Point chaud - La foi n’est pas affaire d’État

Mgr Christian Lépine : « [L’État] est trop convaincu que le respect de la pluralité passe par le fait de taire la religion. »
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Mgr Christian Lépine : « [L’État] est trop convaincu que le respect de la pluralité passe par le fait de taire la religion. »

Même s’il est en poste depuis à peine plus d’un an, l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, caresse de nombreux projets pour servir la communauté catholique de Montréal. Après avoir imposé un moratoire sur la vente des églises, il envisage de créer, d’ici un an, une résidence pour jeunes universitaires qui ont soif de foi.

Il n’oserait pas le dire ainsi, par respect pour ses prédécesseurs, mais l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, se désole de voir que le Québec est en train de jeter le bébé de la religion catholique avec l’eau du bain. Une quarantaine d’églises vides ont été cédées ou vendues, laissant à découvert certains quartiers qui n’ont plus de lieux de culte. Le message envoyé est que l’Église abandonne ses fidèles. Et pourtant. C’est tout le contraire, comme veut le prouver Mgr Lépine, avec les divers projets qu’il entend mettre sur pied.


Le plus près d’aboutir est sans doute celui d’une résidence où de jeunes universitaires, garçons et filles, pourraient se ressourcer et vivre selon les valeurs chrétiennes catholiques, a confié l’archevêque de Montréal au Devoir. « Il existe des maisons d’hébergement pour étudiants universitaires qui, en même temps qu’ils font leurs études universitaires à l’extérieur, peuvent se ressourcer et vivre une expérience de fraternité. C’est une belle façon de nourrir sa foi et de côtoyer le monde de l’université, qui est très varié », a-t-il expliqué.


Les jeunes qui décideront ensuite de s’engager plus concrètement dans la religion pourront aller étudier au grand Séminaire, pour les garçons désireux de devenir prêtres, ou, par exemple, chez les carmélites, pour les jeunes filles voulant se faire religieuses. « Entre 18 à 25 ans, c’est un beau moment de la vie, c’est précieux et riche, on a toute la vie devant soi, et c’est bien qu’il y ait des maisons pour héberger les jeunes adultes pour qu’ils puissent voir leur vie comme une réponse au discours de Jésus Christ », a ajouté Mgr Lépine, qui espère rendre son projet plus concret « d’ici un an ».


Ces résidences catholiques pour jeunes universitaires pourraient ainsi être la suite logique d’une éducation de niveau secondaire dans une école privée catholique. C’est aussi le souhait de plusieurs parents, selon l’archevêque. « Il y a des parents qui m’appellent et me rencontrent pour avoir des écoles privées catholiques où tout le projet éducatif de l’école est animé par la foi », a dit Mgr Lépine, sans vouloir quantifier cette demande.


Selon lui, les enfants n’appartiennent ni à l’État ni non plus à l’Église, mais aux parents qui sont responsables de leur éducation. En ce sens, il leur est tout à fait légitime de choisir l’éducation et les valeurs qu’ils veulent transmettre à leur progéniture. « Un musulman, c’est légitime qu’il envoie ses enfants à l’école musulmane. De la même façon, c’est légitime que les catholiques veuillent envoyer leurs enfants dans une école catholique », dit-il.


Avant d’avoir la masse critique pour lancer un tel projet d’écoles catholiques, Mgr Lépine admet qu’il faut maintenant « partir de ce qui existe déjà. Il faut que ce qui existe déjà soit reconnu comme légitime et ayant sa place dans la société », avance-t-il, laissant entendre qu’il compte renforcer l’appui à certaines écoles catholiques.


