestion de sites contaminés Rosa Galvez-Cloutier partage les interrogations du BST concernant le ou les produits réfugiés à l’intérieur des wagons-citernes. « La question se pose : est-ce que les 72 wagons contenaient tous la même chose ? Je pense que non », a-t-elle affirmé.

 

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) connaît-il la composition exacte des millions de litres de pétrole qui se sont écoulés après le déraillement du train de la MMA ? « C’est une information cruciale qui n’a pas été révélée. »

 

Le retrait des « safety data sheets » des wagons-citernes dans le bal de la déréglementation du transport ferroviaire a à coup sûr forcé le MDDEFP à agir « par tâtonnements » depuis le samedi 6 juillet, selon Mme Galvez-Cloutier. À son avis, le ministère ne détient toujours pas toutes les informations pour diriger les opérations de décontamination et de nettoyage.

 

Fin des recherches

 

La conscience tranquille, la Sûreté du Québec et le Bureau du coroner ont mis fin mercredi aux recherches des dernières victimes de la tragédie ferroviaire, qui a arraché la vie à 47 personnes. Les enquêteurs ont extirpé au moins 42 victimes des décombres depuis le déraillement du train de la MMA, au début juillet. « Aujourd’hui, nous avons la certitude que tout ce qui pouvait être fait a été fait, et non seulement ça, ç’a été bien fait », a déclaré le porte-parole de la Sûreté du Québec, Guy Lapointe, tout juste avant d’annoncer officiellement « la fin des recherches sur la scène de crime ».

 

Le Bureau du coroner n’avait plus espoir de retrouver d’autres victimes dans le centre-ville de la petite municipalité. « On conclut les travaux aujourd’hui avec la conviction profonde et sincère qu’on a fait tout ce qui est humainement possible pour retrouver toutes les personnes portées disparues », a dit la porte-parole de l’organisation, Geneviève Guilbault.

 

Trente-huit personnes ont été formellement identifiées à ce jour. Le Bureau du coroner a bon espoir de lever le voile sur l’identité d’autres victimes, bien que le travail d’identification soit maintenant « extrêmement complexe » en raison de l’« état » et de la « taille » des restes humains retrouvés au fil des derniers jours. « Ce travail d’identification là qui reste à faire va donc exiger du temps et de la patience », a averti Mme Guilbault.

 

Le bilan de 42 victimes pourrait être appelé à être revu à la hausse, a-t-elle fait remarquer. « Il y a des éléments qui ont été retrouvés sur le site au cours de la deuxième phase des travaux. Il est possible que ces éléments-là, une fois expertisés, nous permettent de confirmer l’identité de certaines des victimes qui sont toujours portées manquantes. »

 

De retour à la maison

 

« J’ai une bonne nouvelle ! », a dit jeudi la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, avant d’indiquer qu’une centaine de personnes pouvaient retrouver leur domicile. La zone évacuée a été délimitée de nouveau de sorte que 50 logements ou maisons étaient accessibles en fin d’après-midi à leurs locataires. Les résidants de Lac-Mégantic n’ont toutefois pas retrouvé leur centre-ville - ou ce qu’il en reste - jeudi, puisque le site présente toujours des « risques pour la santé». «Un peu de travail [doit être fait] encore» avant la levée de l’évacuation, a dit le lieutenant Lapointe.

12 commentaires
  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 2 août 2013 08 h 19

    Ca commence bien ici.

    Bonjour,

    Le commentaire de M. Belkaloul est intéressant et démontre une rigueur d’observation et la bonne intuition d’un recherchiste.

    L’hydrocarbure extrait d’un shale peut consister en deux types de crus, un léger et un autre lourd qui sont extrait séparément. Parfois on dilue le lourd avec le léger avant de procéder au raffinage. Il se peut aussi que le pétrole lourd soit dilué avec un produit distillé, comme le naphta.

    Seule une analyse de caractérisation peut déterminer avec précision les composants du pétrole en question. C’est une analyse qui doit aussi servir d’appui au tribunal et doit donc être faite par un laboratoire de réputation reconnue dans le domaine.

    Merci.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 août 2013 11 h 28

      Il y a ceux qui se satisfont de leurs soupçons et ceux qui parleront de cover up si les explications ne leur paraissent pas satisfaisantes. Malheureusement, ce sont souvent les mêmes. Pas avec eux que la vérité trouvera son compte. On ne leur en fera pas accroire autre chose que ce qu'ils sont disposés à entendre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 août 2013 11 h 47

      sauf erreur, il n'y pas de lourd dans les gisements Bakken dont le convoi provenait?

  • Jaber Lutfi - Inscrit 2 août 2013 09 h 02

    Surréalisme en vue.

    Il y a là dans ces déclarations de BST tant d'interstices propices aux pousses de sapins bien huilés!

    Le rapport final dira ceci : un pétrole normal aurait du se mettre en boule et rester sagement en place en attendant les secours. C'est cette quantité spécifique de pétrole qui est récalcitrante, hystérique (noter le passage subtile au féminin), terrosriste. Le reste du pétrole est normal et sage. Propre, il ne fait pas de dégât. Dormez tranquille s'il vous plait car on a aussi des produits radioactifs à transporter par camion.

  • Christian Alacoque - Inscrit 2 août 2013 09 h 11

    Intercales?

    Est-ce a dire qu'il y aurait des matieres dangereuses qui circuleraient dans des wagons intercales entres les wagons autorises de petroles brut? Y a-t-il une reglementation qui interdit le transport de certaines matieres chimiques dans des convois traditionnels? On sait que la drogue circule cachee au milieu de matieres anodines, en serait-il ainsi pour les produits chimiques hautement toxiques et dangereux?

  • Josette Allard - Inscrite 2 août 2013 09 h 12

    Retrait des data sheets

    On ne veut pas savoir car on serait obliger de réglementer et celà, dans l'esprit du Gouvernement Harper c'est impensable dans une société du libre marcé.

    • Jacques Moreau - Inscrit 2 août 2013 14 h 54

      Bien beau de "savoir" ce qui est déclaré pour satifaire un règlement. Pour que ce soit efficace faudrait pouvoir, vérifier les contenues des wagons. Pour faire cette vérification ça prendra du personnel qualifié. Comment faite vous pour faire la différence entre tous ces produits chimiques? En bout de ligne on se retrouvera avec un autre "désastre" ou l'on pourra ajouter que la réglemantation n'a pas été suivie et il faudra attribuer à "quelqu'un" la faute ou l'erreur. Espérons que l'enquête produira des suggestions réalistiques et applicables.

  • Franklin Bernard - Inscrit 2 août 2013 09 h 32

    Est-ce qu'on mesure bien les conséquences de la dérèglementation?

    Cette petite phrase, par exemple: «Le retrait des « safety data sheets » des wagons-citernes dans le bal de la déréglementation du transport ferroviaire...»

    Autrement dit, à ce que je crois comprendre, la disparition de l'obligation d'avoir à tenir un registre des «données sécuritaires.» Ou encore «Transportez ce que vous voulez, nous, on s'en fiche.»

    Un point de la déréglementation du transport ferroviaire, parmi des dizaines d'autres sans doute, qui montre bien l'irresponsabilité qui a présidé à cette déréglementation. Et on vient nous dire que le gouvernement fédéral n'aurait rien à voir dans cette tragéie?

    Quand on pense au transport des matières radio-actives, soi-disant «strictement réglementé», dont on parle ailleurs dans cette édition du Devoir, et quand on connait le courbage d'échine des Cons(ervateurs) devant les lobbies industriels, on a froid dans le dos.