Prière au conseil de Saguenay - Le MLQ pourrait s’adresser à la Cour suprême

La décision, qui invalide un jugement du Tribunal des droits de la personne interdisant au maire de Saguenay Jean Tremblay d’ouvrir ses séances du conseil par une prière, pourrait toutefois être soumise à l’examen de la Cour suprême.
Photo: Ville de Saguenay La décision, qui invalide un jugement du Tribunal des droits de la personne interdisant au maire de Saguenay Jean Tremblay d’ouvrir ses séances du conseil par une prière, pourrait toutefois être soumise à l’examen de la Cour suprême.

Un maire satisfait. Un ministre muet. Des citoyens inquiets. Le jugement de la Cour d’appel autorisant la prière à Saguenay sous prétexte que le court texte récité par les élus n’est pas à saveur confessionnelle suscite des réactions aussi vives qu’opposées, en diapason parfait avec ce dossier épineux opposant religion et laïcité.


La décision, qui invalide un jugement du Tribunal des droits de la personne interdisant au maire de Saguenay Jean Tremblay d’ouvrir ses séances du conseil par une prière, pourrait toutefois être soumise à l’examen de la Cour suprême. Réuni mardi soir de manière exceptionnelle, le conseil d’administration du Mouvement laïque québécois (MLQ), une des parties plaignantes, doit annoncer mercredi s’il entend s’adresser au plus haut tribunal du pays.


C’est l’attente de cette décision qu’a invoquée le ministre Bernard Drainville pour offrir à la presse un commentaire laconique évacuant complètement le fond des choses. « Nous sommes dans l’attente de la décision du MLQ de porter la cause en appel », a-t-il dit aux journalistes intéressés de savoir ce que pensait du jugement le porteur d’un éventuel projet de Charte des valeurs québécoises. Quant à cette question de la prière, que les juges de la Cour d’appel ne voient pas comme une contradiction avec la neutralité religieuse de la Ville, le ministre affirme que cela fera partie des propositions soumises au retour des vacances.


Dans le camp des satisfaits se trouvait bien sûr le maire Jean Tremblay, qui a reconnu en conférence de presse n’avoir jamais hésité à évoquer sa foi, tout en précisant que tant la prière que les symboles religieux (crucifix et statue de Notre-Dame) étaient en place bien avant son arrivée à la mairie. « Je lance un appel aux Québécois de se tenir debout pour conserver nos valeurs, nos traditions, qui ont fait ce qu’il y a de plus beau au Québec », a-t-il dit.


L’anthropologue Daniel Baril, témoin expert pour le MLQ et dont la preuve a été entièrement écartée par les juges de la Cour d’appel sous prétexte que son apport était « militant », s’offusquait de la logique du « deux poids deux mesures » apparemment prônée par les juges. « Si je suis un militant laïque, alors Solange Lefebvre [témoin de la Ville de Saguenay] est clairement une catholique affirmée et son témoignage a été retenu », a-t-il dit, ajoutant que les errements de ce jugement dévoilent la nécessité d’une « intervention politique ».


 

Avec La Presse canadienne

8 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 29 mai 2013 07 h 04

    Non, au contraire...

    Je pense qu'on devrait laisser le maire Tremblay s'enfoncer dans ses traditions. S'il veut faire la prière, qu'il la fasse. S'il veut clouer un fer à cheval en haut de la porte du conseil pour améliorer ses performances, qu'il le fasse. S'il veut que chacun vote en tenant en poche sa patte de lapin chanceuse, qu'il soit fait selon ses meilleures traditions...

    ET que la population le juge sur son travail.

    • Victoria - Inscrite 29 mai 2013 08 h 08

      Après les élections municipales, c'est trop tard, le pire est à craindre…
      Nous avons eu une personne qui a charmé 90% des électeurs. Après, devinez ce qui est arrivé… deux poids, deux mesures environnementales. Le particulier contribuable, aucun poids et, l’industrie polluante, aucune inquiétude. Et les ministères adorent se renvoyer la balle… comme dans le cas présent. Syndrome « Pas dans ma cours ».

      LES « C’S’PEUT PAS ».
      Si cette personne avait été « adepte extrémiste » non révélé. La réglementation de proximité aurait peut-être été rétrograde, comme par exemple:
      1) les femmes d’un côté et les hommes de l’autre dans la salle.
      Ou encore, 2) les femmes doivent porter le chapeau et les hommes l'enlève comme à la messe autrefois, peu importe leur confession religieuse respective.
      Pire, 3) seuls les hommes ont le droit d’être élu et peuvent assister aux séances publiques.
      Conséquences : régression des droits de la personne au Québec. Et, les juges vont décider selon la législation en vigueur. Ça fait travailler les fonctionnaires.

      SUGGESTION :
      Au lieu d’une charte pour engorger la législation déjà complexe au Québec, modifier ou ajouter au Code municipal du Québec et à la Loi sur les cités et les villes ainsi qu’à la Loi sur les compétences municipales, une petite modification préventive claire et précise sur laïcité et déclaration d'allégeance religieuse pour les élus.
      Conséquences : risques amenuisés de débordements intransigeantes, de requêtes juridiques et, d’infiltration terroriste, entre autre.

