Mort de Villanueva: l’enquête reprend

La mère de Fredy Villanueva lors d’une cérémonie soulignant l’anniversaire de sa mort. Le jeune homme est tombé sous les balles d’un policier le 9 août 2008 à Montréal-Nord.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La mère de Fredy Villanueva lors d’une cérémonie soulignant l’anniversaire de sa mort. Le jeune homme est tombé sous les balles d’un policier le 9 août 2008 à Montréal-Nord.

Après un hiatus de près de trois ans, l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva a repris mercredi dans l’indifférence généralisée.


La famille du jeune tué par le policier Jean-Loup Lapointe était absente. Idem pour les jeunes blessés lors de la fusillade du 9 août 2008. Les représentants de Solidarité Montréal-Nord, un groupe reconnu aux fins de l’enquête, manquaient aussi à l’appel.


En s’opposant à la tenue d’un débat public sur les mécanismes de sécurité des étuis des patrouilleurs, les avocats du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de la Fraternité des policiers ont réussi à retarder la conclusion de l’enquête jusqu’à ce qu’elle ne fasse tout simplement plus partie du débat public. « La Ville a tout fait pour retarder la publication du rapport », déplore Alain Arsenault, avocat de l’un des jeunes blessés lors de l’intervention, Jeffrey Sagor-Metellus.


« Ce n’était qu’un prétexte pour retarder le résultat. […] Ils ont peur d’une autre émeute », a-t-il ajouté, faisant référence au soulèvement du 10 août 2008 à Montréal-Nord.

 

Un débat public


Dans un jugement lapidaire, la Cour supérieure a accusé récemment la Ville et la Fraternité d’obstruction. Elle a ordonné la tenue d’un débat public sur les mécanismes de sécurité, qui a finalement eu lieu mercredi.


Une ordonnance de non-publication partielle empêche les médias de révéler le fonctionnement exact des trois mécanismes de sécurité des étuis.


L’armurier du SPVM, Alexandre Limoges, estime qu’il est possible de s’emparer de l’arme d’un policier en dépit de ces mécanismes.


En contre-interrogatoire, il s’est dit incapable d’évaluer le temps nécessaire à un néophyte pour arriver à désarmer un policier. « Ça dépend de plein de facteurs », a-t-il dit.


Il a concédé que les mécanismes offrent une bonne protection. « Je ne dirais pas que c’est impossible [de désarmer un policier],mais c’est beaucoup plus difficile. »


Le débat sur les étuis est crucial pour le coroner ad hoc, André Perreault. Lors de son témoignage, le policier Lapointe a déclaré à maintes reprises qu’il avait dégainé et tiré à quatre reprises sur le jeune Villanueva et ses amis, car il craignait d’être désarmé et tué. Jeffrey Sagor-Metellus a été atteint d’une balle dans le dos. Denis Meas a été touché à l’épaule tandis que Fredy Villanueva a été visé au poignet et au thorax.


À la suite d’une enquête de la Sûreté du Québec (SQ), le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a choisi de ne porter aucune accusation contre le policier Lapointe, qui dit avoir agi en légitime défense.


Sur les ondes du 98,5, le chef du SPVM, Marc Parent, a défendu la décision de promouvoir le policier Lapointe au sein du groupe tactique d’intervention (GTI). « Jean-Loup Lapointe a été “ surtesté ” par rapport à ses compétences, a-t-il expliqué. On n’a pas tourné les coins ronds, au contraire. On en a fait un petit peu plus. »

13 commentaires
  • Gilles Landry - Inscrit 27 juin 2013 02 h 27

    Un faux débat!

    Pour moi, il s'agit ici d'un débat qui ne cherche qu'à incriminer ceux qui nous protègent : les policiers et, plus précisément, Jean-Loup Lapointe. On joue les martyrs pour cacher le vice et éviter l'extradition.

    Moi, y a pas un policier qui va tirer sur moi. Je n'ai absolument rien à me reprocher et je ne résisterai jamais à une intervention ou une arrestation. Si je suis impoli ou arrogant, j'attirerai la rudesse ou le mépris. Si je suis violent, j'attirerai la violence. Les policiers sont des êtres humains et si on décide de contester leur pouvoir, on décide aussi de s'exposer à des représailles. Pour moi, c'est tout à fait juste. Dans un parc ou non, si tu cherches le trouble, tu peux l'avoir, même si tu crois que les règles, ici au Québec, sont comme celles des quartiers vénézuéliens, là où les gangs de rues règnent en maîtres parce que les policiers sous-payés se cantonnent dans la peur d'intervenir...

