Les parents, premières victimes des pensionnats

John Bosum, qui témoignait devant la Commission de vérité et réconciliation, a pourtant été lui-même abusé sexuellement, physiquement et psychologiquement, durant les sept années qu’il a passées au pensionnat autochtone.

Il a rendu publique son histoire en 2004. Il a d’ailleurs eu recours à un avocat. « Mon père m’a alors dit que tout le temps que nous étions au pensionnat, il croyait que nous étions entre bonnes mains », se souvient-il. Dans un émouvant poème, De vieux jouets flambants neufs, Bosum évoque l’avion à l’aile brisée et le pistolet d’enfant sans gâchette que son père lui trouvait pour jouer lorsqu’il revenait du pensionnat pour l’été. «Chez moi, on n’avait pas beaucoup d’argent, mais il y avait beaucoup d’amour», se souvient-il.

Suicide et toxicomanie

D’autres anciens pensionnaires venus témoigner à la commission ne provenaient pas de tels foyers. Paul Cash, placé au pensionnat de Fort George, à la baie d’Hudson, à l’âge de neuf ans, n’est jamais rentré chez lui parce que sa mère était hospitalisée. « Je passais des étés entiers tout seul dans le pensionnat de Fort George », se souvient-il.

Mary Mickeyook, toute menue sous son fichu fleuri, a éclaté en sanglots lorsqu’elle a raconté qu’on ne lui a jamais dit que sa mère, morte dans un accident, était enterrée juste à côté du pensionnat de Churchill, au Manitoba, qu’elle a fréquenté. « J’ai eu trois enfants, ils m’ont jugée et je les ai jugés, raconte-t-elle.

Mon fils s’est suicidé en 2000. Pourquoi a-t-il fait ça ? Peut-être parce que deux cultures, c’était trop pour lui, la blanche et l’autochtone. Il ne s’identifiait ni à l’une ni à l’autre. […] J’ai des petits-enfants. Certains sont en foyer d’accueil. Parce que je ne suis pas capable de m’en occuper. J’ai eu des problèmes de consommation de drogue et d’alcool. »

« Au pensionnat, je n’ai pas appris à recevoir de l’amour, ni appris à en donner », ajoutait pour sa part Ruth Loft, une autre survivante des pensionnats.

Plan d’action québécois

Ils étaient nombreux jeudi à s’être déplacés à l’hôtel Reine Élizabeth de Montréal pour écouter ces témoignages poignants sur la vie des autochtones dans les pensionnats et sur les séquelles qu’elle a laissées, dans un élan d’espoir de guérison des blessures de tout un peuple.

En fin d’après-midi, la ministre déléguée des Affaires autochtones du Québec, Élizabeth Larouche, a annoncé l’élaboration d’un plan d’action pour contrer le racisme et la discrimination envers les autochtones. Elle compte également instaurer un mois des autochtones, pour souligner l’importance de ces peuples parmi nous.

Les audiences de la Commission de vérité et réconciliation se poursuivront jusqu’à samedi à Montréal.

3 commentaires
  • Jean Noreau - Inscrit 26 avril 2013 07 h 14

    Demi-vérité?

    En Argentine et en Afrique du Sud, on a eu les deux versions. Les victimes et le bourreaux.
    Ici, on n'a qu'un point de vue; les victimes
    Où sont les bourreaux?
    En fait, y'a-t-il eu des bourreaux?
    Si autant d'enfants ont été abusés, pourquoi qu'il n'y a aucun bourreau?

    • Christian Dion - Abonné 26 avril 2013 12 h 32

      Ce ne serait pas plutôt parce que ce sont les bourreaux eux-mêmes
      qui refusent de se présenter à la commission. Tel est du moins la position prise par M. Jacques L'Heureux, père Oblat, grand défenseur de ces bourreaux.

  • Gilbert Talbot - Abonné 26 avril 2013 10 h 11

    Oui, il faudrait...

    Oui, il faudrait entendre les confessions des dirigeants de ces pensionnats, de ceux qui ont commis ces actes répréhensibles.
    Oui il faudrait aussi que les gouvernements reconnaissent dans les faits, qu'ils ont maintenu les Indiens dans la misère.
    Oui, il faudrait lutter contre le racisme et l'ostracisme des populations blanches contre les populations indiennes.

    Mais je ne sens pas de volonté dans ce sens, ni de la part du gouvernement Harper, ni du gouvernement du PQ, où la négociation de l'entente commune a été remisée sur les tablettes.