      Ç’S’POURRAIT T’y !
      Agir en visionnaire, nul besoin d’un dictionnaire pour comprendre.

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 mai 2013 20 h 15

      Modifier le Code municipal ne suffit pas, selon moi. Ce sont tous les organismes publics qui doivent être assujettis à l'exigence de laïcité, y compris les commission scolaires, les cégeps et universités, les centres sportifs et communautaires, etc.

  • François Dugal - Inscrit 29 mai 2013 08 h 10

    Le Canada

    Le Canada, «plusse meilleur» pays du monde, est fondé sur «la suprématie de Dieu et la primauté du droit», ne l'oublions jamais.
    Vu sous cet angle légal et officiel, tous les laïcs ont tort.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 29 mai 2013 16 h 04

    Laïcité ou suprématie de Dieu?

    Les juges de la Cour suprême auront bien un jour ou l’autre à se dépêtrer avec cette anomalie d’un autre âge : la « suprématie de Dieu », qui est mise en exergue dans la Charte canadienne des droits et libertés.

    Ainsi, qu’on le croie ou non, la Partie I de la Charte canadienne des droits et libertés débute par : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu ... » (Voir : http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.h ).

    Suprématie de Dieu sur qui et sur quoi, on ne le dit pas, mais on sait que beaucoup de religions font de la suprématie de Dieu la base de leur argumentaire.

    Ainsi, dans l'Islam, le principal message du Coran est l'absolue suprématie de Dieu, qui doit se manifester non seulement dans la vie privée ou individuelle mais aussi dans la vie sociale et politique de la collectivité.

    Dans la religion juive ultra-orthodoxe, il y a cette volonté de sacraliser jusqu'aux actions quotidiennes les plus banales et de souligner sans cesse l'absolue suprématie de Dieu.

    Et dans le christianisme, on se souvient du « Dieu le veut ! » qui autorisait (et même commandait) tout.

    Cet argumentaire de la suprématie de Dieu a conduit à beaucoup de dérapages dans l'Histoire, dérapages qui se continuent encore de nos jours dans certaines sociétés. L'intégrisme, le dogmatisme et l'obscurantisme ne sont pas loin quand on met en exergue la suprématie de Dieu, et ce, quelles que soient les religions qui s'en réclament.

    Un grand ménage s’impose dans la Charte pour éliminer cet anachronisme et affirmer la laïcité de l’État!

  • Gaston Langlais - Inscrit 29 mai 2013 17 h 43

    Les marginaux veulent s'amuser.

    Bonjour,

    Bravo au maire Jean Tremblay, un maire qui marche debout. Le MLQ peut aller en Cour suprême, c'est son droit, ça va l'amuser pendant quelques années. Il n'en demeure pas moins que 1% de la population ne peut obliger l'autre 99% à se plier à ses caprices.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Pierre Cloutier - Abonné 1 juin 2013 12 h 00

      (En tout respect) Message à tous les croyants,

      D'abord, ce n'est pas vrai que vous êtes 99 %.

      80 % serait plus juste et il ne faut pas oublier que vous êtes divisés en une infinité de croyances. Selon moi, le simple fait de vous définir comme « croyants » ne vous donne aucune légitimité de parler au nom d'un soi-disant groupe de croyants. Vous souhaitez être unis face aux athées car ce mot vous fait peur. Probablement parce que l'athée vous est inconnu et que, jusqu'à maintenant, historiquement, ils ont été peu nombreux et, de ce fait, très discrets.

      Mais, de plus en plus, les athées prendront la parole et vous devrez tenir compte de ce groupe autant que pour les groupes religieux. Il aura son mot à dire dans le débat religieux même si ce n'est pas une religion comme telle.

      Il y a entre 15 et 20 % d'athées un peu partout dans le monde. En 2013, il faut en tenir compte. Il faut tenir compte aussi, et c'est très important, que ces athées se retrouvent parmi les jeunes et les gens instruits. Dans certaines facultés de science la proportion peut monter à 75 %. Mes enfants, de 37 et 39 ans, n'ont aucun ami croyant et n'en côtoient que très peu dans leur milieu de travail.

      Bien sûr, monsieur Gaston, dans votre groupe d'âge, région de Gaspé ou similaires, la proportion de croyants est forte. Mais, soyez conscient que cette tendance est fortement à la baisse. Je ne vous demande pas de changer vos convictions profondes mais simplement de tenir compte de ces faits lorsque vous commentez des nouvelles comme celle de la prière à Saguenay.

  • Clyde Paquin - Inscrit 29 mai 2013 21 h 47

    Le MLQ

    MLQ, vous avez tous mes encouragements, allez en Cour suprême! Même des modérés comme Bouchard n'en reviennent pas de cette décision et parlent d'un recul, et même d'un cas qui pourra faire jurisprudence pour d'autres cas... vivement la Charte, vivement la Cour suprême!