Une scène d'apocalypse

Après le déraillement, une zone dévastée.
Photo: Le Devoir Après le déraillement, une zone dévastée.

Lac - Mégantic — Elles étaient venues en vacances à Lac-Mégantic, pour rejoindre un couple d'amis. Mais la détente au bord de lac s'est transformée en véritable cauchemar. Rencontrées dimanche, au petit matin, sur la rue Laval, alors qu'au loin un panache de fumée monte toujours dans le ciel, Diane Beaulieu et Linda Duchesne essaient de trouver les mots pour raconter l'horreur qu'elles ont vue et vécue dans la nuit de vendredi à samedi.

Elles séjournaient à l'Eau Berge, boulevard Stearns, et dormaient profondément. On est venus frapper à leur porte pour leur dire de sortir au plus vite. «Après ça, j'essaie de trouver les mots pour vous le décrire, mais je pense que j'arriverai pas. C'était comme dans les films où ça nous bouleverse mais qu'on ne comprend pas vraiment», dit Danielle. «Maintenant, je comprends.»
 
Des gens qui crient et qui courent. D'immenses boules de feu et les nuages de fumée très noire les accompagnant. «On courait comme des bons en espérant que le nuage ne nous rejoindrait pas. Parce qu'après, on le savait, on serait morts étouffés», poursuit Danielle.
 
De la «lave» partout dans la rue, tel que plusieurs autres l'ont raconté. «Une scène d'apocalypse», dit Diane. Des édifices qui flambaient à la vitesse de l'éclair. Des détonations. Des cris.
 
Pascal Plamondon, pompier volontaire de Sherbrooke venu en renfort dans la journée de samedi, évoque une scène d'apocalypse lui aussi. Il faisait partie de l'équipe qui a trouvé le premier corps, samedi après-midi. Il évoque une zone dévastée. «Le Musi-Café, il n'en reste rien. Il est rasé au sol. Ce sont seulement des fondations qui restent.» 
 
Il s'agit précisément du commerce qui a subi l'impact le plus violent du train de la compagnie Maine, Montreal and Atlantic Railway inc.  Les policiers n'y ont pas encore accès. Une fête battait son plein au moment du drame. Les citoyens, qui ne parlent ce matin partout où l'on passe que des conséquences tragiques qu'auront laissées ce train funeste, craignent que plusieurs jeunes n'aient péri dans le drame. Les policiers ne veulent pas préciser le nombre de portés disparus.
 
«L'asphalte est granulé dans la rue tellement c'était chaud», dit Pascal Plamondon. «Les arbres ont comme fondu, ce sont des chicots. Le feu était tellement fort que les stores fondaient comme de l'eau.»

Incendie d'une locomotive vendredi soir

D'autre part, étrange coïncidence: les pompiers de la municipalité de Nantes, situé à 13 kilomètres de Lac-Mégantic, sont intervenus vendredi soir, vers «23h30», pour éteindre un feu de «locomotive», selon l'officier David Grégoire. L'explosion du train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway au centre-ville de Lac-Mégantic s'est produite environ deux heures après l'intervention des pompiers de Nantes.
 
«C'est un feu interne du moteur (...) c'est un feu qui sortait de la cheminée de la locomotive», explique M. Grégoire, en entrevue téléphonique avec Le Devoir. «Au départ, quand on est arrivé, elle était fonctionnelle. Quand on est reparti, on avait tout éteint la locomotive», décrit le pompier de Nantes qui a participé à l'intervention. Le feu provenait de la locomotive de tête, qui tirait le convoi, dit M. Grégoire, qui ne connait pas les causes de l'incendie. «Je n'ai aucune idée, je ne comprends pas encore pourquoi», dit le pompier. Il ne peut confirmer s'il s'agit du même convoi qui a explosé à Lac-Mégantic.
 
À l'arrivée de M. Grégoire et de son équipe de pompiers, la locomotive était physiquement à l'arrêt, mais le moteur tournait. «Le moteur fonctionnait au ralenti», se souvient M. Grégoire. «Tout a bien été de notre part», rajoute-t-il. «On a quitté, la locomotive n'était plus fonctionnelle», se souvient-il.
 
Mais il refuse d'indiquer si les pompiers ont rencontré un employé de la compagnie qui opère le train sur les lieux de l'incendie. «Je pense que je vais arrêter là pour les détails», précise M. Grégoire, expliquant qu'il ne souhaite pas compromettre l'enquête en cours à Lac-Mégantic, suite à l'explosion du train de la Montréal, Maine and Atlantic Railway. Il n'a pas non plus voulu préciser s'il y avait un opérateur à bord du train, afin de ne pas compromettre l'enquête. «Ce détail là, je veux pas trop embarquer dessus», dit M. Grégoire.
 
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