Portrait d’une bénévole hors du commun

La bénévole Gabrielle Pharand-Rancourt
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La bénévole Gabrielle Pharand-Rancourt

Lac-Mégantic — Des dizaines de « personnes ordinaires, mais extraordinaires » ont assisté samedi à la grande cérémonie commémorative célébrée à la mémoire des personnes qui ont péri dans la tragédie ferroviaire. Parmi elles, la bénévole à la Croix-Rouge Gabrielle Pharand-Rancourt.

 

Avec l’aide de deux collègues, Marie-Ève Charest et Gabriel Weiss, Gabrielle Pharand-Rancourt a vite mis sur pied le centre d’hébergement de la Croix-Rouge à la polyvalente Montignac, la nuit de la catastrophe, lançant ainsi une opération d’urgence hors du commun.

 

Habituellement, la bénévole cumulant tout juste une année de services dans l’organisation non gouvernementale vole au secours des personnes jetées à la rue par les flammes de l’incendie de leur résidence. Mais la nuit du samedi 6 juillet, elle a fait face à l’une des pires catastrophes ferroviaires de l’histoire du Canada. « J’ai été réveillée par les explosions. J’ai pris la fuite sans même avoir eu la chance de prendre ma trousse de la Croix-Rouge. Je suis allée en lieu sûr », raconte-t-elle, assise à une table à pique-nique devant la polyvalente où elle travaillé d’arrache-pied, au cours des trois dernières semaines.

 

Offrir du réconfort

 

Gabrielle Pharand-Rancourt appelle des membres de sa famille pour leur dire qu’elle est saine et sauve. Sa maison s’élève tout de même à 150 mètres de l’épicentre de la catastrophe. Chose faite, elle s’affaire à organiser les services aux personnes expulsées de leur domicile par le train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA). « Je suis en vie, mes proches sont en vie. Mais avec un incendie de cette taille-là, il va y avoir beaucoup de gens à aider », se dit-elle. Moins de 20 minutes après le début des violentes déflagrations, la bénévole alerte ses deux confrères, Gabriel Weiss - le responsable d’équipe - et Marie-Ève Charest.

 

Déjà, à leur arrivée à la polyvalente Montignac, quelques sinistrés les attendent sur le pas de la porte. Des visages lui sont familiers. « On était tous les trois ici à 4 heures. Les portes étaient déjà déverrouillées. On a étendu une grande couverture de la Croix-Rouge. On a commencé à accueillir les sinistrés, à les rassurer, à leur dire qu’ils étaient au bon endroit. On a apporté un peu de jus pour les gens qui se sentaient faibles. On a assuré l’accueil en attendant les renforts de l’équipe de Sherbrooke et de Saint-Georges », relate-t-elle, un dossard rouge de la Croix-Rouge toujours sur le dos.

 

En attendant le camion remorque chargé de matériel d’urgence, dont des lits de fortune et des couvertures, le trio de bénévoles de la MRC du Granit est outillé pour « offrir à tout le moins [du] réconfort ». « C’était quelque chose de gros qui venait d’arriver. Les gens étaient secoués », souligne-t-elle. Marie-Ève Charest et Gabriel Weiss et Gabrielle Pharand-Rancourt tiennent le fort dans la polyvalente jusqu’au petit matin.

 

L’établissement d’enseignement s’impose rapidement comme le « lieu névralgique ». Les différents organismes d’aide, dont le bataillon d’intervenants psychosociaux, y accourent.

 

Gabrielle Pharand-Rancourt se souvient notamment des personnes qui venaient vérifier si le nom d’un de leurs proches qui manquait à l’appel était inscrit sur la liste de sinistrés de la Croix-Rouge. « On sentait beaucoup d’inquiétude », dit-elle, insistant sur le fait que Lac-Mégantic est une communauté « tissée serré ».

 

Après avoir accompli des études à l’Université McGill et quelques projets de coopération internationale, elle a effectué un retour en Estrie il y a deux ans.

 

L’établissement d’enseignement s’impose rapidement comme le « lieu névralgique ». Les différents organismes d’aide, dont le bataillon d’intervenants psychosociaux, y accourent.

 

Gabrielle Pharand-Rancourt se souvient notamment des personnes qui venaient vérifier si le nom d’un de leurs proches qui manquait à l’appel était inscrit sur la liste de sinistrés de la Croix-Rouge. « On sentait beaucoup d’inquiétude », dit-elle, insistant sur le fait que Lac-Mégantic est une communauté « tissée serré ».

 

Après avoir accompli des études à l’Université McGill et quelques projets de coopération internationale, elle a effectué un retour en Estrie il y a deux ans.

 

L’orthophoniste à la commission scolaire des Hauts-Cantons est heureuse d’avoir pu aider ses concitoyens en ces temps difficiles. « C’était important pour moi d’être ici. Oui, tout particulièrement parce que c’est ma communauté, mais comme bénévole de la Croix-Rouge, quand on sent qu’on peut aider des sinistrés, que ce soit chez nous ou ailleurs, on se sent interpellé. Quand j’ai entendu des informations sur les inondations en Alberta, j’ai passé à un cheveu d’écrire à la responsable de l’intervention pour offrir mon aide. »

 

Mais la catastrophe a aussi frappé la communauté de Lac-Mégantic. Et elle a frappé fort. « Face à quelque chose de si terrible, on peut vivre de l’impuissance, c’est presque un cadeau d’avoir une façon d’aider. Moi, je l’avais, ma façon d’aider à travers mon implication à la Croix-Rouge. »

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