Sans vouloir se comparer aux autres religions, il remarque que les catholiques sont particulièrement victimes de railleries. « C’est certain que, lorsqu’il s’agit de foi catholique, j’ai des échos de jeunes et de parents expliquant qu’ils sont tournés en dérision. On rit d’eux s’ils disent qu’ils vont à la messe ou s’ils expriment leur foi. »


Église et État


Afin que toutes les religions aient leur place légitime, Mgr Lépine se fait le chantre de la laïcité « ouverte », où toutes les religions sont libres de s’exprimer sous le couvert d’un État tolérant aux manifestations et aux signes religieux. « [L’État] est trop convaincu que le respect de la pluralité passe par le fait de taire la religion », note-t-il se gardant bien de discuter davantage du projet de charte de la laïcité du gouvernement péquiste. « Il y a des choses qui n’appartiennent pas à l’Église, mais à l’État, comme le pouvoir judiciaire, le maintien de la paix sociale. Mais parmi les choses qui appartiennent à l’Église, il y a la définition de sa propre foi. Je ne pense pas que ça appartienne à l’État», souligne-t-il.


De la même façon, le nouveau cours Éthique et culture religieuse imposé depuis 2008 dans les écoles primaires et secondaires du Québec ne peut pas être enseigné selon la posture « laïque » de l’État. « C’est très cohérent que, si on est dans une école confessionnelle musulmane, catholique, juive…, ce soit à partir du point de vue musulman, catholique ou juif que les choses se passent », note le prélat.


Les valeurs de l’Église et de l’État s’opposent aussi actuellement dans le dossier des Centres de la petite enfance (CPE) qui cherchent à installer leurs pénates dans des églises. Le diocèse de Montréal ne cache pas qu’il a récemment imposé un moratoire sur tout projet de cession de ses lieux de culte, notamment pour ceux qui ne partagent pas ses valeurs catholiques. De tout temps, dit-il, ces lieux ont été d’abord offerts aux différentes communautés chrétiennes, les catholiques en priorité. « Le premier enjeu, d’un point de vue catholique, ce n’est pas l’argent, c’est la foi », rappelle Mgr Lépine. « Il y a quand même cent paroisses qui ont été supprimées [fusionnées], par la force des choses. Et les ventes [d’églises] n’ont pas tellement rapporté de sous par rapport à la valeur réelle du marché. »


L’important est de stabiliser les choses, dit l’archevêque qui considère qu’il y a eu « accélération » de la vente du patrimoine religieux. Il mise sur un fonds d’entraide, dont pourraient bénéficier les paroisses les plus endettées, qui sont environ 50 %. « L’idée est de faire grandir ces éléments de solidarité pour que les paroisses économiquement plus stables se sentent concernées ».


Envisage-t-il de développer un réseau de garderies privées catholiques, non subventionné pour poursuivre ses oeuvres selon ses valeurs ? « Ce serait cohérent avec le projet de l’Église. Ce serait un espace lié à la communauté chrétienne, lié aux parents. Il y a des demandes en ce sens. J’écoute avant de faire atterrir les choses », soutient-il.

81 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 10 juin 2013 06 h 56

    La laïcité comme la religion doivent être ouvertes sinon on retourne vers le dogmatisme

    J'aimerais tellement qu'au Québec, les croyants recoivent le même respect que j'aurais voulu avoir des catholiques quand je me suis définie à l'adolescence comme une athée incapable de faire la preuve si oui ou non Dieu existait, mais je savais que je n'avais pas besoin de vivre avec des réponses sur le sujet. En fait le moment le plus confortable de ma vie fut mes expériences avec la population sénégalaise où, à l'époque, je decouvrais ce que signifiait vivre dans un contexte pluraliste religieux offrant des chartes politiques qui permettent à chaque communauté de vivre pleinement leur foi tout en ayant une attitude d'ouverture les uns par rapport aux autres... En fait, mes deux grands chocs fut, d'abord, de voir comment les familles (grand parents, père, mère, enfants) cohabitaient ensemble sans problème et pratiquant des religions différentes et comment j'ai été témoin d'une procédure de divorce sur la simple demande de la femme qui n'avait aucune preuve à faire alors que j'aprenais que le système était organisé pour rendre le divorce difficile pour les hommes. Cette expérience, consolidée par des études et des recherches sur le colonialisme, m'ont fait réalisé que c'est arrogant de toujours pensé que l'Occident désacralisé était la solution à tout...

