Lac-Mégantic se recueille: 50 coups de cloche pour 50 victimes

Après les cinquante coups de cloche, plusieurs colombes ont été relâchées, puis le carillon s'est fait entendre et a résonné de longues minutes dans la ville silencieuse.
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Après les cinquante coups de cloche, plusieurs colombes ont été relâchées, puis le carillon s'est fait entendre et a résonné de longues minutes dans la ville silencieuse.

Le glas de l'église de Lac-Mégantic a retenti 50 fois sur le coup de midi, samedi, à la mémoire des 50 morts de la catastrophe ferroviaire survenue il y a une semaine. Dans la journée, cinq nouveaux corps avaient été trouvés dans les décombres du centre-ville, ce qui a fait passer le bilan de la tragédie à 33 morts et 17 personnes disparues et présumées décédées.

Sous le chaud soleil estival, plus d'une centaine de personnes se sont regroupées à midi autour du parvis de l'église Sainte-Agnès et dans les rues environnantes et ont fait silence pendant que la cloche sonnait lentement chaque coup. En contrebas, les gens recueillis faisaient face à la scène de la catastrophe, dissimulée derrière une haute clôture recouverte de toile noire.

Pendant cette commémoration en plein air, un couple est venu se recueillir au pied de la statue du Christ. La femme, Lise Doyon, a perdu son fils, Kevin Roy, et sa bru dans la tragédie.

Après les cinquante coups de cloche, plusieurs colombes ont été relâchées, puis le carillon s'est fait entendre et a résonné de longues minutes dans la ville silencieuse.

En matinée, les représentants des médias ont pu visiter l'intérieur de l'église où a été aménagé un mémorial. Sur de grands panneaux qui portent le titre «La voix du coeur», les Méganticois peuvent écrire des messages sur cartons en forme de coeur de différentes couleurs. Plusieurs dizaines de messages avaient déjà été affichés, adressés à un frère, une tante, un ami. Beaucoup d'enfants rédigeaient des messages au moment du passage des journalistes.

«Nous ne pouvions parler au nom de tous, nous avons donc voulu laisser la parole à chacun, c'est là que s'est imposé le thème 'La voix du coeur', a déclaré Nicole Dubé, bénévole à l'église. Notre mémorial est en progression chaque jour.»

«Les gens peuvent un moment déposer leur souffrance», a dit sa collègue Louise Bergeron, une autre bénévole.

«On entre dans une phase de préparation et d'accompagnement plus structurée des familles endeuillées, des gens qui ont besoin de réconfort, a dit l'abbé Steeve Lemay, responsable de la paroisse, juste avant la visite de l'église par les médias. En ce moment, ce qui est ressenti dans la population, c'est un besoin de calme, de sérénité.»

Ne rien oublier

La plupart des évacués ont retrouvé leur lit, les commerces de la zone jaune ont rouvert leurs portes et leurs employés sont retournés au travail: la vie reprend tranquillement son cours à Lac-Mégantic, une semaine après la tragédie ferroviaire qui a fait 50 victimes. Mais même s'ils sont nombreux à avoir repris leurs activités, les résidants ne peuvent rien oublier.

Un «semblant» de vie normale, disent-ils. Personne n'a pu, ni voulu, parler de «retour à la normale».

Pour continuer, les gens se réunissent un peu partout: dans les restaurants du coin, sur leurs balcons, devant l'église, ouverte depuis peu. Et ils parlent. D'un peu de tout, mais surtout, de la catastrophe de samedi dernier qui a changé leur vie.

Et puisque les gens se retrouvent beaucoup dans les «fast food», comme le McDonald's ou le Tim Hortons de la rue principale, les travailleurs sociaux y sont aussi. Ils s'y promènent, s'assoyant avec les gens, pour leur parler et voir s'ils ont besoin d'aide.

D'autres résidants se sont fait bénévoles, notamment à la polyvalente qui sert de refuge, pour passer le temps et pour donner un coup de main à ceux qui en ont le plus besoin.

