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Lino Zambito en faillite

Lino Zambito
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lino Zambito

La série noire de l’ex-entrepreneur Lino Zambito se poursuit : après avoir perdu sa firme de construction et sa pizzeria, le témoin vedette de la commission Charbonneau est en faillite personnelle en raison de ses démêlés avec la justice.


Accablé de dettes et de poursuites judiciaires totalisant 1,6 million de dollars et sans emploi depuis la fermeture de son restaurant en novembre dernier, Lino Zambito vient de déclarer faillite.


« Je n’ai pas eu le choix. Je ne voyais pas d’issue, a-t-il déclaré au Devoir, mercredi. Je veux passer à autre chose, faire autre chose de ma vie, et je ne veux pas traîner ça durant 10 ans. »


Les dernières années ont été catastrophiques pour l’homme d’affaires de 44 ans, qui a tout perdu dans le tourbillon de collusion et de corruption qui ébranle le monde municipal. Lino Zambito fait face à des accusations criminelles en lien avec la construction de l’usine de traitement des eaux de Boisbriand, qui ont entraîné la faillite de son entreprise Infrabec, en 2011. Il a vécu un divorce dans la foulée du scandale - ils ont trois enfants âgés de 6, 10 et 12 ans -, il est retourné vivre chez ses parents et il a été opéré à coeur ouvert le mois dernier, à l’Institut de cardiologie de Montréal, pour des anomalies aux artères.


La Ville de Montréal le poursuit au civil pour 300 000 $ pour les coûts estimés de la collusion associée aux travaux publics qu’il a faits pour l’administration municipale au fil des ans. Lino Zambito a aussi contracté des dettes de 1 million de dollars auprès de la firme Aviva et de 150 000 $ auprès de la société Travelers, dans le cadre des activités d’Infrabec ; Revenu Canada lui réclame 36 800 $, Revenu Québec 41 980 $, et il a un solde impayé de 29 000 $ sur ses cartes de crédit Visa et Mastercard.


« Ma vie est en suspens, tout est comme gelé pour moi », affirme Lino Zambito sur le ton assuré qui l’a fait connaître lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, l’automne dernier. Il attribue une bonne partie de ses malheurs à son témoignage explosif devant la commission, où il a exposé en détail les stratagèmes d’entreprises, de fonctionnaires et d’élus corrompus pour faire main basse sur les contrats de travaux publics et remplir les coffres des partis politiques d’argent sale.


Immunité réclamée


Lino Zambito assure qu’il ne regrette aucunement d’avoir tout dit devant la commission Charbonneau, parce que son témoignage - et celui d’autres témoins - « est en train de changer l’industrie de la construction ». Mais « si je n’avais rien déballé, j’aurais été à l’abri des poursuites », ajoute-t-il.


L’ex-entrepreneur en construction se questionne sur l’immunité réelle dont jouissent les gens qui vont témoigner devant la commission Charbonneau. Il soutient que la commission et le gouvernement du Québec doivent tout mettre en oeuvre pour protéger les témoins qui osent parler. Surtout que plusieurs - dont lui - perdent leur entreprise ou leur emploi après leur témoignage, et doivent payer de leur poche un avocat pour se défendre devant les tribunaux.


« Quand on va témoigner, on se fait dire qu’on a l’immunité complète, tant au criminel qu’au civil, dit-il au Devoir.Sans l’immunité, la commission ne tiendra plus. Plus personne n’ira témoigner si l’immunité n’est pas réelle. Il faut que cette question soit vidée. »


Dans son esprit, l’ensemble de son témoignage ne pourra jamais être retenu contre lui, de quelque façon que ce soit, en raison de l’immunité qui lui a été accordée. Mais selon Martine Valois, professeure de droit à l’Université de Montréal, la notion d’immunité est mal comprise. « C’est une protection à l’encontre de l’utilisation du témoignage comme preuve,dit-elle. C’est tout. Ce n’est pas une immunité complète. Le fait de témoigner ne veut donc pas dire que la personne ne pourra pas être mise en cause dans une poursuite civile ou criminelle pour les faits qu’elle a relatés dans son témoignage. »


Le Barreau du Québec l’avait souligné en octobre 2011, quand le bâtonnier Louis Masson s’était opposé à la première mouture de la commission (sans pouvoir de contrainte ni immunité). Le gouvernement Charest craignait alors qu’une commission avec tous les pouvoirs prévus par la loi nuise aux enquêtes policières. Faux, avait dit le Barreau. « Si un témoin avoue un crime, il ne peut être incriminé par ce témoignage. Il peut cependant l’être à l’aide d’une autre preuve indépendante, comme celle rassemblée par les forces policières. »

 

La commission Gomery


Des acteurs importants du scandale des commandites, cités à la commission Gomery, ont ainsi dû faire face à la justice, au milieu des années 2000. Même s’ils avaient l’immunité devant la commission, les publicitaires Jean Lafleur, Paul Coffin et Jean Brault, ainsi que le haut fonctionnaire Charles Guité, ont été condamnés pour fraude à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 42 mois.


Une quinzaine de témoins ont aussi été poursuivis au civil par le gouvernement fédéral. La commission avait conclu que des millions de dollars en fonds publics avaient été détournés par des firmes de publicité pour financer la caisse du Parti libéral du Canada. Les poursuites civiles entamées par Ottawa, visant à récupérer 49 millions de dollars, n’ont cependant donné lieu à aucune condamnation à ce jour.


Fait à noter, le dossier de faillite de Lino Zambito indique qu’il continue de rouler en luxueuse Cadillac SRX. « Le débiteur désire conserver le véhicule et continuer les versements mensuels », écrit Ghislaine Houle, syndique chez Pierre Roy et associés, qui gère le dossier. M. Zambito est aussi copropriétaire d’une Mercedes Benz ML350, mais ce n’est pas lui qui la conduit, note la syndique.


 

Avec Guillaume Bourgault-Côté

6 commentaires
  • Mario K Lepage - Inscrit 13 juin 2013 08 h 17

    Solidarité

    Les denrées non périssables seront acceptées à l'Hôtel de ville de Montréal ainsi qu'à celle de Laval pour Mr Zambito... Prière d'être généreux!

  • Brian Monast - Abonné 13 juin 2013 09 h 47

    Traîner, en justice

    « je ne veux pas traîner ça durant 10 ans. »

    ... Pendant combien de décénies d'autres seront-ils contraints de traîner les conséquences des agissements qui se trouvent portés au jour par les enquêtes comme par les témoignages en commissions?

  • Mireille Langevin - Inscrite 13 juin 2013 10 h 04

    Egalité , justice ?

    Il paie pour ce qu'il a fait mais d'autres s'en sortent et sortiront sans payer .

  • Ginette Durand - Abonnée 13 juin 2013 10 h 19

    Zambito mérite d'être entendu

    Cet homme a ouvert le bal a la Commission Charbonneau. Il s'est mis à table. Je pense que cela vaut au moins un geste positif de la part des autorités.

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 juin 2013 11 h 03

    Et vlan pour M. Duchesneau!

    Cela met du plomb dans l'aile à la théorie de la Coalition avenir Québec - L'équipe François Legault*, qui voudrait qu'on puisse récupérer des milliards de dollars simplement en poursuivant les entrepreneurs fautifs.

    * Je sais que c'est ridicule comme nom, mais c'est celui qu'ils se sont choisi.