    L'agent Lapointe n'a fait que son devoir. Merci à 99% de ceux qui sont aux premières lignes pour modérer le crime, jours après jours. Merci Jean-Loup!

    • Dalva Sammy - Inscrit 27 juin 2013 08 h 34

      Vous y allez un peu fort dans vos louanges envers les policiers mais dans l'essentiel de votre propos vous avez raison, moi aussi je suis tanné d'entendre parler de cette famille.

    • Alexandre Popovic - Inscrit 27 juin 2013 09 h 22

      Tu veux parler des règles ici ? Très bien. Comme le disait la Cour suprême du Canada dans la cause La Reine c. Biron [1976], tout citoyen a le droit de résister par la force à une arrestation illégale. Quand un policier te pogne le bras, te plaque sur le capot de son auto patrouille et te projette ensuite par terre sans jamais te mettre en état d'arrestation, comme cela est arrivé à Dany Villanueva, le policier outrepasse ses pouvoirs. Quand ce même policier tire sur trois jeunes non-armés qui, selon les dires de tous les civils qui ont témoigné à l'enquête du coroner, n'ont jamais constitués une menace pour les policiers, il s'agit de force excessive contraire à l'article 26 du Code criminel. La place de Jean-Loup Lapointe est plus en prison que dans le SWAT.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 27 juin 2013 09 h 57

      @M. Landry : «Je n'ai absolument rien à me reprocher et je ne résisterai jamais à une intervention ou une arrestation».

      Rien à vous reprocher? Vous êtes donc un homme blanc d'un certain âge, favorisé, privilégié par le système, qui ne remet pas en question les abus, les fraudes, la corruption. Vous n'êtes pas un immigrant «de couleur», ni un étudiant, ni un militant, ne vous battez pas pour un cause qui dépasse votre personne.

      Vous ne pouvez donc pas vous prononcer sur la brutalité policière, bien documentée. C'est tout.

    • henri -s garneau - Inscrit 27 juin 2013 09 h 59

      "Moi, y a pas un policier qui va tirer sur moi"

      Le gars à vélo qui partait travailler un matin à 7hre non plus croyait pas ça, il est plus que temps que les policiers apprennent à GARDER leur sang-froid.

    • Gilles Landry - Inscrit 27 juin 2013 11 h 01

      @Alexis Lamy-Théberge

      Je suis un homme blanc, d'un certain âge. Et je n'en ai certainement pas honte!

      J'ai travaillé toute ma vie d'arrache coeur, du matin à l'aube jusqu'à très tard le soir pour gagner ma croûte honnêtement, malgré la fatigue, et parfois même l'écoeurement suprême. Je remets en question les abus, les fraudes et la corruption dès que j'en ai l'occasion.

      J'ai été étudiant et j'ai payé mes études moi-même sans l'aide de personne. Et je ne me bats que pour des causes qui en valent la peine. Mais il s'avère que j'ai horreur de ceux qui prennent notre système pour acquis et qui manquent de respect envers ceux qui le portent, à bouts de bras.

  • Marie-martine provenche - Inscrit 27 juin 2013 05 h 15

    enquête peu crédible

    On en apprend à tous les jours dans ce dossier, un des témoin en emploi de la force a été contesté. Les avocats de la Ville de Montréal et de la Fraternité des policiers de Montréal ont tenté de miner la crédibilité et la réputation d'un témoin, Francois Van Houtte de Gatineau. François Van Houtte a admis que son CV contenait des données inexactes ou carrément fausses. Dans son CV, il dit avoir été témoin expert à l'enquête du coroner du dossier Martin Suazo. Or, M. Van Houtte n'a jamais témoigné à cette enquête. C'est l'avocat, M. François Daviault, qui s'en est rendu compte puisqu'il avait lui-même travaillé comme procureur à l'enquête Suazo. Dans son CV, M. Van Houtte affirme avoir participé à des formations auprès d'une escouade des marines ainsi qu'auprès de la police de Hong-Kong. Or, il a admis avoir rencontré des représentants de ces forces de l'ordre... à Ottawa seulement. M. Van Houtte a avoué ne pas avoir de diplôme collégial ni universitaire. M. Van Houtte a pris sa retraite en 1998, deux ans après avoir été suspendu suite à un «conflit administratif» avec son employeur, selon son témoignage. Il est aussi impliqué dans un incident d'envergure relié au racisme à Gatineau ayant donné des directives à un portier de bar M. Yan Cretes de refuser l'entrée de personnes de race noire dans un bar du nom de 'Fou du roi'

  • Georges LeSueur - Inscrit 27 juin 2013 07 h 56

    Les causes...

