Mutisme et prudence chez les grands raffineurs

Suncor, qui exploite une raffinerie à Pointe-aux-Trembles, et Ultramar, qui en possède une à Lévis, ont affirmé cet hiver que le prix relativement abordable du pétrole canadien était une excellente raison de commencer à en acheminer par voie ferroviaire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Suncor, qui exploite une raffinerie à Pointe-aux-Trembles, et Ultramar, qui en possède une à Lévis, ont affirmé cet hiver que le prix relativement abordable du pétrole canadien était une excellente raison de commencer à en acheminer par voie ferroviaire.

Quelques mois après leur vibrant enthousiasme à l’idée de recevoir du pétrole par train, les grands raffineurs présents au Québec commentent avec beaucoup de prudence la catastrophe qui a dévasté Lac-Mégantic.


Suncor, qui exploite une raffinerie à Pointe-aux-Trembles, et Ultramar, qui en possède une à Lévis, ont affirmé cet hiver que le prix relativement abordable du pétrole canadien était une excellente raison de commencer à en acheminer par voie ferroviaire.


Lundi, Ultramar n’a pas voulu revenir sur les intentions de la compagnie à ce sujet. « Je suis désolé de vous informer que puisque l’événement [de Lac-Mégantic] n’est pas en lien avec nos opérations, nous n’avons aucun commentaire à émettre à ce sujet », a écrit un porte-parole d’Ultramar, Michel Martin. « Sachez que nous sommes tous attristés par ces événements. »


Au mois de février, quelques jours après que Suncor eut publiquement révélé son intention d’acheminer à Montréal du brut en provenance de l’ouest du pays, Ultramar ne cachait pas que l’idée avait de quoi plaire.


« C’est un secret de Polichinelle, tout le monde regarde ça en ce moment », avait dit M. Martin en entrevue au Devoir. Présentement, la raffinerie de 265 000 barils de brut par jour reçoit son pétrole par navire. « C’est quelque chose qui est réaliste à moyen terme, qui peut se faire relativement rapidement. C’est moins complexe que ce qui concerne le pipeline [d’Enbridge, qui va de Montréal à Sarnia], dont le projet d’inversion du flot d’écoulement exige l’autorisation des autorités. »


Le transport de brut par voie ferroviaire connaît une croissance exponentielle. Au Canadien National, par exemple, les 5000 wagons expédiés en 2010 sont passés à 30 000 en 2012.

 

Ouest canadien


La raffinerie de Suncor à Montréal est la seule de son réseau qui ne soit pas branchée sur le pétrole de l’Ouest canadien. « On a des produits raffinés qui sortent de la raffinerie par train », a dit son porte-parole, Dean Dussault. « Les fournisseurs de services jusqu’ici ont fait preuve d’un grand professionnalisme et assuré un transport sécuritaire. La même chose va s’appliquer si on reçoit du brut de l’Ouest. »


Au début du mois de février 2013, son président avait affirmé lors d’une conférence téléphonique avec des analystes que le ferroviaire était à l’étude. « Nous évaluons dans le détail les occasions de transport ferroviaire, particulièrement pour la raffinerie de Montréal, parce que ça donne de la flexibilité », avait dit Steve Williams, sans préciser de quantité ni d’échéancier. La compagnie avait d’ailleurs prévu pour 2013 quelques dizaines de millions pour améliorer l’infrastructure ferroviaire à ses installations de Montréal et, parallèlement, la préparer à une éventuelle inversion du pipeline d’Enbridge qui va de Montréal à Sarnia.


La raffinerie de Suncor peut consommer quotidiennement 137 000 barils de brut. Un wagon-citerne peut en contenir 750.


En sol américain, la hausse de production pétrolière ces dernières années a fait en sorte que l’incapacité des pipelines à tout traiter a forcé les compagnies à se tourner vers le chemin de fer. Si bien que 10 % du pétrole qui sort du sol serait acheminé au raffinage par voie ferroviaire.