81e congrès de l’ACFAS - À qui appartient le patrimoine?

Des autochtones d’ici et d’ailleurs sont de plus en plus nombreux à réclamer des objets, œuvres d’arts et autres biens culturels qui sont détenus par les musées.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Des autochtones d’ici et d’ailleurs sont de plus en plus nombreux à réclamer des objets, œuvres d’arts et autres biens culturels qui sont détenus par les musées.

Leurs oeuvres d’art, leurs objets de culte, voire les ossements de leurs ancêtres, dorment dans les musées. Mais ils veulent désormais les récupérer.

Aujourd’hui, au congrès de l’ACFAS, une équipe de l’Université de Montréal, qui travaille en collaboration avec deux communautés autochtones du Québec, tiendra un colloque sur le rapatriement du patrimoine autochtone.


Il y a plusieurs années, des aînés de la communauté anichinabée (algonquine) de Kitigan Zibi ont découvert, au hasard d’une visite au Musée des civilisations de Gatineau, que celui-ci détenait des ossements autochtones, récoltés le long de la rivière Outaouais, qui dataient de près de 8000 ans.


« Le musée arguait que les chercheurs ne pouvaient confirmer que ces ossements étaient anichinabés ou encore qu’ils étaient des Premières Nations », raconte Anita Tenasco, du secteur de l’éducation de la communauté de Kitigan Zibi, qui donnera une conférence sur le sujet dans le cadre de ce colloque.


Il s’en est suivi de longs pourparlers entre la communauté et le musée pour le rapatriement des ossements que les Anichinabés considéraient comme étant ceux de leurs ancêtres. « Ces ossements n’étaient pas réunis en un seul lieu, ajoute-t-elle. Ces gens ont été enterrés près de petits campements ou de villages le long de la rivière. […] On a retrouvé à leurs côtés des petits hameçons ou de petits objets qui avaient été enterrés avec eux ».


Après avoir été déterrés, ces ossements ont fait partie de collections privées ou de collections muséales. En 2005, la communauté de Kitigan Zibi a finalement réussi à les rapatrier et a organisé une cérémonie officielle d’inhumation de ces restes humains.


Aujourd’hui, une équipe de l’Université de Montréal travaille avec la communauté et Kitigan Zibi et avec la communauté innue de Mashteuiatsh, pour rapatrier différents objets appartenant à de grandes collections muséales.


« Ce sont des objets qui sont importants pour la culture. Ce ne sont pas restes humains, mais des objets comme des tambours, des objets sacrés. À Mashteuiatsh, ils sont intéressés par ce genre de rapatriement. Il y a aussi d’autres sortes d’objets, comme des coiffes. À Kitigan Zibi, ils sont désireux de rapatrier une coiffe qui a appartenu à la dernière femme shaman, qui est au National Museum of the American Indian, à Washington », raconte Élise Dubuc, responsable de ce projet de l’Université de Montréal, et qui dirige également le colloque d’aujourd’hui.

 

Objets achetés


Beaucoup de ces objets ont été achetés par les musées à Frank Speck, un collectionneur qui parcourait le Québec et la Nouvelle-Angleterre dans les années 1920-1940.


« Ces objets ont été achetés », précise Élise Dubuc, qui ajoute qu’ailleurs au Canada, dans l’Ouest par exemple, il y a toute une histoire d’objets de culte qui ont été saisis, notamment dans le cadre de l’interdiction faite aux Amérindiens de tenir des potlatchs, par exemple.


Pour les communautés autochtones d’aujourd’hui, il est important de rapatrier ces objets pendant que les aînés qui sont toujours vivants peuvent encore expliquer leur usage à leurs descendants.


Le groupe de travail de l’Université de Montréal et les communautés de Kitigan Zibi et de Mashteuiatsh s’intéressent présentement à quelque 450 objets, toujours détenus par des musées, pour chacune des communautés. Du lot, peut-être qu’une quarantaine d’objets par communauté pourrait être rapatriée.


Il ne faut d’ailleurs rien schématiser dans ce dossier, poursuit Mme Dubuc. « Certaines personnes pensent que tous les objets autochtones dans les musées ont été volés. Et d’un autre côté, les musées pensent qu’ils sont les meilleurs pour les conserver. »


Selon Mme Dubuc, le passage au musée fait désormais partie de l’histoire de ces objets et il faut en tenir compte. « Si ces objets sont à Washington depuis 1930, ils ont aussi une histoire à Washington », dit-elle.


Grecs, Maoris,...


Ce genre de négociations concernant le retour d’objets de musée dans leur territoire d’origine ne touche pas que les autochtones, loin de là. C’est au British Museum de Londres, par exemple, que l’on peut admirer les célèbres frises du Parthénon, chef-d’oeuvre de la Grèce antique.


Le Musée maintient que cette frise a été acquise légalement par Lord Elgin, en 1816.


Mais la Grèce réclame depuis des décennies le retour de ses frises. Elle souhaiterait en faire une attraction majeure de son nouveau musée de l’Acropole, bâti en 2000.


« La Grèce a construit un nouveau musée, en se disant que le British Museum ne pourrait plus dire qu’elle n’a pas la capacité de les conserver », explique Mme Dubuc.


En 2012, le Musée des beaux-arts de Montréal a aussi pris la décision de remettre une tête momifiée de guerrier maori, acquise par un conservateur bénévole, aux représentants des peuples de Nouvelle-Zélande.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 7 mai 2013 11 h 30

    Et les documents de la Nouvelle-France...

    conservés à Ottawa, à qui appartiennent-ils?