Toronto - Crack: Rob Ford dément

Face aux nombreux journalistes qui l’attendaient devant chez lui en matinée vendredi, le maire Rob Ford a démenti rapidement les allégations.
Photo: La Presse canadienne (photo) Chris Young Face aux nombreux journalistes qui l’attendaient devant chez lui en matinée vendredi, le maire Rob Ford a démenti rapidement les allégations.

Il n’y a ni fumée ni même feu selon Rob Ford : le maire de Toronto a démenti vendredi les allégations « ridicules » voulant qu’il ait fumé du crack. Mais dans la plus grande ville canadienne, les appels à des explications plus convaincantes se font pressants.


Selon un site américain (Gawker) et le Toronto Star, M. Ford aurait été filmé en train de fumer de la cocaïne épurée. Deux journalistes du Star ont pu visionner le 3 mai cette vidéo d’environ 90 secondes. Ils ont identifié avec « certitude » le maire Ford, qui apparaîtrait assis sur une chaise, portant une chemise blanche en partie déboutonnée, inhalant la fumée d’une pipe à crack en verre.


Le Star explique que Rob Ford apparaîtrait « incohérent », dans un « état dégradé ». Ses propos étaient difficilement audibles, mais il aurait lancé des insultes à Justin Trudeau et aux joueurs de sa propre équipe de football secondaire.


Les deux journalistes ont indiqué avoir été approchés il y a plusieurs semaines par un « groupe d’hommes somaliens impliqués dans le trafic de drogue » qui alléguaient avoir cette vidéo en main. Ils espéraient la vendre pour un montant « dans les six chiffres » (il semble qu’ils agissaient comme intermédiaires de l’auteur de la vidéo).


Le Star a refusé de payer - respectant ainsi les normes journalistiques habituelles. Mais n’ayant pas la preuve vidéo en main, et ne voyant surtout pas le moyen de vérifier l’authenticité du contenu, le quotidien n’a pu publier cette histoire pour le moins explosive.


C’est donc par un journaliste du site Gawker (basé à New York et dont la devise est « les commérages d’aujourd’hui sont les nouvelles de demain ») que l’affaire a été révélée vendredi. Il dit avoir vu lui aussi la vidéo, et rapporte les mêmes observations que le Toronto Star. Suivant la publication de Gawker, le quotidien torontois a choisi de divulguer sa propre version de l’histoire.


Celle-ci a évidemment fait grand bruit vendredi. Face aux dizaines de journalistes qui l’attendaient devant chez lui en matinée, Rob Ford a démenti rapidement les allégations des deux médias. Il a répété à l’hôtel de ville qu’elles étaient « ridicules », mais sans fournir d’explications ou répondre aux questions. Il a suggéré que cela s’inscrit dans une campagne anti-Ford que mènerait le Toronto Star.


Le quotidien avait notamment révélé en mars que Rob Ford avait été prié de quitter un gala militaire parce qu’il était ivre - plusieurs soutiennent qu’il éprouve un problème avec l’alcool. Ce n’est là qu’une des nombreuses frasques qui ont pimenté le séjour mouvementé de M. Ford à l’hôtel de ville. Il a notamment été destitué par la Cour supérieure de l’Ontario avant d’être confirmé dans ses fonctions par la Cour d’appel (pour un problème éthique), et il a été accusé d’avoir touché les fesses d’une femme lors d’une réception.

 

Pas confiance


Le maire adjoint de Toronto, Doug Holyday - un fidèle de M. Ford -, a remis en question l’authenticité du document en soulignant que « des vidéos peuvent être altérées » et qu’« on ne peut faire confiance à des vendeurs de drogue ». Mais plusieurs conseillers municipaux ont indiqué à différents médias (le Globe and Mail, le Star, CBC) que le maire devra s’expliquer lui-même, et plus clairement qu’il ne l’a fait vendredi.


« Nous espérons que ces insinuations sont fausses, et le seul qui peut clarifier la situation est le maire », a notamment fait valoir le conseiller John Parker. Un porte-parole de la police de Toronto a de son côté indiqué que cette dernière surveille la situation « de près ».


Sur Twitter et Gawker, des internautes tentaient en fin de journée d’amasser quelque 200 000 $ pour pouvoir acheter la vidéo compromettante.


Rob Ford a été élu maire de Toronto en octobre 2010. Ses positions tranchées et campées à droite du spectre politique ont souvent soulevé des controverses.

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