Fête nationale - Les Québécois célèbrent leur fierté

La pluie diluvienne en début de soirée n’a pas empêché les Montréalais de se rendre nombreux au parc Maisonneuve.
Photo: François Pesant Le Devoir La pluie diluvienne en début de soirée n’a pas empêché les Montréalais de se rendre nombreux au parc Maisonneuve.

Ils étaient plusieurs milliers à être venus célébrer leur fierté d’être Québécois lors du spectacle de la Fête nationale au parc Maisonneuve lundi soir à Montréal, malgré un violent orage qui a éclaté lors des répétitions. Une fierté qui aura toutefois été éclaboussée ces derniers mois par les révélations de la commission Charbonneau, dans une ville qui va connaître son troisième maire en moins d’un an.

Si bien que même les organisateurs de la fête ont eu du mal à suivre le rythme des démissions, à en juger par le programme des festivités distribué aux spectateurs. Celui-ci contient en effet un mot du « maire de Montréal », Michael Applebaum, qui invite les Montréalais à célébrer le Québec, tous ensemble, même si celui-ci a démissionné la semaine dernière.

 

Politique municipale


L’animateur de la soirée pour la cinquième année consécutive, Guy A. Lepage, n’a pas manqué de parler de politique municipale. Pendant les répétitions, il a lancé, à la blague, qu’il souhaitait saluer le maire de Montréal, pour ensuite se rappeler qu’il ne pouvait le faire, étant donné qu’il n’y en avait pas pour le moment.


Les répétitions allaient bon train au parc Maisonneuve mais le ciel s’est brusquement assombri vers 17 h 45. Il s’en est suivi des éclairs, des bourrasques assez puissantes pour faire tomber quelques barrières métalliques et une pluie diluvienne, pendant plus d’une demi-heure. L’orage aura été bref, mais assez intense pour faire fuir la quasi-totalité des spectateurs, venus assister aux répétitions. Deux spectacles périphériques, programmés plus tôt ont été annulés.


Le retour du soleil aidant, vers 21 h, plusieurs milliers de personnes ont afflué vers le parc pour écouter le spectacle principal, qui n’aura été retardé que d’une quinzaine de minutes. Marie-Mai, Pierre Lapointe, Raôul Duguay, Les Colocs ou encore Diane Dufresne sont montés sur scène. Une particularité cette année : le rap était à l’honneur, avec la présence de Koriass ou encore Manu Militari.


Le sol boueux n’aura pas dissuadé les spectateurs. « Je voudrais montrer à mes enfants ce qu’est la Fête nationale. Même s’il pleut, il faut être là, même si, avec le gouvernement, on a des problèmes avec nos municipalités, il faut se défendre contre ça », explique Pierre-Patrick Éthier, qui assiste aux festivités chaque année depuis plus de vingt ans.


Mario Beaulieu, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, reconnaît aussi que les nombreux scandales politiques de cette dernière année avaient de quoi ébranler la fierté de certains Québécois. Mais la Fête nationale est une bonne occasion de leur redonner confiance, pense-t-il. « Peu importe les intempéries, contre vents et marées, on peut toujours renaître avec le solstice d’été, qu’on célèbre aujourd’hui. »


Fresques et poèmes


En après-midi, le beau temps avait attiré des milliers de personnes pour le traditionnel défilé de la métropole, auquel ont pris part plusieurs politiciens. Sur le thème « Le Québec en nous, d’hier à demain », les citoyens étaient appelés à mettre la main à la pâte en participant à la préparation de l’activité. Ces derniers ont pu fabriquer des marionnettes géantes et pratiquer des numéros de danse, ainsi que créer des fresques en graffitis ou encore écrire des poèmes sur le Québec.


Le clou du spectacle fut sans contredit les créatures inspirées de contes québécois. Cette année, les René Lévesque et Maurice Richard ont cédé leur place au Windigo, esprit de la forêt au corps d’écorce, au Croquemitaine, protecteur des animaux, et à l’Avatar, représentant l’homme face à son avenir. Les créatures ont paradé dans les rues accompagnées d’une quarantaine de marionnettes articulées par des citoyens.


Après une année où la fierté des Québécois a été mise à rude épreuve par les révélations de collusion entre des firmes de génie-conseil et des entreprises de la construction, ainsi que de corruption de fonctionnaires et d’élus municipaux, les politiciens présents avaient malgré tout le coeur à la fête. « C’est sûr que ça nous atteint. Mais on fait le ménage, a affirmé au Devoir Pauline Marois, qui a pris un bain de foule avant le début du défilé. On devrait être contents d’avoir le courage de faire ça. Une fois que ce sera derrière nous, on sera contents parce qu’on aura retrouvé des moeurs saines. »


La première ministre du Québec était par ailleurs accompagnée de plusieurs membres de son gouvernement, dont les ministres Diane De Courcy, Pierre Duchesne, Nicole Léger et Maka Kotto. Le député péquiste Daniel Breton, ex-ministre de l’Environnement, était aussi présent.


La députée de Québec solidaire, Françoise David, célébrait aussi le « ménage du printemps » dans le secteur de la construction. « Ne restons pas imprégnés par la morosité ambiante. S’il y a une chose dont on peut être fiers cette année, c’est d’être en train de faire le grand ménage. La commission Charbonneau, c’est déprimant. Mais en même temps, soyons fiers de faire face à nos démons, de faire face à cette pieuvre de la corruption. Les gens veulent autre chose. Moi, je suis fière de ça », a-t-elle dit.


Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, avait quant à lui choisi la région du Lac-Saint-Jean pour célébrer, là où il habite depuis quelques années. François Legault, chef de la CAQ, a aussi participé à des activités dans sa circonscription.


De nombreux jeunes militants d’Option nationale étaient pour leur part bien visibles lors du défilé.


Du côté fédéral, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois ont participé au défilé. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, s’est réjoui de la diversité de la société québécoise. « La Saint-Jean, la fête nationale, est là pour tout le monde. C’est pour ça qu’on la fête ensemble », a-t-il dit, se retenant de critiquer l’absence des autres partis fédéralistes canadiens à Montréal.


Une fête ouverte à tous


Des Québécois de plusieurs origines ont d’ailleurs participé en grand nombre aux activités d’après-midi. Dans les rues, on pouvait notamment entendre parler arabe, espagnol et créole par de nombreuses personnes arborant fièrement un fleurdelisé. « C’est notre deuxième nation. On se sent bien ici », a dit tout sourire Frida Benites, une Péruvienne qui réside au Québec depuis plus de vingt ans.


« Peu importe d’où tu viens, que tu viennes d’Amérique, d’Afrique ou d’Abitibi, tu es Québécois », a quant à lui affirmé le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé.


Le premier ministre Stephen Harper était lui aussi de passage au Québec pour célébrer la fête nationale. Il a toutefois choisi Dolbeau-Mistassini, au Lac-Saint-Jean, plutôt que Montréal.

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