Un ramadan long et chaud en vue

Djemel Kalafate, chef pâtissier à la boulangerie Belle Bleue
Photo: François Pesant - Le Devoir Djemel Kalafate, chef pâtissier à la boulangerie Belle Bleue

Les musulmans du Québec ont entamé depuis quelques jours le ramadan. Et canicule ou pas, ils devront s’abstenir de boire et de manger pendant au moins 17 heures chaque jour.

 

« J’ai soif depuis 10 heures ce matin », lance Mohamed, un employé du restaurant Basha, au centre-ville de Montréal. Toute la journée, ce jeune Algérien de 27 ans a travaillé près des grilles et de la broche du shawarma sans avaler une seule goutte d’eau.

 

Vers 16 heures dimanche, il était bien content que les clients se fassent plutôt rares dans le restaurant et en a profité pour s’éloigner des sources de chaleur. « On a beau avoir l’air conditionné, lorsqu’on est devant les fours, il fait chaud et on a encore plus soif », dit-il, ajoutant que le jeûne du ramadan vise justement à « se mettre à l’épreuve et à travailler sur le contrôle de soi. »

 

Difficile en été

 

Du lever au coucher du soleil, et ce jusqu’au 7 août, les musulmans ne doivent pas boire, ni manger, ni avoir de relations sexuelles pendant tout le mois que dure le ramadan. Cette année, le jeûne commence vers 3 h 30 et se rompt vers 20 h 40 à Montréal.

 

« Le ramadan en plein été, c’est vraiment difficile. Il fait chaud, les journées sont longues et on voit des belles filles partout sur Sainte-Catherine », indique Mohamed qui ajoute en rigolant qu’il a hâte que le ramadan tombe en février parce que le jeûne y dure seulement 7 heures, plutôt que 17.

 

« Une chance que mon patron fait lui aussi le ramadan. Il comprend que ses employés sont un peu moins productifs que d’habitude. Mais dans la plupart des entreprises, ce n’est pas le cas et il n’y a pas de passe-droit », raconte-t-il, pendant que son collègue marocain s’approche pour se mêler à la conversation.

 

« Avant de travailler ici, j’ai passé 7 ans dans un entrepôt, et je peux vous dire que pendant le ramadan, on n’avait pas de faveurs. Notre superviseur nous donnait une serviette d’eau le matin et nous souhaitait bonne journée », mentionne-t-il, en essuyant quelques gouttes de sueur sur son front, avant de retourner à ses fourneaux.

 

Vers 17 heures, la fatigue commençait aussi à se voir sur les visages des employés à la boulangerie Belle Bleue sur la rue Jean-Talon à Montréal. Bien qu’ils soient affamés et assoiffés, ils servent encore avec le sourire leurs derniers clients qui achètent quelques baguettes et pâtisseries orientales.

 

Premières journées

 

La journée a été longue, mais ils sont mieux à l’intérieur qu’à l’extérieur, alors que le mercure indique 31 degrés sans compter l’indice humidex. « Pendant le ramadan, on adapte les horaires pour nous, employés, et nous avons deux brigades de travail pour répondre à la demande », affirme Mourad Aboun, le gérant de la boulangerie bien connue de la communauté maghrébine de Montréal.

 

« C’est sûr que ce n’est pas facile de travailler et de jeûner, mais le temps passe plus vite quand on travaille, ça nous évite de penser que nous avons faim et soif », poursuit-il.

 

« À vrai dire, ce sont les premières journées du ramadan qui sont difficiles parce que notre corps doit s’habituer », renchérit Djemel Kalafate, le chef pâtissier qui partait après avoir apporté deux assiettes géantes de griwech, des gâteaux algériens que les Marocains appellent aussi chebakia.

 

Devant ces montagnes de pâtisseries qui donnent l’eau à la bouche, Djemel n’avait pourtant aucune peine à résister. Il rêvait plutôt d’une cigarette, tandis Mourad pensait à son premier café noir après la rupture du jeûne.

À voir en vidéo