    Une histoire qui dure depuis trop longtemps. La police a un travail ingrat. Elle a eu affaire à des voyous cherchant à l'intimider et a réagi impulsivement. C'est triste.

    Que la famille et l'entourage de la victime cherche à faire passer ce banal fait-divers pour de la ségrégation ou du racisme est une déformation hypocrite des faits.
    Le frère assez délinquant pour que son éviction du pays soit envisagée représente de façon éloquente la difficulté d'intégration et l'éducation déficiente à l'origine de ce dérapage.

  • Alexandre Popovic - Inscrit 27 juin 2013 09 h 25

    Voyou ? Voyons donc !

    Qui tu traites de voyou ? Fredy Villanueva qui n'avait aucun antécédent judiciaire, n'était pas connu des policiers, et, selon les dires de l'avocat du Service de police de la ville de Montréal, n'était pas fiché comme membre de gang de rue ? Facile de mettre des étiquette sur les gens quand on rabaisse la mort d'un jeune de 18 ans à un "banal fait-divers".

    • André Michaud - Inscrit 27 juin 2013 10 h 58

      C'est son frère qui était le petit criminel..et qui a récidivé depuis..en attente d'expulsion du pays!

    • Georges LeSueur - Inscrit 27 juin 2013 13 h 44

      Ne pas avoir d'antécédents judiciaires et ne pas être recensé comme faisant partie d'un gang n'est pas une garantie de moralité.
      Mais avoir un frère qui partage notre quotidien et est un contrevenant récidiviste au point d'être passible d'éviction, c'est une référence qui pèse sur toute la famille.

    • Richard LaBrie - Abonné 28 juin 2013 09 h 32

      @Georges LeSueur
      Depuis quand nous sommes responsable des actes des autres? Si un membre de votre famille commet un meurtre, devrions-nous vous juger pour autant, et se dire que c'est pas grave si un policier vous tue simplement parce que : "c'est dans votre famille les homicides" ? Absolument pas.

      Ce n'était probablement pas un enfant de choeur. Mais méritait-il la mort dû au possible dérapage d'un policier? J'en doute. Laissons la justice (si elle existe encore, vu les nombreuses injustices qui sont commises par les forces de l'ordre et qui restent impunies) faire son travail.
      Mais je doute fort que ce Jean-Loup Lapointe aie sa place dans la SWAT. S'il réagit aussi mal a des jeunes de 18 ans non-armés, je n'ai pas hâte de le voir face aux bandits armés...

  • Gilles Landry - Inscrit 28 juin 2013 10 h 55

    Réagir mal?

    @ Richard LaBrie

    J'espère que vous ne supposez pas que Jean-Loup Lapointe a sciemment décidé de tuer ce jeune homme.
    Dérapage d'un policier? Quand tu as affaire à une gang qui cherche à résister insolamment et qui refuse d'admettre où se situe l'autorité, une gang qui ne règle ses "affaires" que par ses propres lois, y a de quoi vouloir s'imposer et, oui, il peut y avoir des imprévus.

    Un policier est un être humain et il aura peur quelquefois dans l'exercise de ses fonctions, je trouve ça tout à fait normal. Je crois que la situation ne lui a pas été favorable. Il a décidé d'intervenir. Il aurait pu regarder ailleurs mais il a eu le courage de faire son travail. Et quel travail, celui des policiers! Lorsqu'ils sont en pause, on les accuse de "gros beignes" ou de "dunkin donuts". Lorsqu'ils ne font que circuler, on les traite de tous les noms d'animaux. Lorsqu'ils interviennent on les poursuit pour violence policière.

    Je crois que c'est un travail très ingrat qui mérite le respect. Ce sont des personnages publics et il est très facile de les montrer du doigt. On devrait passer une semaine dans leurs souliers afin de pouvoir imaginer ce que peut être toute une carrière dans le métier.

    Je crois que, comme dans toutes les sphères de notre société, il y a des morons aussi chez les policiers, mais je crois aussi que M. Lapointe n'en fait pas partie. Je lui souhaite une belle fin de carrière dans le SWAT.