81e congrès de l’Acfas - L’engagement numérique, un sport plus féminin

Les femmes disposent aujourd'hui de plus de temps pour partager des contenus et entrer en conversation avec d’autres par le biais des réseaux sociaux.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Les femmes disposent aujourd'hui de plus de temps pour partager des contenus et entrer en conversation avec d’autres par le biais des réseaux sociaux.

Les univers numériques déplacent bien des frontières, y compris celles de l’engagement et de la participation citoyenne. Or, dans ces nouveaux espaces de revendication et de mobilisation, les femmes semblent toutefois plus actives que d’autres, estime la doctorante en communication et sociologie Ghada Touir, qui a décidé d’explorer cette facette de la participation citoyenne en format 2.0, particulièrement lorsqu’il est question d’environnement.

« C’est la suite logique d’une étude que j’ai menée sur l’engagement plus élevé des femmes dans les réseaux sociaux », résume l’universitaire, qui se prépare à présenter le fruit de ses travaux et les grandes lignes de sa réflexion dans le cadre du 81e congrès de l’Acfas, ce vendredi. « Les femmes disposent de plus de temps pour partager des contenus, entrer en conversation avec d’autres et, désormais, je veux voir si cette distinction de genre est perceptible dans l’engagement numérique sur les questions touchant l’environnement. »


Nouveaux modes d’engagement


L’étude est en cours et sans réponse claire pour le moment. Elle trouve toutefois sa place dans l’exploration croissante d’un espace social en mutation, où désormais, l’engagement passe de plus en plus par ces nouveaux liens numériques entre les individus. « À une époque où le manque de temps est une préoccupation importante dans la vie des citoyens, ces réseaux offrent justement à ces citoyens de nouveaux modes d’engagement, résume Mme Touir, qui poursuit ses études postdoctorales à l’Université Laval. C’est un terrain qui permet une grande collaboration et une grande créativité. Et plusieurs ne s’en privent pas. »


Par l’entremise de blogues, de capsules vidéo, de photographie et d’infographie, la participation citoyenne est sortie de ses cadres traditionnels et même institutionnels, résume l’universitaire, forçant du coup les pouvoirs politiques, et même les organisations qui portaient jusque-là certaines revendications, à se reconfigurer eux-mêmes.


« On le voit pour le pouvoir politique, poursuit-elle, qui cherche lui aussi sa place dans ses environnements pour faire face à cette nouvelle forme d’engagement. Il semble même donner plus de sérieux à cette forme d’engagement qu’aux autres, plus traditionnelles. »


Personnes conscientisées


Numérique, cette participation citoyenne, cette mobilisation face à des questions sociales, politiques et environnementales, n’en serait en effet pas moins profonde que celle qui trouvait avant sa voie dans des manifestes imprimés, des défilés dans les rues, des associations citoyennes, croit d’ailleurs Mme Touir.


Univers numérique et superficialité : l’association est facile. « Dans les faits, on constate que l’anonymat que permettent ces univers facilite l’engagement », dit-elle, avec les dérives qui peuvent venir avec. « Mais on constate que les personnes qui s’engagent, dans l’anonymat ou pas, ne le font pas seulement pour se donner numériquement bonne conscience » ou pour bien paraître auprès de leurs « amis ». « Ce sont, dans leur vie quotidienne, des personnes conscientisées, qui ont adopté des comportements conséquents avec leurs revendications et leur engagement numérique », affirme Mme Touir.


Et elle ajoute : « Dans la réalité de bien des gens ordinaires, l’engagement social est perçu comme un luxe. » Un luxe dont la majorité veut finalement jouir en format 2.0, plutôt que de le gâcher, en ne le respectant pas.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 10 mai 2013 10 h 27

    Les femmes disposent de plus de temps?

    C'est bien la première fois que je lis que les femmes disposent de plus de temps que les hommes!