Saint-Charles-Borromée: tourner la page

Vendredi, la direction de l’ancien CHSLD Saint-Charles-Borromée, aujourd’hui renommé CHSLD Centre-ville de Montréal, a voulu passer un message clair : la maltraitance relève du passé.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Vendredi, la direction de l’ancien CHSLD Saint-Charles-Borromée, aujourd’hui renommé CHSLD Centre-ville de Montréal, a voulu passer un message clair : la maltraitance relève du passé.

Un douloureux chapitre de l’histoire du CHSLD Saint-Charles-Borromée se ferme, avec l’indemnisation des quelques centaines de résidents qui y ont subi de la maltraitance entre 1995 et 2006. Réglant à l’amiable un recours collectif intenté en 1999, Québec versera 8,5 millions de dollars.

Pour l’avocat ayant mené ce dossier depuis ses débuts, Me Jean-Pierre Ménard, cette entente marquera un « tournant historique dans le traitement des sans-voix de notre système de santé ».


Il y avait vendredi une grande absente à la conférence de presse. La requérante Gisèle Allard, résidente du CHSLD qui a sonné l’alarme, est décédée des suites de sa maladie en 2009.


Hygiène, alimentation, surmédication, absence de loisirs… Les sévices subis par Mme Allard dans les années 90 avaient inquiété ses amies Hélène Rumak et Johanne Ravenda, de l’organisme Handicap-Vie-Dignité. Elle n’était pas seule, constate-t-on rapidement. Le recours collectif s’organise en 1999, mais la situation change peu : d’autres scandales allaient éclater dans les médias en 2003. Une mise sous tutelle, cette même année, allait amorcer un changement culturel et organisationnel majeur au CHSLD, entaché par les allégations de mauvais traitements et marqué par le suicide de son directeur général, Léon Lafleur.


Pour Me Ménard, « Saint-Charles, c’est la défaillance d’une organisation. Mais aussi la faillite à protéger les plus vulnérables par les ordres professionnels, le curateur public, l’agence de la santé, le ministère. Tous ont su à un certain moment donné que ça n’allait pas et tous ont fermé les yeux », dit l’avocat. Le dossier a pris un virage positif en 2007, précise-t-il. « On espère ne jamais avoir à intenter un tel recours à nouveau dans l’avenir. Mais s’il le faut, nous le ferons », a-t-il lancé en guise d’avertissement.


Très émue, Johanne Ravenda a présenté des photos de son amie Gisèle Allard aux journalistes, parfois souriante, parfois présentant des traces de mauvais soins. Après des années de maltraitance, toujours hébergée à Saint-Charles-Borromée, elle a connu des années de « bienveillance », assure son amie. La bataille n’aura pas été vaine. « Aujourd’hui, s’il m’arrive quelque chose, j’irai à Saint-Charles-Borromée, dit même Mme Ravenda. Depuis cette semaine, avec cette entente, je me couche le soir avec un sentiment de sérénité. »

 

Changement de culture


Vendredi, la direction du CHSLD a voulu passer un message clair : la maltraitance relève du passé. « Nous sommes heureux de l’entente, a dit la directrice de l’hébergement au CSSS Jeanne-Mance, Hélène Larochelle. La clientèle qui a eu à subir des services médiocres pourra enfin tourner la page. » Aucun des membres du personnel présenté aux journalistes pour une visite d’un étage du CHSLD, vendredi, n’était employé au moment des faits. L’établissement, aujourd’hui nommé CHSLD Centre-ville de Montréal, a obtenu son accréditation d’Agrément Canada et les résidents appuient la direction pour affirmer que les temps ont bien changé - pour le mieux.


Pour le vice-président de l’actuel comité des usagers, Jean Noiseux, « le recours aura servi à montrer que les résidents ont le droit à l’intégrité, et aussi à leurs rêves ».

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