Les enfants disparus des pensionnats autochtones

De 1880 à 1920, de 25 % à 30 % des jeunes autochtones mouraient au cours de leur séjour au pensionnat.
Photo: Archives des Châtelets De 1880 à 1920, de 25 % à 30 % des jeunes autochtones mouraient au cours de leur séjour au pensionnat.

C’est ce qu’a trouvé l’archéologue Alex Maass, dans le cadre d’une recherche sur les enfants morts dans les pensionnats indiens à travers le Canada commandée par la Commission de vérité et réconciliation, qui tient des audiences publiques et un événement national cette semaine à Montréal.

Selon la chercheuse, au cours des premières années des pensionnats indiens, soit de 1880 à 1920, de 25 % à 30 % des pensionnaires mouraient au cours de leur séjour. « C’est beaucoup plus que le taux de mortalité de l’ensemble de la population. Et cela, le gouvernement fédéral le savait, parce qu’il avait les mêmes registres que nous », dit-elle.

La première cause de mortalité, c’était la maladie, la tuberculose en tête de liste, puis, surtout durant l’épidémie de 1918 et 1919, la grippe espagnole.

Puis, arrivent les accidents, survenant souvent alors qu’un enfant tente de se sauver du pensionnat pour rentrer chez lui. « Il y a cette histoire à crever le coeur d’un enfant qui a réussi à parcourir 20 milles pour mourir alors qu’il n’était plus qu’à un mille de sa communauté », raconte Alex Maass.

Certains évadés se noyaient dans les lacs ou les rivières avoisinant les pensionnats, d’autres finissaient par mourir de froid.

 

Plus de 3000 enfants

Au cours des audiences tenues par la Commission de vérité et réconciliation, on a souvent entendu des témoignages de pensionnaires dont les frères ou soeurs avaient disparu au pensionnat, et dont les parents n’en avaient pas été avisés, relève Alex Maass. « Il est difficile de déterminer jusqu’à quel point les autorités du pensionnat ont essayé de rejoindre les parents », dit-elle. Ces derniers étaient par ailleurs souvent partis à la chasse, et étaient difficiles à rejoindre.

L’équipe d’Alex Maass a répertorié à ce jour 50 sites de cimetières où des pensionnaires autochtones ont été enterrés. Dans la moitié des cas, on peut encore voir des marqueurs, parfois, c’est une simple petite plaque de métal indiquant la présence de la tombe d’un enfant.

Le projet sur les enfants disparus, que mène l’équipe d’Alex Maass, vise l’établissement d’un registre public de tous les enfants morts dans les pensionnats autochtones canadiens. À ce jour, l’équipe en a recensé plus de 3000. « Il n’y avait pas autant de pensionnats autochtones au Québec, donc le registre est moins important ici », raconte Alex Maass. Reste que l’équipe a recensé des décès d’autochtones aux pensionnats de La Tuque, de Maliotenam, Pointe-Bleue et Amos, et que des cimetières ont été identifiés près de Fort Georges.

L’événement national de la Commission de vérité et réconciliation se poursuivra jusqu’au 27 avril à Montréal. Des témoins honoraires seront invités à écouter les témoignages, dont l’ancien premier ministre du Canada, Paul Martin, et le joueur de hockey Joé Juneau. Les audiences sont publiques et tous les Québécois sont invités à y assister gratuitement à l’hôtel Reine-Élizabeth de Montréal.

12 commentaires
  • Salducci Pierre Jean - Inscrit 24 avril 2013 04 h 46

    Vérité oui et réconciliation avec sanctions.

    Bonjour,
    Encore la religion, le mal du siècle après la drogue.
    Il faut envoyer tout cela au pape et surtout les toucher là où ça fait mal, c'est à dire au porte monnaie.
    Quand je pense à ces pauvres gamins et à leurs famille, c'est un crime impardonnable.

    • Christian Dion - Abonné 24 avril 2013 08 h 39

      La religion n'est pas seulement le mal du siècle mais celui d'au moins les
      les deux derniers millénaires.

    • Salducci Pierre Jean - Inscrit 24 avril 2013 09 h 33

      Désolé pour la faute d'orthographe, "lire familles"

  • Jean Noreau - Inscrit 24 avril 2013 06 h 19

    beaucoup plus que le taux de mortalité de l’ensemble de la population??

    «Au tournant du 20e siècle, un enfant sur quatre meurt au Québec avant l'âge de un an; c'est plus que partout ailleurs au Canada et même en Amérique du Nord . Le développement des villes, amorcé à la fin du siècle précédent, s'accélère. Les quartiers ouvriers, de plus en plus populeux, comptent de nombreux logements insalubres. Dans ce contexte urbain où se mêlent promiscuité, hygiène déficiente, air vicié, eau et lait de qualité douteuse, les tout-petits meurent de la diarrhée ou de maladies contagieuses, surtout l'été .» (Nathalie Lampron, 2005)

    http://www.mccord-museum.qc.ca/scripts/printtour.p


    Mes arrières-grands-parents vivaient à Montréal à la fin du 19e. De leurs 4 enfants, seul mon grand-père a survécu. Les 3 autres sont morts avant un. J'ose à peine imaginer le drame familial.

    • Isabelle Binet-Rochette - Inscrite 24 avril 2013 10 h 31

      Merci pour ce lien. Ces informations sont très pénibles à lire mais essentielles.

  • France Marcotte - Inscrite 24 avril 2013 10 h 45

    Horreur dans le Grand Nord du monde

    Ce n'est pas ailleurs, ce n'est pas en Europe pendant la guerre, ce n'est pas au sud chez les esclavagistes, c'est ici, dans ce pays aux mains blanches.

  • Yvon Bureau - Abonné 24 avril 2013 10 h 47

    Proche en coeur

    Comme étudiant, il y a 50 années, j'ai passé deux étés dans les réserves, au nord du Manitoba. Y ai vu des personnes missionnaires qui aidaient de façon remarquable. D'autres, minoritairement, malheuruesement...

    Mon coeur est près des victimes et de leurs proches, en ce temps de Commission.

    Aux temps des Missions, il y a eu beaucoup de bien, et du mal, du très mal.

    Ô religion, que ... on fait en ton nom !