Commission Charbonneau - Beaucoup de contradictions pour peu d’aveux

Le témoignage de Bernard Trépanier (à gauche) contredit ceux de plusieurs témoins.
Photo: - Le Devoir Le témoignage de Bernard Trépanier (à gauche) contredit ceux de plusieurs témoins.

Bernard Trépanier s’est révélé peu à peu comme un collecteur de fonds sans scrupules, capable de briser toutes les règles de financement en suivant sa propre logique de développement des affaires.


L’ancien directeur du financement d’Union Montréal a presque terminé son témoignage à la commission Charbonneau. Égal à lui-même, il a refusé d’assumer la pleine responsabilité dans la création du cartel des ingénieurs et le versement de ristournes illicites de 3 % au parti.


« Monsieur 3 % » n’en finit plus de contredire les nombreux ingénieurs qui ont affirmé sous serment qu’ils devaient verser des ristournes à Union Montréal en échange d’une généreuse part des contrats publics. Charles Meunier (BPR), Yves Cadotte (SNC-Lavalin) et Michel Lalonde (Génius) ont tous menti à son sujet. De M. Meunier, il n’a « jamais » accepté d’argent comptant. De M. Cadotte, il a pris 40 000 $, et non 125 000 $. Enfin, il n’a jamais sollicité M. Lalonde pour le financement de l’ancienne ministre libérale, Line Beauchamp.


En gros, l’homme de 74 ans reproche en termes confus aux membres du cartel des ingénieurs de faire porter sur ses épaules l’ensemble de leurs activités de financement illégal. « Je craquerai pas. J’ai pris ce que j’ai pris. Ce que j’ai pas pris, je l’ai pas fait », a dit M. Trépanier à bout de patience.

 

Dons et contrats


À son corps défendant, M. Trépanier concède du terrain au procureur Denis Gallant. Il y a deux semaines, il a fini par admettre qu’il avait tenté de répartir les contrats entre les firmes de génie qui contribuaient au financement d’Union Montréal, avant d’être écarté pour sa maladresse par les ingénieurs Michel Lalonde et Rosaire Sauriol.


Lundi, il a reconnu que l’ampleur des contrats accordés aux firmes de génie-conseil était proportionnelle à leur générosité pour le parti. Il a aussi admis qu’il ne rechignait pas à accepter des contributions des entreprises, illégales par définition, que ce soit en chèque ou en argent comptant. Ingénieurs, architectes, avocats : tous les types de cabinets de professionnels étaient ciblés par ses opérations de financement sectoriel.


Le courant ne passe pas entre Me Gallant et lui. Pressé de questions par le procureur qui cherchait à comprendre son modus operandi, M. Trépanier lui a lancé : « Prochaine campagne électorale, je vais vous inviter. »


Le vieux routier a éprouvé du mal à justifier certaines de ses pratiques. Le responsable du financement pour Union Montréal devait atteindre des objectifs fixés par les bonzes du parti, mais il ne se donnait même pas la peine de compter les recettes à l’issue d’un cocktail.


Louis Lewis et lui étaient les deux seuls employés du parti à connaître la combinaison du fameux coffre-fort, dans lequel « Monsieur 3 % » a entreposé notamment le don en argent comptant de 40 000 $ attribué à Yves Cadotte. Quand les liasses de billets se sont volatilisées, il n’a posé aucune question, présumant qu’elles avaient été déposées dans le compte du parti. L’explication a fait sourciller le commissaire Renaud Lachance.

 

Milioto épargné


M. Trépanier a bien pris soin de tenir les entrepreneurs et leur intermédiaire auprès de la mafia, Nicolo Milioto, loin de son témoignage en dents-de-scie.


L’ex-patron de Mivela, surnommé « Monsieur Trottoir », ne percevait pas de ristournes pour le bénéfice d’Union Montréal auprès des entrepreneurs. « Non, il ne m’amenait pas d’argent », a-t-il dit.


Des entrepreneurs tels que Lino Zambito ont déclaré qu’ils versaient un pizzo de 2,5 % à la mafia et une ristourne de 3 % à Union Montréal par l’entremise de M. Milioto. Lors de l’opération Colisée, M. Milioto a été filmé pendant qu’il comptait et échangeait des liasses d’argent avec le défunt parrain Nicolo Rizzuto.


M. Trépanier était en contact régulier avec l’ex-président du comité exécutif, Frank Zampino (1808 appels), et Nicolo Milioto (81 appels). Ses liens avec Nicolo Milioto se limitaient à l’appeler pour lui vendre des billets pour les cocktails de financement d’Union Montréal, assure-t-il.


Le procureur Denis Gallant a par ailleurs analysé les relations d’affaires entre M. Trépanier et Astral. De 2002 à 2011, le collecteur de fonds et organisateur politique a reçu des honoraires de près de 570 000 $ de la compagnie.


M. Trépanier était payé à commission pour aider Astral à placer des panneaux publicitaires dans différentes municipalités, dont Montréal, Laval et Longueuil. Il avoue d’emblée qu’il marchandait ses contacts politiques auprès de l’entreprise. « Comme hobby, j’organisais des élections. C’était dans le but de m’ouvrir des portes », a-t-il dit.


M. Trépanier abordera mardi son rôle dans la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur à Paolo Catania. Il sera suivi de Frank Zampino, qui est considéré comme le plus haut responsable politique des stratagèmes de collusion dans l’octroi des contrats.

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