    La vision de Mgr Lépine est inspirante: Une laïcité « ouverte », où toutes les religions sont libres de s’exprimer et où le respect de la « pluralité ne passe pas par le fait de taire la religion », et j'ajoute, une pluralité qui ne passe pas le fait d'être humilié par les non croyants.

    L'État doit favoriser les relations interreligieuses où les athées sont aussi fortement soutenus puisqu'isolés les uns des autres. Et les parents qui ont la foi doivent se sentir respecter de pouvoir transmettre leur foi comme les parents athées ont fini par avoir ce droit dans la société québécoise. Il ne faut pas changer les lieux d'intolérance en se donnant bonne conscience, j'ai trop hais les pharisiens catho de mon enfan

    • Pierre Brassard - Inscrit 10 juin 2013 11 h 09

      Votre point de vue inspire.

      Il ne faut jamais avoir peur de l'autre, de l'altérité. À moins de violence.

  • Yvon Bureau - Abonné 10 juin 2013 06 h 56

    Oui à la paix sociale

    «Il y a des choses qui n’appartiennent pas à l’Église, mais à l’État, comme le pouvoir judiciaire, le maintien de la paix sociale.»

    L'État doit voir à l'instauration et au soutient de la paix sociale. Et cela en gardant une très saine distance de toutes les religions. Et cela en se donnant en urgence une Loi sur la laïcité. Point à la ligne.

    Monsieur Lépine, si vous voulez la guerre sociale, prônez la laïcité ouverte.

    Jamais la laïcité fermée, mieux la laïcité-Point, ne donnera autant de bases et de racines à la paix sociale.

    Une confidence, monsieur Lépine : la religion apporte beaucoup de bien dans le monde; et les humains ne pourraient être aussi méchants sans les religions.

    Souhait : que votre grand Séminaire soit accessible tant aux garçons qu'aux files afin que le sacerdoce soit accessible à toutes les personnes, femmes et hommes. Ça fait petit et hautain de proposer le grand Séminaire pour les gars et le petit Couvent pour les filles; tout cela sent le renfermé et le passé date, non? Triste.

    Question : pourquoi ne portez vous pas le ressuscité plutôt que la crucifié?

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 juin 2013 10 h 38

      Perpétuons encore l'absence d'entente entre garçons et filles, séparons-les, formons-les différemment puisqu'ils sont de toute façon si différents, sachant bien que les différences ça ne peut cohabiter ensemble ! Faisons-en des eunuques !

      Mais ils trouveront bien le moyen de se retrouver un jour, la nature étant ce qu'elle est, mais, pervertis peut-être ?

      En obéissant à la Loi de l'Église catholique, on prive les jeunes de leur libre arbitre, car il ne s'agit pas seulement de la foi en Dieu, mais de la croyance en des dogmes désuets, à mon humble avis !

      On a beau dire que certains partis politiques ont leurs propres dogmes, mais ceux-ci, on peut les critiquer ou les contester. Essayez de contester les dogmes de l'Église catholique ?

      Il faut y croire aveuglément, ou se dire : "En dehors de l'Église point de salut!"

      Il n'y a aucune liberté de penser ou d'être lorsqu'on se laisse assujettir par les dogmes politiques ou religieux !

      J'ai vécu douze ans dans trois pensionnats différents, et je sais ce que c'est d'être séparée des garçons: On les cherche toute notre vie, nos amis, nos frères! On se rend aveugle à les aimer tant ! Leur privation est pire !

      C'est normal de faire les choses ensemble pour apprendre à mieux reconnaître nos différences, les apprécier ou pour mieux s'aimer, dans le respect !

      Je pense au roman dialogué de George Sand, "Gabriel" :

      Cette écrivaine traite justement de la quête d'identité, questionnant ainsi l'individu privé de la vue de son contraire durant toute sa jeunesse.

      En portant le pantalon pour la première fois, à l'époque, Sand questionnait justement le rôle de la femme en société : l'idéologie religieuse ou politique.

