Via Rail envisage de renforcer ses procédures en matière de sécurité

Via a connu une dizaine d'«incidents de sécurité» cette année.
Photo: - Le Devoir Via a connu une dizaine d'«incidents de sécurité» cette année.
Ottawa — Via Rail songe à demander à tous ses passagers de présenter des pièces d'identité, alors que le transporteur examine des scénarios pour améliorer la sécurité, dans la foulée d'un présumé complot terroriste visant à faire dérailler l'un de ses trains de passagers.
 
Il n'est pas de pratique courante d'exiger que les voyageurs s'identifient, a déclaré jeudi Marc Beaulieu, directeur régional de Via pour l'est du Canada, devant le comité des Communes sur la sécurité publique. Selon lui, cette procédure n'est appliquée que lorsqu'elle s'avère nécessaire, soit si la transaction soulève des doutes.
 
Interrogé par le porte-parole néodémocrate en matière de sécurité, Randall Garrison, à savoir si cette politique d'identification obligatoire avait été évaluée dans le cadre de l'examen des menaces pesant sur Via, M. Beaulieu a admis qu'il s'agissait de l'une des mesures envisagées.
 
Le comité parlementaire examine actuellement la sécurité dans le secteur du transport sur rail, dans la foulée du présumé complot visant un train de Via. Raed Jaser, un Torontois âgé de 35 ans, et Chiheb Essaghaier, un Montréalais âgé de 30 ans, sont sous le coup d'accusations criminelles dans ce que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qualifie de complot terroriste téléguidé par al-Qaïda en Iran.
 
En plus des représentants de Via, les membres du comité parlementaire ont également interrogé des responsables du Service canadien du renseignement de sécurité, de la GRC, de Transports Canada et du ministère fédéral de la Sécurité publique.
 
Une dizaine d'incidents

Selon M. Beaulieu, Via a connu une dizaine d'«incidents de sécurité» cette année.
 
Au dire du porte-parole de Via, Jacques Gagnon, ces incidents allaient de barrages érigés dans le cadre de manifestations à des collisions avec des véhicules. M. Gagnon ne disposait cependant pas de statistiques sur le nombre de colis suspects ou d'incidents similaires recensés au cours des derniers mois.
 
Il n'a d'ailleurs pas voulu s'avancer sur la possibilité d'exiger que les passagers s'identifient. «Nous améliorons constamment nos services, a-t-il dit. Dans le contexte de ce qui s'est produit récemment, nous examinons la question. Mais je ne peux spéculer sur ce que nous allons faire.»
 
Le porte-parole libéral en matière de sécurité, Francis Scarpaleggia, a suggéré que Via Rail et le gouvernement envisagent de comparer les listes de passagers à celles de la police.
 
Pour sa part, Gerard McDonald, le sous-ministre adjoint des Transports chargé de la sécurité, a déclaré que le ministère s'attendait à ce que les organisations ferroviaires effectuent des évaluations sécuritaires appropriées et mettent en place des mesures pour éviter les problèmes.
 
Arrestation d'un présumé complice aux États Unis

Par ailleurs, un ressortissant tunisien ayant vécu au Canada et qui vient d'être arrêté aux États-Unis pour des accusations en lien avec le terrorisme aurait «radicalisé» Chiheb Esseghaier, le suspect montréalais dans le présumé complot visant un train de Via Rail, ont soutenu jeudi les autorités américaines.

Selon le procureur général du district sud de New York, Ahmed Abassi est accusé d'avoir commis une fraude dans sa demande de visa pour demeurer aux États-Unis, dans le but de favoriser un «acte de terrorisme international».

Le département américain de la Justice soutient qu'Abassi, qui vivait auparavant au Canada, est entré aux États-Unis à la mi-mars, et il a été arrêté le 22 avril dernier.

Selon le FBI, Abassi ignorait qu'un de ses complices était en fait un agent double de la police fédérale qui connaissait les détails du complot terroriste. L'accusé a été sous constante surveillance policière pendant son séjour aux États-Unis.

Raed Jaser, un Torontois âgé de 35 ans, et Chiheb Esseghaier, un Montréalais âgé de 30 ans, sont sous le coup d'accusations criminelles dans ce que la Gendarmerie royale du Canada qualifie de complot terroriste téléguidé par un groupe d'al-Qaïda en Iran.

Les autorités américaines ont dévoilé dans un communiqué qu'Abassi avait déjà rencontré Esseghaier à New York.

«Abassi a discuté de son désir de commettre des actes terroristes contre des cibles aux États-Unis et dans d'autres pays, et de son intention de fournir un soutien et du financement à des organisations terroristes», peut-on lire dans le communiqué.

Les autorités américaines affirment également qu'Abassi a affirmé à un agent double du FBI qu'il connaissait d'autres personnes prêtes à s'engager dans des actes terroristes.

«Abassi a clairement indiqué qu'il voulait obtenir des documents d'immigration et demeurer aux États-Unis afin de pouvoir contribuer à des activités terroristes, y compris faire du recrutement», peut-on apprendre dans le communiqué.

«Ahmed Abassi entretenait le sombre dessein de demeurer aux États-Unis pour commettre des actes de terrorisme, mettre en place un réseau terroriste, et utiliser le pays comme base pour soutenir les efforts de terroristes étrangers», a déclaré le procureur Preet Bharara. «Grâce à la vigilance extraordinaire de nos procureurs et de nos policiers, les plans d'Abassi ont été contrecarrés et il est maintenant poursuivi pour ses crimes présumés.»

Selon les documents déposés en Cour fédérale jeudi, Abassi est accusé de deux chefs d'avoir délibérément fait une demande de visa et de permis de travail aux autorités de l'immigration dans le but de faciliter un acte de terrorisme international. Chaque chef d'accusation prévoit une peine maximale de 25 ans de prison.

Les autorités canadiennes ont déjà déclaré que les suspects arrêtés en avril dans le complot contre un train de Via Rail avait la capacité de perpétrer un attentat mais qu'il n'y avait pas de menace immédiate. La GRC a aussi affirmé qu'il n'y avait pas de raison de croire que le projet était commandité par l'État iranien.

À voir en vidéo