Scène de désolation à Lac-Mégantic - Comme une bombe nucléaire

Pauline Marois s'est arrêtée à la Polyvalente Montignac pour serrer des mains et réconforter les familles des victimes ou des sinistrés.
Photo: - Le Devoir Pauline Marois s'est arrêtée à la Polyvalente Montignac pour serrer des mains et réconforter les familles des victimes ou des sinistrés.
Lac-Mégantic — Assis dehors près de la Polyvalente Montignac, là où un quartier d'urgence a été établi pour accueillir les sinistrés évacués de Lac-Mégantic, Normand Rondeau raconte tranquillement la nuit spectaculaire qu'il vient de traverser. L'homme de 48 ans demeure dans un immeuble à logements situé à quelques pieds de l'endroit où le train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway a déraillé, entraînant trois explosions dévastatrices de wagons remplis de pétrole brut.
 
Depuis son balcon, il a tout vu. Entendu la première détonation, aux environs d'une heure du matin. Puis la deuxième, vers 2h. C'est là que les autorités de la ville ont voulu l'évacuer, mais il a résisté. «Je ne voulais pas laisser mes chats. Il y a la mère et ses trois bébés.» La rue était une scène de désolation, une expression qu'a reprise d'ailleurs la première ministre Pauline Marois après avoir survolé la scène et exprimé sa profonde tristesse aux habitants touchés par la tragédie. Aucun bilan officiel n'est encore disponible, mais plus le temps passe, plus l'inquiétude croît, avalant au passage quelques bouffées d'espoir...
 
«Les gens couraient et criaient dans la rue, ils ne savaient pas où se garrocher», dit M. Rondeau. Des coulées de pétrole enflammées donnaient l'allure de lave emplissant les rues, relate-t-il. «La dernière explosion, c'était à 4h.» Les fenêtres de son logis ont tremblé, il a ressenti la chaleur sur tout son corps. «Ç'a monté dans le ciel comme une bombe nucléaire. Je vais vous dire franchement: j'ai quasiment pensé que c'était une patente terroriste. Pour moi, je vais flamber, que je me suis dit.»
 
Des 73 wagons ayant déraillé après la descente située entre Nantes et Lac-Mégantic, plusieurs se sont enflammés en pleine ville. «Le pétrole coulait partout et s'enflammait dans les tuyaux. Il y a eu du feu qui sortait des toilettes», dit M. Rondeau, dont le voisin a vu des gens flamber vifs sous ses yeux.
 
Un de ses amis vivait dans un édifice situé juste à côté du Musi-Café, ce café-pub où plusieurs dizaines de personnes auraient pu se trouver lors des détonations. «Je l'ai vu mardi, et son immeuble est rasé, complètement rasé. Il n'a eu aucune chance, c'est sûr.»

Un centre-ville rasé
 
Tout a été rasé dans ce coin du centre-ville. Le Dollarama, tout neuf, ouvert il y a une semaine. Le magasin Korvette. Les gens s'interpellent dans un restaurant: «Est-ce que le Métro est correct?» «Oui, ç'a l'air, mais le Subway, c'est pas sûr.» À la polyvalente, des gens s'étreignent, certains le disent sans ambages: «J'avais encore de l'espoir, j'ai attendu, attendu, mais là, ç'a pus de bon sens. Il est sûrement mort. Ils vont me le dire bientôt, je gage.»
 
Dans le récit, l'horreur côtoie la chance inouïe. Comme celle de cet homme qui était au Musi-Café et dont la décision d'aller fumer juste avant la première détonation lui a sauvé la vie. «Son char a sauté en plein devant lui et il est parti à courir. Il s'en est sorti», raconte un homme.
 
Avec tout un pan de la ville non accessible, les suppositions vont bon train. Un point de presse donné en soirée par les autorités pourrait permettre d'ajouter des détails au bilan de mi-journée. Car les questions s'accumulent: outre le compte des victimes, la priorité bien sûr pour une ville entièrement sous le choc, que s'est-il passé au juste entre Nantes et Lac-Mégantic pour qu'un train entre en ville à une vitesse folle — au dire de plusieurs témoins —, sans conducteur de surcroît, et en flammes? Le Bureau de la sécurité des transports affirme mener l'enquête, et attend d'avoir accès aux boîtes noires des locomotives pour mieux comprendre le drame.

Pauline Marois sur les lieux
 
La première ministre s'est rendue sur les lieux de la tragédie. «C'est une catastrophe, un centre-ville détruit», a-t-elle confié, visiblement touchée par l'ampleur de l'événement. «J'ai ressenti une profonde désolation en voyant tous ces bâtiments brûlés, une grande tristesse surtout pour tous les gens. Je comprends la population d'être aussi affectée et c'est pour cette raison que je voulais être ici personnellement. Je veux leur offrir mon réconfort, mon appui et ma solidarité. Je parle bien sûr au nom de mon gouvernement et au nom de la population du Québec.»
 
Quelques instants plus tard, elle s'est arrêtée à la Polyvalente Montignac pour serrer des mains et réconforter les familles des victimes ou des sinistrés. «Pauline, t'es donc ben fine d'être venue!», lui a dit une femme. Mme Marois était accompagnée du ministre de la Santé Réjean Hébert et de celui de l'Environnement, Yves-François Blanchet. Tous deux resteront en Estrie jusqu'à demain au moins, et pourraient refaire le point en matinée dimanche.

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