Recours collectif contre les religieux de Sainte-Croix - Les victimes d’agression recevront 12 millions

Le collège Notre-Dame est l’un des trois établissements où ont étudié les jeunes agressés de 1950 à 2001.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le collège Notre-Dame est l’un des trois établissements où ont étudié les jeunes agressés de 1950 à 2001.

D’ici une quinzaine de jours, quelque 12 millions de dollars en indemnités seront distribués aux 206 victimes des sévices sexuels des frères membres de la Congrégation de Sainte-Croix, en vertu d’un jugement entériné à la Cour supérieure mercredi par le juge Claude Auclair.


« Fini ! C’est enfin fini ! Mais ç’aurait pu se terminer beaucoup plus tôt, tout cela », soupire Sébastien Richard, porte-parole des victimes des religieux du collège Notre-Dame, l’un des trois établissements où ont étudié les jeunes agressés de 1950 à 2001 (avec le collège Saint-Césaire et l’école Notre-Dame de Pohénégamook). Le jugement ordonne le versement de sommes en reconnaissance des conséquences de ces tragédies du passé, mais il survient plus d’un an et demi après l’entente à l’amiable conclue en novembre 2011 entre les deux parties.


Une grille de compensation


Dans une déclaration lue au Palais de justice de Montréal, M. Richard avait ceci à dire aux frères de Sainte-Croix, qui ont réitéré leurs excuses : « Nous entendons vos excuses et nous recevons les dédommagements que notre entente a maintenant déterminés avec précision, mais sachez que le goût est amer. »


Le regroupement de victimes en a contre l’attitude des représentants des frères de Sainte-Croix pendant l’analyse des réclamations, orchestrées autour d’une grille de type inédit associant une valeur pécuniaire au type de sévices subis. « Plutôt que de procéder avec célérité à la mise en place de l’entente, vous avez tout fait pour étirer les délais et nous torturer en contestant de manière abusive les affirmations assermentées des victimes, ceci aux frais des victimes. »


Odieuse, aussi, l’attitude de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) qui, en atterrissant sur le tard dans le dossier pour réclamer une part des montants versés en frais médicaux au fil du temps, aurait pu faire reporter le règlement final, déplore M. Richard. Mais il n’en fut rien. « Tout le monde a décidé qu’on en finissait aujourd’hui [hier] », a-t-il dit, assimilant cette lutte au combat de David contre Goliath.


Au total, en incluant les frais d’avocats et autres dépenses administratives, le recours avoisine les 19 millions de dollars, dont 12 aux victimes. Selon la nature des sévices subis et des séquelles qui se sont ensuivies, les victimes recevront chacune des montants variant de 10 000 $ à 250 000 $. Plusieurs d’entre elles auraient décidé de verser une partie de leurs indemnités à l’organisme Criphase (Centre de référence et d’intervention pour les hommes agressés sexuellement dans leur enfance).


C’est à toutes les victimes restées anonymes, et à celles ayant été agressées par un membre de leur famille, cas pour lequel une telle réparation financière décrétée par la justice est rarissime, que pensait Sébastien Richard mercredi. « Une page est tournée, mais le livre entier n’est pas fermé. Nous espérons que d’autres recours collectifs se termineront comme le nôtre, et surtout que les victimes pourront relever la tête, sortir de l’anonymat et reprendre leur vie en main. »

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