Le procès de Stéphane Boucher - Rien vu, tout entendu

Le policier Michel Bilodeau n'a rien vu de la fusillade qui a coûté la vie à son coéquipier, Benoît L'Écuyer, le 28 février 2002. Il n'a entendu que deux coups de feu sur huit, et, lorsqu'il a relevé la tête, L'Écuyer gisait au beau milieu de l'autoroute 40, inerte.

«C'est désolant, mais c'est ça», a dit l'agent Bilodeau lors de son témoignage au procès de Stéphane Boucher, un jeune homme de 26 ans accusé du meurtre de L'Écuyer et de deux vols à main armée.

Pour l'heure, le jury ne sait pas qui a tiré le premier lors de la fusillade. Chose certaine, Boucher a atteint L'Écuyer à quatre reprises lorsqu'il courait au milieu de l'autoroute 40. L'Écuyer a tiré quatre fois, mais sans succès. Du milieu de la 40, Bilodeau a ouvert le feu cinq fois dans des circonstances difficiles, puisqu'il devait tirer à travers une circulation dense, un jour de semaine vers dix heures. Il n'a pas effleuré Boucher. Au total, 13 coups de feu ont retenti. Mais, au terme du témoignage de l'agent Bilodeau, le voile reste presque entier sur la chaîne des événements ayant mené à la mort de L'Écuyer.

Le flair de L'Écuyer, qualité essentielle d'un policier, l'a en quelque sorte mené à sa perte. Pendant qu'il effectuait une opération radar avec son partenaire, il a entendu des crissements de pneus et a aperçu trois jeunes dans une voiture de luxe de marque Infiniti, à l'angle de la 19e Avenue et de la rue Crémazie. «C'est louche. Il y a trois jeunes dans le char. On va aller voir ça», a-t-il en substance à Bilodeau.

Boucher a détalé. Comme l'a expliqué hier Karine Fleurant, une jeune femme qui prenait place dans la voiture du fuyard avec son copain, Generoso Schiavone, l'accusé voulait échapper coûte que coûte aux policiers. «Y avait plus rien à perdre, qu'il disait», a témoigné la jeune Fleurant.

Après avoir percuté un mure de béton, Boucher a pris la fuite à pied, en direction nord-ouest sur la 40, avec L'Écuyer à ses trousses. Michel Bilodeau tentait de maîtriser les deux passagers de la voiture lorsqu'il a entendu deux coups de feu seulement. Il s'est précipité à la rescousse de L'Écuyer, inerte, les yeux révulsés. Il a vite senti qu'il n'y avait «pas grand-chose à faire» et s'est donc lancé à la poursuite de Boucher. L'accusé a filé dans une voiture volée au milieu de l'autoroute et n'a été rattrapé que quelques jours plus tard.

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