Terrorisme: les chercheurs de la francophonie seraient plus nuancés

La recherche francophone sur le terrorisme est «plus nuancée» que la recherche anglophone à travers le monde.

C’est ce qu’a constaté la chercheure Aurélie Campana, du département de sciences politiques de l’Université Laval. Mme Campana dirige d’ailleurs aujourd’hui, au 81e congrès de l’Association francophone pour l’avancement des sciences, un colloque qui portera sur ce thème.

Selon Mme Campana, la recherche francophone en la matière n’a pas «cette vision très moralisatrice» à travers laquelle «le terrorisme, c’est mal».

«Je ne suis pas en train de dire que c’est bien, ajoute Mme Campana. Mais il faut le comprendre, l’expliquer». À ses yeux, les chercheurs francophones qui se penchent sur ce sujet basent davantage leurs conclusions sur des données de terrain

Elle ajoute que plusieurs auteurs américains fondent leurs publications sur le terrorisme sur ce que la presse en dit. Or, «les médias construisent un discours sur le terrorisme», notamment en l’association systématiquement, et parfois à tort, au djihadisme.

Loups solitaires

Or, depuis les années 2000, note-t-elle, on constate une montée du terrorisme qui est le fait de loups solitaires. «La violence n’est pas un moyen, elle devient une finalité. Ça n’est pas totalement nouveau, mais c’est une tendance marquée depuis les années 2000.»

Reprenant le cas des récents attentats du marathon de Boston, Mme Campana signale que l’un des individus avait développé «une aversion pour la société américaine», dans laquelle il vivait.

Aurélie Campana relève, chez de nombreux individus qui s’adonnent à un tel terrorisme, une «auto radicalisation».

«C‘est une tendance de plus en plus appuyée, dit-elle. Il y a de moins en moins d’attaques organisées et pensées par des groupes hyper structurés». Il y a de plus en plus de jeunes, parce que ce sont surtout de jeunes hommes, qui se sentent interpellés par la société, et qui planifient eux-mêmes ces attentats dans leur sous-sol, ajoute-t-elle.

Violence illégitime

Mme Campana définit le terrorisme comme étant un acte de violence illégitime, «illégitime en ce sens qu’il n’entre pas dans les règles», dit Mme Campana. Les règles de la guerre, par exemple. Le terrorisme est donc, selon elle, un acte de violence illégitime à l’endroit de non-combattants, qui vise à déstabiliser ou à renverser un ordre social établi.

Or, cette forme de violence est particulièrement difficile à prévenir. On essaie de le faire en impliquant les communautés qui sont les plus susceptibles de voir émerger cette forme de poussée terroriste. On a vu par exemple, des imams de Toronto dénoncer une forme de radicalisation dans leur communauté, et permettre du même souffle l’arrestation d’individus potentiellement violents. Mais dans plusieurs cas, relève Mme Campana, des hommes et des femmes vont défendre une idéologie, l’idéologie néo-nazie par exemple, sans utiliser eux-mêmes la violence.

«Alors, qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là?, demande-t-elle. Est-ce qu’on met tout ce beau monde sous surveillance à cause d’une infime minorité qui abaisse les barrières morales du passage à la violence?»

Il est d’ailleurs de plus en plus répandu que des terroristes agissent loin de la terre où ils ont grandi, ce qui n’était pas le cas dans les années 1970 par exemple.

Reste que le phénomène du terrorisme tel qu’elle le décrit est présent dans l’ensemble des pays occidentaux. Le Canada, malgré son histoire relativement protégée dans ce domaine à ce jour, n’est pas plus à l’abri des débordements que n’importe quel autre pays de ce groupe.

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