Enquête - Les Québécois estiment vivre dans une société juste

Des indignés du mouvement Occupons Montréal, en octobre 2011.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des indignés du mouvement Occupons Montréal, en octobre 2011.

Les apparences sont parfois trompeuses. Une grande majorité de Québécois jugent qu’ils vivent aujourd’hui dans une société juste et équitable, et ce, malgré un présent marqué par des histoires de corruption dans le monde municipal, par des débats polarisés sur l’exploitation des ressources naturelles ou par la résurgence des tensions linguistiques et identitaires.

Cette impression de justice sociale et d’égalité est d’ailleurs plus élevée ici que dans d’autres pays. Elle croît également avec l’âge et la scolarité, traverse une grande majorité de la classe moyenne, mais serait moins partagée par les jeunes, les femmes et les Anglo-Québécois, indique toutefois une enquête en cours menée par le sociologue Simon Langlois de l’Université Laval. Les premiers résultats viennent d’être dévoilés sur le blogue de l’institution universitaire.


Société plutôt juste ou société plutôt injuste ? Lorsqu’on leur pose la question, 70 % des Québécois choisissent la première assertion, indique un coup de sonde lancé le mois dernier par Léger Marketing dans les univers numériques, dans un bassin de 2727 personnes représentatives de l’ensemble de la population, pour le compte de l’universitaire. L’objectif était de quantifier leur état d’esprit face à la justice sociale, aux inégalités et à l’exclusion. Le projet est mené ici parallèlement à des enquêtes similaires menées ailleurs dans le monde en vue d’établir des comparaisons.


« Dans le contexte actuel, c’est un résultat qui m’a étonné, a indiqué mardi au Devoir M. Langlois. On remarque qu’en France, à titre de comparaison, la même question donne des résultats différents : 42 % des gens pensent que leur société est plutôt juste, alors que 58 % estiment le contraire. Ici, toutefois, même si une large majorité de la population n’éprouve pas un sentiment d’injustice, on note toutefois des clivages importants dans certains sous-groupes. »


Ainsi, les femmes, mais également les jeunes de 18 à 35 ans, sont un peu plus critiques par rapport aux grands principes d’équité et de justice sociale, qu’ils appréhendent avec un peu moins d’optimisme. Ils sont 61 et 65 % à trouver que le Québec est une société juste. Les personnes moins scolarisées (avec un diplôme primaire et secondaire) sont également du même avis, tout comme les ouvriers, les employés de bureau et le personnel oeuvrant dans les services et la vente, a découvert le sociologue. « Les personnes appartenant à certains de ces groupes ont l’impression de ne pas recevoir leur juste part en société, explique-t-il. Cela vient donc conforter un sentiment d’exclusion personnelle, d’injustice et d’insatisfaction par rapport à l’ordre établi », qui se matérialise du coup dans ces résultats.


Le sentiment le plus fort d’injustice semble d’ailleurs localisé à plusieurs endroits, y compris au sein de la frange anglophone de la société québécoise, où 60 % des répondants ont jugé vivre dans un environnement déséquilibré, révèle l’étude de M. Langlois, qui qualifie la chose de « profond malaise ». C’est 30 points de pourcentage de plus que chez les francophones. « Le fait d’être anglophone semble amplifier ce sentiment d’injustice au-delà des clivages sociaux déjà existants », dit-il, en précisant toutefois que l’enquête a été réalisée alors que le débat sur le projet de loi 14 modifiant la Charte de la langue française faisait rage au Québec, un projet politique et social pas toujours vu d’un bon oeil par les anglophones.


Autre constat : l’enquête de M. Langlois vient mettre en lumière un certain confort dans la société québécoise, particulièrement au sein de la classe moyenne, qui contribue par sa réponse au sondage à cette perception globalement positive de la justice sociale. « Personnellement, les composantes de la classe moyenne n’ont pas beaucoup de raisons de se trouver injustement traitées par la société, dit le sociologue. Cette frange de la société est généralement bien scolarisée, elle a des emplois intéressants et a profité des politiques publiques et des interventions de l’État », ce qui donne par le fait même moins d’ampleur à la critique.


Cette classe moyenne est donc beaucoup plus apte à crier à la justice, plutôt que l’inverse, et ce, dans des proportions de 76 à 78 %, indique l’enquête. Seules les personnes âgées de 75 ans et plus sont plus optimistes encore, en étant 80 % à trouver la société québécoise juste. Une proportion qui, paradoxalement, met en lumière une certaine injustice… par rapport à la distribution de la sagesse dans la société.

27 commentaires
  • Caroline Langlais - Inscrite 5 juin 2013 05 h 58

    Liberté surveillée

    Le Canada nous éloigne de plus en plus de la démocartie.

    L'égalité et la justice passent par l'indépendance.

    • Guy Vanier - Inscrit 5 juin 2013 06 h 40

      Pas certain, mais au moins ont se ferait voler par des compatriotes!

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2013 12 h 40

      @ M. Michaud

      L'indépendance nous permettrait de garder notre langue et culture française à moins que cela ne soit pas important pour vous.

  • Claude Dufresne - Inscrit 5 juin 2013 06 h 59

    Les Québécois sont humbles...

