Un long et pénible processus d’identification

Les recherches se sont poursuivies toute la journée lundi pour retrouver les victimes du déraillement ferroviaire.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Les recherches se sont poursuivies toute la journée lundi pour retrouver les victimes du déraillement ferroviaire.

Pour les familles des personnes disparues depuis la tragédie de Lac-Mégantic, l’attente pourrait être longue alors que s’amorce l’enquête du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal.


Mark Desire est directeur adjoint à l’Office of Chief Medical Examiner de New York, où, 12 ans après les attentats du World Trade Center, l’enquête se poursuit pour identifier les victimes. À moindre échelle, les défis du site de la tragédie de Lac-Mégantic s’apparentent à ceux auxquels les scientifiques américains ont été confrontés au lendemain du 11 septembre 2001. En effet, il pourrait ne rester que très peu d’indices.


Dans l’éventualité, probable, où toutes les autres techniques d’identification échouent, même l’identification par ADN pourrait s’avérer ardue, avertit Mark Desire. « Non seulement le feu peut avoir détruit l’ADN, mais le pétrole également. Même l’eau utilisée pour éteindre le brasier peut avoir endommagé le matériel génétique », explique l’expert.

 

Dernier recours


Il est probable que les analyses doivent être menées sur des os, le tissu dont il est le plus difficile d’extraire le matériel génétique. Les scientifiques doivent également pouvoir comparer l’ADN pour identifier les victimes. C’est pourquoi on demande aux proches de fournir des brosses à dents ou des rasoirs des victimes, ou encore des échantillons de leur propre ADN pour des fins de comparaison.


Les analyses d’ADN ne seront vraisemblablement pas lancées immédiatement : c’est la technique du dernier recours, explique M. Desire. L’identification visuelle, la comparaison des fichiers dentaires et les empreintes digitales sont des techniques qu’on tente d’exploiter avant de passer aux analyses d’ADN.


Malgré l’ampleur de la tâche, Mark Desire tente de se montrer positif. « La technologie a beaucoup évolué. Dans la dernière année, nous avons pu identifier des os exposés au feu et à l’essence qui étaient restés muets jusqu’à maintenant, pour lesquels nous n’avions plus aucun espoir. C’est un défi immense, mais pas impossible. Et si l’équipe de Montréal, qui est excellente, a besoin de notre expertise, nous allons collaborer », assure-t-il.


À ce jour, quatre scientifiques travaillent toujours à temps plein à identifier les quelque 3000 victimes du World Trade Center : 40 % d’entre elles n’ont jamais été retrouvées.


« On ne s’attend pas à une situation facile, mais on va prendre le temps qu’il faudra, mettre toute notre expertise en commun pour en arriver à des résultats », a assuré la coroner en chef Louise Drolet, lors d’une courte entrevue accordée à un journaliste de la télévision de Radio-Canada.

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Des chiffres évocateurs

Bilan provisoire des décès : 13

Personnes portées disparues (incluant les décès confirmés) : environ 50

Nombre de bâtiments détruits : entre 30 et 40

Nombre de personnes évacuées : entre 1500 et 2000

Population de Lac-Mégantic : 6000

Convoi : 72 wagons-citernes et 5 locomotives

Contenu des citernes : près de 100 000 litres de pétrole brut par wagon.


 

La Presse canadienne