Arrestation musclée filmée : un conseil de bande innu songe à poursuivre la SQ

Les membres du conseil de bande d’Unamen Shipu, à La Romaine, songent à entamer des poursuites judiciaires à la suite de la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux, dans laquelle des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) semblent procéder à l’arrestation plutôt musclée d’un jeune homme, selon l’avocat Alain Arsenault, qui a été contacté par la communauté.

« Je vais regarder l’ensemble : civil, criminel, déontologique, […] je n’exclus aucun recours », dit M. Arsenault, joint au téléphone par Le Devoir. L’avocat affirme que le conseil de bande de la communauté innue était en réunion mercredi afin de savoir s’il ferait appel à ses services dans le but d’entamer des procédures judiciaires.

 

La vidéo, largement diffusée sur les réseaux sociaux, a été filmée à l’aide d’un téléphone cellulaire. L’enregistrement est de mauvaise qualité, il est possible toutefois d’y distinguer deux agents de la SQ qui tentent de maîtriser un homme, qui se trouve à terre. Les deux agents, qui sont accroupis près de l’homme, lui assènent plusieurs coups de poing. Un des agents assène aussi des coups de matraque à l’homme, qui semble se débattre.

 

Le jeune homme qui apparaît dans la vidéo, filmée à partir de l’intérieur d’un véhicule et mise en ligne le 16 juillet, a expliqué qu’il se portait mieux. « Ça va un peu mieux », a dit Norbert Mestenapeo lors d’une entrevue téléphonique avec Le Devoir.

 

Enquête en cours

 

Sa tante Geneviève Mark a expliqué qu’il ne souhaitait pas parler davantage, sur les conseils de M. Arsenault. M. Mestenapeo a reçu neuf points de suture à la tête. Il a aussi des hématomes au niveau des bras, une bosse sur la tête, et il aurait abondement saigné. Mme Mark a contribué à diffuser la vidéo, sur son compte Facebook, afin de dénoncer ce qu’elle considère être un cas de brutalité policière. « Si on ne le fait pas, c’est qui, qui va bouger ? », dit-elle.

 

La SQ a déjà indiqué qu’une enquête a été confiée à la Direction des normes professionnelles de l’organisation policière. « Il y a des équipes qui vont se déplacer, des policiers qui vont enquêter », indique Nathalie Girard, porte-parole de la SQ. L’intervention de la police a eu lieu le 16 juillet, selon elle. Les policiers ont reçu un appel leur signalant du « grabuge » à l’intérieur d’une résidence de La Romaine, en soirée. Les agents s’y sont rendus. Par la suite, la SQ a reçu un deuxième appel, provenant d’un « citoyen » qui avait « localisé » un homme. Les policiers ont répondu à cet appel, et ont retrouvé l’individu. Mme Girard explique que la vidéo montre cette intervention, sans confirmer l’identité de la personne au sol.

 

Raymond Bellefleur, le chef d’Unamen Shipu, a décrit l’intervention de la SQ comme étant de la brutalité policière, et a demandé à ce qu’un service de police autochtone soit mis en place dans sa communauté, dans un communiqué de presse.

 

Mme Mark estime que les policiers qui sont intervenus ce soir-là n’avaient pas l’habitude de patrouiller dans la communauté. Selon elle, il s’agissait de policiers des « grosses villes » comme Sherbrooke ou Trois-Rivières. Elle souhaiterait plutôt voir des policiers des villes environnantes qui assurent la sécurité de cette communauté de 1000 habitants, comme c’est d’habitude le cas.

 

Selon elle, les relations entre les Innus et la SQ vont généralement « très bien ». « On ne veut pas se venger, mais il faut que ça s’arrête, la violence », conclut-elle.

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