    Ils ont du sang de travailleurs dans les veines. Pour eux, la justice et l'équité leur appartient, à eux, non au systèmes. Ils se disent : « je suis un québécois, je suis le premier exemple de ce qu'est le Québec, les politiciens sont deuxièmes, et je ne parle même pas des entreprises étrangères ». Le Québécois a cette intelligence là de trop savoir qui il est pour les trou-de-cul qui ne le savent pas.

    Alors, à mon avis, les histoires de corruptions n'ont rien avoir avec ce jugement. Ils ne disent pas que le système est juste, ils disent que le Québec, la société, est juste, et le Québec, la société, c'est eux.

    • Claude Lachance - Inscrite 5 juin 2013 07 h 59

      Ils ont aussi pensé qu'ils croyaient au Père Noel.

    • Claude Dufresne - Inscrit 5 juin 2013 10 h 15

      Je n'ai pas compris. ^^''

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 5 juin 2013 12 h 39

      Les Québécois écoutent occupation double et le banquier.... le reste.....

    • Claude Lachance - Inscrite 5 juin 2013 20 h 19

      Ils sont prêts à voter pour le retour du frère André.La soumission de gré ou de force n'est pas loin de la béatitude, dans la case ""moindre effort" " le mépris de ce qui réfléchit et élève, est-il proportionnel à la peur de tomber?

  • Claude Gendron - Inscrit 5 juin 2013 07 h 22

    Fruit d'une culture française qui s'affaiblit

    Je comprends que les générations récentes de Québécois estiment que nous vivons dans une société prétendument juste et honnête. Cela s'explique par la pauvreté de la formation scolaire d'aujourd'hui, due à la disparition de la formation classique, qui enseignait le cœur même de la culture française, et aux faibles principes de vie d'une société qui mise de plus en plus sur le matérialisme plutôt que sur un authentique spiritualisme propre à la nature humaine. Enfin, je me demande ce qui restera de la culture française en Amérique du Nord dans quelques générations. Que pense-t-on de la malhonnêteté fondamentale de notre système financier et économique, qui permet aux plus riches, de moins en moins nombreux, de s'enrichir davantage aux dépens des pauvres qui, impuissants, se font de plus en plus nombreux?
    Claude Gendron

  • Gaston Carmichael - Inscrit 5 juin 2013 08 h 24

    Ambiguïté

    C'est plutôt étonnant.

    Pour moi, quand on me parle de société juste, j'entend une société avec un bon système de justice. Alors, ma réponse est facile: NON!

    Pour monsieur et madame tout-le-monde, le système de justice n'est tout simplement pas accessible. Bien trop dispendieux. Parlez-en à Claude Robinson, il en a long à dire sur le sujet. La balance de la justice penche outrageusement du côté de l'argent.

    Je soupçonne que beaucoup de monde peuvent confondre "juste" avec "équitable". Les réponses peuvent alors être à l'avenant. D'ailleurs, la distinction entre le anglophones et les francophones pourrait venir de là. Il faudrait voir quel termes anglophones ont été utilisés, et quelles connotations ceux-ci y attachent

    C'est très délicat ce genre de sondage. Il faut être très attentif à la formulation des questions, et à l'interprétation des réponses.

    Juste par curiosité: Qui a commandité ce sondage?

  • Christian Montmarquette - Abonné 5 juin 2013 08 h 28

    Facile de se sentir libre quand on ne demande rien...

    Il est facile de se sentir libre quand on ne demande rien. Mais si les militant-tes qui nous ont précédé n'avaient pas combattu les injustices de leur époque, la semaine de travail serait encore à 6 jours, le salaire à 2$ de l'heure, les enfants travailleraient encore dans des industries et les femmes n'auraient pas le droit de vote.

    Ne vous fiez pas à la masse indolente qui profite de la lutte des autres pour se complaire dans le confort et l'indifférence.

    «Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes» - Rosa Luxembourg


    Christian Montmarquette
    Montréal

    .

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 5 juin 2013 12 h 43

      M. Montmarquette défend surement les col rouge qui travaillent pour payer des pensions en or aux employer syndiqué de l'état providence du québec

      continuer votre lutte

    • Francois Gougeon - Inscrit 5 juin 2013 12 h 48

      On voit votre respect pour la population générale, ou "la masse indolente".
      Si cela est vraiment le fond de votre pensée, soyez conséquent et allez préparer un coup d'état au lieu de vous obstiner à gagner des éléctions qui sont déterminées pas l'opinion de ces ignares.
      En fait ce que je vois dans votre commentaire, c'est surtout la frustration de réaliser que vos mouvements pseudo-révolutionnaires anti-capiatalistes ou communistes sont voués à l'échec car un peuple satisfait n'achetera jamais votre salade. À vous de les convaincre qu'ils sont en réalité malheureux.
      En tout cas ce n'est pas comme ça que vous allez rallier les gens à votre idéologie.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 juin 2013 18 h 53

      Il existe malheureusement une masse indolente au Québec qui accepte de se laisser arnaquer sans rien dire, pendant que d'autres luttent pour essayer de ramener un peu d'éthique et de justice dans ce Québec en lambeaux. Le respect, ça ne vient pas tout seul, j'en ai, mais pour ceux qui le méritent.

      Christian Montmarquette
      Montréal