La réouverture des commerces de la rue Laval, qui traverse la ville, a donné un bon coup de pouce au moral des gens en leur permettant de retrouver leurs habitudes au dépanneur du coin, ou encore à leur petit casse-croûte de quartier «Chez Loulou». La terrasse était pleine vendredi soir.

Pour ceux qui ont été évacués, le retour à la maison est un réel soulagement. «Un gros début de vie normale, a soupiré Madeleine Grenier, qui venait de passer sa première nuit chez elle. Ça aide vraiment beaucoup».

Mais elle reconnaît, les larmes aux yeux et la voix qui se brise alors qu'elle se remémore la tragédie, que cela va prendre du temps.

Et ce n'est pas possible de l'oublier: l'immense clôture opaque qui entoure le périmètre de l'accident, encore fermé, est en plein devant ses yeux et l'empêche de voir les maisons de ses voisins, juste de l'autre côté de la rue Villeneuve.

Sur le perron de sa maison, la frêle dame âgée indique une brèche entre les édifices qui permet de voir les wagons de pétrole éventrés.

Comme beaucoup d'autres, Mme Grenier a eu recours à l'aide d'un psychologue. Elle est anxieuse depuis qu'elle a dû être évacuée d'urgence, au beau milieu de la nuit.

Tous les commerces de la zone jaune, qui n'a été accessible que jeudi soir, sont maintenant ouverts, sauf le barbier. La zone rouge, en plein coeur de l'endroit où le train a déraillé, enflammant le vieux centre-ville, est toujours hors limite pour les 200 personnes qui y habitaient.

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LES VICTIMES IDENTIFIÉES

Le Bureau du coronier du Québec a transmis samedi soir une première liste de victimes formellement identifiées:

Mme Éliane Parenteau, 93 ans
M. Frédéric Boutin, 19 ans
Mme Kathy Clusiault, 24 ans
Mme Élodie Turcotte, 18 ans
M. Yannick Bouchard, 36 ans
Mme Karine Lafontaine, 35 ans
M. Maxime Dubois, 27 ans
Mme Mélissa Roy, 29 ans.


5 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 13 juillet 2013 14 h 15

    Espoir

    C'est réconfortant de voir qu'une multitude de personnes ont encore une âme, que la marchandisation du monde n'a pas encore tout absorbé. Mes sentiments d'amour et de sérénité à tous les éprouvés.

    Louka Paradis, Gatineau

  • Louka Paradis - Inscrit 13 juillet 2013 14 h 17

    Les Trois cloches

    Une idée superbe et percutante. Un symbole très fort. Autrefois, les cloches servaient à alerter les citoyens en cas de danger : c'était un symbole de rassemblement, de solidarité et de spiritualité. C'était aussi la façon de marquer la naissance, le mariage et le décès d'une personne. Voir la très belle chanson Les Trois cloches, interprétée magnifiquement par Édith Piaf et les Compagnons de la chanson :
    http://www.dailymotion.com/video/xn5fir_edith-piaf
    Louka Paradis, Gatineau

  • Louka Paradis - Inscrit 13 juillet 2013 16 h 03

    L'humanité espérante

    C'est réconfortant de voir qu'une multitude de personnes ont encore une âme, que la marchandisation du monde n'a pas encore tout absorbé. Mes sentiments d'amour et de sérénité à tous les éprouvés.

    Louka Paradis, Gatineau

  • Roland Guerre - Inscrit 14 juillet 2013 08 h 21

    Pensées

    Nos pensées affectueuses pour les familles frappées par cette tragédie. Le meilleur hommage que nous puissions rendre aux victimes de cette catastrophe ferroviaire passe par la redéfinition des règles du transport des matières dangereuses, le dessin des voies, la relecture des obligations des compagnies qui doivent privilégier la place donnée à l' Homme.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 juillet 2013 09 h 39

      Encore heureux qu'à cette heure-ci personne n'a encore réfuté votre terme «Homme». Mais il est encore tôt, ne désespéront pas !

      Mais je suis de tout coeur avec vous, l'humanité se fait brasser la cage pas mal fort ces temps-ci et à beaucoup d'endroits. Le malheur plane partout et Mégantic est le plus près exemple. Comme le disait ce jeune pompier : «Le diable est passé à Mégantic !»