Le «marche et parle», nouveau remède à la sédentarité

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	«Pour vaincre la sédentarité qui s’est emparée de nos sociétés, il faut plus que des salles de sport et d’entraînement», dit Marie-Ève Mathieu, chercheuse dans le domaine de l’obésité et du diabète.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo)
«Pour vaincre la sédentarité qui s’est emparée de nos sociétés, il faut plus que des salles de sport et d’entraînement», dit Marie-Ève Mathieu, chercheuse dans le domaine de l’obésité et du diabète.

Aux grands maux, les petits pas. Depuis quelques années, la jeune entrepreneure de la Silicon Valley, en Californie, Nolifer Merchant, a changé le cadre et l’environnement de ses réunions de travail, qu’elle tient désormais… en marchant, plutôt qu’en restant assise à son bureau, dans une salle de réunion classique ou devant un café ou un repas.

Baptisée « walkntalks » - « marche et parle » dans la langue de Molière -, cette mise en mouvement d’un incontournable des milieux de travail serait d’ailleurs plus que salutaire, selon elle, dans des sociétés que l’économie et la technologie ont rendues dangereusement sédentaires. Et l’idée gagnerait même à se répandre dans tous les milieux de travail sédentaire, de la côte ouest américaine aux banlieues et centres-villes du Québec, croient plusieurs spécialistes de la santé publique.


« C’est quelque chose qui est loin d’être farfelu, lance à l’autre bout du fil, assise à son bureau, Marie-Ève Mathieu, professeure du Département de kinésiologie de l’Université de Montréal, et chercheuse dans le domaine de l’obésité et du diabète. Pour vaincre la sédentarité qui s’est emparée de nos sociétés, il faut plus que des salles de sport et d’entraînement. Les incitatifs à se mettre en mouvement doivent venir de partout dans l’environnement. Cela passe par le sport, l’activité physique, le transport actif et, pourquoi pas, par les réunions en marchant. »


Marcher en parlant. L’image n’est pas sans rappeler ces déplacements de puissants avec leur nuée de collaborateurs dans l’« aile ouest » de la Maison-Blanche. C’est aussi depuis 4 ans le trait distinctif que s’est donné Mme Merchant pour déjouer la mathématique du présent. « Pour notre travail, nous sommes assis plus qu’autre chose, expliquait-elle au début de l’année dans les pages numériques du magazine Harvard Business Review. Tous les jours, nous passons plus de temps en moyenne sur une chaise (9,3 heures par jour) que couchés (7,7 heures). Cette posture est tellement ancrée, tellement répandue, que nous ne la remettons pas en question. »


Inertie et maladie


Et pourtant, la science n’est pas à court d’arguments pour provoquer cette remise en question. Comment ? En évoquant une diminution de 90 % de l’enzyme qui permet de brûler le gras dans l’organisme, après une heure à peine passée sur une chaise, mais aussi, la diminution du bon cholestérol dans cette position. Les vies sédentaires s’accompagnent de la montée en flèche de l’embonpoint et de l’obésité dans les sociétés occidentales et branchées en permanence à un réseau numérique, tout comme des maladies cardio-vasculaires, du diabète de type 2 et des cancers variés, dont celui du colon.


En moyenne, Mme Merchant parcourt chaque semaine entre 30 et 50 kilomètres à pieds dans le cadre des 4 à 5 réunions de ce genre qu’elle a chaque semaine à son agenda. « Seulement 30 % de mes interlocuteurs refusent ce mode de réunion parce qu’ils estiment ne pas être assez en forme pour marcher », précise-t-elle tout en qualifiant ses « marche et parle » de « périodes très créatives » dans sa semaine de travail, ce qui n’étonne pas Marie-Ève Mathieu, qui, lors d’études postdoctorales à l’Université Laval, participait à des réunions de travail en… courant.


« C’était la technique de réunion du directeur de recherche pour lequel je travaillais à l’époque, dit-elle. Il ne fallait surtout pas manquer de souffle. » Selon elle, la marche a un effet positif sur le partage d’idées, puisqu’elle amène, de manière « semi-consciente », à être plus concentré, à se rendre à l’essentiel. Qui plus est, loin de l’air conditionné, loin d’un cadre de rencontre prévisible et formel, mais aussi, loin des distractions technologiques habituelles et de la très moderne division de l’attention qu’encouragent aujourd’hui les téléphones intelligents, ces rencontres sont aussi plus productives, ajoute Mme Merchant, qui reconnaît que la technologie peut toutefois être présente dans les « marche et parle », mais de manière moins intrusive, pour enregistrer un échange par exemple, histoire de s’en souvenir plus tard.

 

Au-delà des préjugés


À les écouter, le présent aurait trouvé dans ce nouveau mode de rencontres de travail une façon simple et efficace pour lutter contre son inéluctable destin, à condition toutefois d’aller, dans plusieurs milieux, au-delà des préjugés habituels, estime Mme Mathieu. « Il va falloir briser des perceptions, dit-elle. Beaucoup de gens croient encore qu’il faut être assis derrière un bureau pour travailler et être productif. Selon eux, quelqu’un qui marche, c’est forcément quelqu’un qui ne travaille pas. Dans plusieurs milieux et pour plusieurs emplois, c’est bien sûr faux. On le sait tous que les bonnes idées, les idées neuves, ne se trouvent pas toujours lorsqu’on est assis. »


Tout en rappelant que le corps humain a besoin, pour son équilibre, d’alternance entre activités physiques et repos, et que cette alternance, socialement et professionnellement, est de moins en moins possible, la spécialiste en kinésiologie estime que le cerveau humain, lui, aurait maintenant besoin de modèles, d’exemples, pour sortir de ses ornières et envisager sérieusement d’adopter massivement ce mode de réunions marchées. Un modèle que Nolifer Merchant aime bien jouer, elle qui a attiré dans les dernières semaines le regard de CNN et du magazine Wired avec son idée de réunions marchées. « On pourrait aussi songer à instaurer au Québec une semaine de la réunion active », dit-elle, histoire de marcher dans la même direction qu’elle. Un projet qui mérite sans doute une petite promenade à l’air libre, pour y penser avec un peu plus d’attention.

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 mars 2013 03 h 24

    Hier comme aujourd'hui...

    Ce qui était bon hier ne continu-t-il pas parfois de pouvoir l'être de nos jours ?

    Si tel est le cas, pas besoin d'aller chercher conseils et recettes ailleurs. Revenons au bon sens de nos mères et grands-mères d'ici et

    Allons tous jouer dehors !!!

    Tourlou.

  • Gérard Côté - Inscrit 28 mars 2013 09 h 10

    Camminare e parlare

    Que de sagesse dans tout ça. Voyez l'exemple deux hommes d'affaires réputés messieurs Rizzuto et Milloto qui brassaient des affaires tout en prenant de longues marches (à l'abri des micros de la police). Silicon Valley peut se r'habiller nous avons ça au Québec depuis longtemps.

    Je m'en vais prendre ma marche...

  • Sylvain Auclair - Abonné 28 mars 2013 10 h 12

    Intinéraire

    Mais il va falloir qu'ils donnent leur itinéraire à la police, non?

    Quoi? Qu'entends-je? Que le règlement P-6 ne s'applique pas à ceux qui portent complet-cravate ou tailleur?