      Et vous avez raison de dire, M. Yvon Bureau :

      " Ça fait petit et hautain de proposer le grand Séminaire pour les gars et le petit Couvent pour les filles; tout cela sent le renfermé et le passé date, non? Triste. "

      Suffocant !!!

    • François Desjardins - Inscrit 10 juin 2013 11 h 28

      «Question : pourquoi ne portez vous pas le ressuscité plutôt que la crucifié?»

      Comme on dit dans le langage courant, c'est une maudite bonne question! Je me la pose depuis longtemps....

    • Emmanuel Dumont - Inscrit 10 juin 2013 12 h 18

      La crucifixion est un fait alors que la résurrection n'est qu'une croyance.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 10 juin 2013 07 h 44

    L'Eglise victime de son passé

    On a réussi à remplir les églises par l'enseignement de l'Eglise qui prônait que manquer la messe du dimanche est un péché grave. On endroctrinait les paroissiens et ceux-ci obéissaient aveuglement à la doctrine. Mais la population a compris que les religions étaient à l'origine des troubles dans le monde. La pratique religieuse comme on l'a connue est du passé et jamais on reviendra au passé. M. Lépine peut agir comme il le veut mais il devrait admettre que le bon temps est fini et il faut s'en RÉJOUIR.

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 juin 2013 07 h 48

    Ça n'existe pas, la laïcité ouverte

    Ce que monseigneur Lépine veut, c'est la coexistence institutionnelle des religions. Comme au Liban.

    • André Le Belge - Inscrit 10 juin 2013 11 h 34

      Exactement. La laïcité ouverte n'a rien d'une laïcité, ce n'est que du multiconfessionalisme. Gare aux excès de l'un ou de l'autre...

    • Chantale Desjardins - Abonnée 11 juin 2013 17 h 43

      Je ne crois pas qu'il vise cet objectif et pour lui, une seule religion est la bonne. Lui aussi a subi un lavage du cerveau. Il a le droit de croire à ce qu'il veut. Son discours ne touche personne. Depuis que je me suis débarassée de la religion, je me sens plus libre et ma croyance au vrai message guide notre chemin. On n'a pas besoin des religions qui nous causent des ennuis. Voir l'actualité sur le vêtement pour le soccer.

  • Philippe Chrétien - Abonné 10 juin 2013 07 h 50

    Toujours la même ststratégie ...

    Toutes les religions préfèrent faire leur lavage de cerveau sur nos enfants. Une demande des parents? Foutaise, lesparents préfèrent une bonne éducation à l'endoctrinement. Pour ce qui est de faire rire d'eux, là je suis d'accord. Je trouve ça assez risible des adultes qui croient encore a ces contes pour enfants ...

    • Jacques Pruneau - Inscrit 10 juin 2013 10 h 11

      Bien d'accord avec vous. Cette compagnie romaine n'a que deux dieux: le pouvoir et le fric. Il y a plus de deux mille ans, selon la légende, que cette bande fait la pluie et le beau temps sur la petite planète bleue. Dieu est devenu très vite un "must" ou alors on allume la BBQ et chauffe la Foi!

      Lavage de cerveau, absolument. J'asi eu le plaisir d'apostasier il y a longtemps et quand je vois Lépine avec sa quincaillerie au cou et au mur, je vois à quel point tout ce ridicule ne tue pas!

    • François Desjardins - Inscrit 10 juin 2013 11 h 26

      La croix diriez-vous monsieur Pruneau?

      Étonnant ça que de voir l'équivalent d'une potence (la croix) omniprésente partout: sculpture, bijoux, images, forme des nefs des églises. clochers, croix lumineuses sur une ville, croix de chemin, etc.

      Culte de la potence?

      Et si la mort du Christ avait été causée à la moderne par injection létale, verrions nous des pendentifs en forme de chambre à injection létale?

      N'est-ce pas pour les catholiques, ce qui serait survenu APRÈS la croix qui importe?