Une enquête du coroner sur la violence conjugale réclamée

Quelque 200 personnes ont défilé devant les bureaux montréalais de Pauline Marois mercredi pour dénoncer la violence faite aux femmes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quelque 200 personnes ont défilé devant les bureaux montréalais de Pauline Marois mercredi pour dénoncer la violence faite aux femmes.

Elles avaient sans doute hésité et tardé à porter plainte, comme tant d’autres aux prises avec la violence conjugale. Mais elles l’ont fait, en appelant les policiers. Cela n’a pas suffi : Francine Nadeau, Carmen Bernier Jobin, Maria Altagracia Dorval, Emmanuelle Phaneuf et sa fille Laurie, Audrey Martin, Martine Giguère et Pamela Jean sont toutes décédées d’un accès de violence du conjoint, et ce, après avoir lancé un appel au secours dans le camp policier. Pourquoi ?


Voilà la question à laquelle somme de répondre le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, dont 200 représentantes ont défilé mercredi midi devant les bureaux montréalais de la première ministre Pauline Marois pour réclamer une enquête publique. Elles demandent à nouveau - en décembre dernier, une première requête avait essuyé un refus - que le coroner en chef soit chargé d’une enquête sur ces cas d’homicides conjugaux. « Parfois, c’est à se demander s’il n’est pas plus difficile qu’il y a 15 ans de se battre pour contrer la banalisation entourant la violence conjugale », a affirmé la présidente du Regroupement, Nathalie Villeneuve. « On dit aux femmes de porter plainte, c’est difficile de les convaincre, et une fois qu’elles le font, ce n’est pas assez. » Dans les sept cas qui pourraient étayer un premier pan d’enquête histoire de comprendre où on a failli, les policiers ont été interpellés mais n’ont pas jugé bon d’intervenir de manière musclée. Dans presque tous les cas, la mort est survenue quelques heures ou quelques jours après leur passage. Dans un cas, un policier était même présent lorsque le meurtre a été commis.


Carmen Bernier Jobin est en effet cette femme de Saint-Jean-de-Matha qui, le 18 août 2009, a demandé une escorte policière pour aller récupérer ses effets personnels chez son ex-conjoint, Jean-Pierre Jobin. Le temps de déplacer son véhicule de patrouille, l’agent Simon Gingras a perdu l’homme de vue. Quelques minutes suffirent pour qu’il tue son ex-femme et s’enlève ensuite la vie.


« On ne veut pas partir en guerre contre la police, loin de là, dit Mme Villeneuve. Mais il faut en arriver à ce que le moindre signe soit pris au sérieux, même par les policiers. » Des questions essentielles méritent réponse, selon elle. « Sont-ils assez nombreux ? Ont-ils les moyens d’appliquer les consignes ? Leur formation est-elle suffisante ? »


Dénonciations en hausse


En 2011, selon les statistiques du ministère de la Sécurité publique du Québec, il y a eu 19 373 infractions liées à la violence conjugale et domestique consignées par les corps policiers, en faible hausse par rapport à 2010, les femmes étant les principales victimes. Les conjointes, comptant pour 45 % de toutes les victimes, sont les plus nombreuses à subir les infractions susceptibles d’entraîner des blessures ou la mort.


Fait troublant : c’est surtout chez les 12 à 17 ans que la violence conjugale connaît la plus forte hausse (9 %), même si elles ne comptent que pour 4 % des victimes. Ce groupe d’âge compte les plus forts taux d’agressions sexuelles, d’enlèvement et d’intimidation.

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