Le phoque dans la peau

«Le loup-marin est à la base de produits de très haute qualité, explique Rachel Drouin. Moi, j’ai voulu complètement revoir l’approche qu’on a de l’usage de la peau de phoque en couture.»
Photo: Jean-François Nadeau - Le Devoir «Le loup-marin est à la base de produits de très haute qualité, explique Rachel Drouin. Moi, j’ai voulu complètement revoir l’approche qu’on a de l’usage de la peau de phoque en couture.»

Elles sont deux, installées chacune dans leur maison face à la mer, à un jet de pierre l’une de l’autre. Rachel Drouin et sa belle-soeur Odette Leblanc sont aujourd’hui les seuls artisans des îles de la Madeleine à créer encore des vêtements originaux à partir de peaux de phoque.


Il fut un temps où ce type de produits était l’une des marques distinctives des Îles. Mitaines, sacs à main, manteaux et bonnets, en tout ou en partie réalisés avec des peaux de phoque, avaient la cote en raison de leur souplesse, de leur durabilité, de leur imperméabilité et de leur style unique.


Pour les mêmes raisons, les bottes en loup-marin étaient aussi très recherchées. Quelques fabricants en proposent toujours, com me le bottier Bilodeau.


« Le loup-marin est à la base de produits de très haute qualité, explique Rachel Drouin. Moi, j’ai voulu complètement revoir l’approche qu’on a de l’usage de la peau de phoque en couture. Rien ne me fait plus plaisir, aujourd’hui, que de voir de jeunes femmes porter mes tuques ou mes mitaines de laine bouillie rehaussées d’éléments en phoque. Je veux que mes vêtements soient accessibles. Ces jeunes qui viennent me voir ont compris vers où je m’en vais. Mon approche est résolument moderne. Ce qui me distingue, en plus, c’est la très grande qualité de la finition. »


Cousus main, haut de gamme mais abordables, les articles de l’atelier de Rachel Drouin sont disponibles dans quelques-unes des boutiques des îles de la Madeleine que fréquentent les touristes en été, dont La Maison du héron (la-maison-du-heron.com). « On devrait, en principe, les trouver sous peu à Montréal également, distribués dans quelques commerces. »


Des matériaux de qualité


Mais créer à partir de cette ressource de la mer n’est pas simple. Il faut d’abord savoir se procurer des peaux de qualité avant même de penser à tailler. « J’ai d’abord essayé pendant trois ans d’obtenir des peaux d’une entreprise des Îles, poursuit-elle. Sans succès. J’ai mê me gardé mes relevés téléphoniques pour montrer à quel point c’était ridicule comme situation. J’ai eu beau multiplier les démar ches, il a fallu me résoudre à acheter mes peaux à Terre-Neuve ! »


Est-ce, en conséquence, un autre cuir que celui des phoques des Îles de la Madeleine qu’elle utilise ? « Pas du tout. En fait, ces phoques appartiennent au même troupeau, mais les peaux sont préparées à Terre-Neuve. Jusqu’ici, il y avait deux entreprises qui faisaient ça là-bas. Il n’y en a plus qu’une. Depuis, les prix ont grimpé d’au moins 30 % pour certains types de peaux. Pour moi, ce sont de gros investissements. »


Il fut un temps où les bottes et les manteaux de loup-marrin étaient très populaires. « Les bottes en loup-marin, ça reste indestructible ! Les manteaux de phoque étaient aussi recherchés que ceux en vison ou en renard. Mais, pour ma part, je ne fabriquerais pas un manteau en peau de phoque aujourd’hui. Les temps ont changé. Nous sommes habitués à des matériaux plus légers. Je préfère penser à la jeune femme qui n’a pas forcément une fortune à dépenser mais qui cherche à être originale par ses accessoires. »


Rachel Drouin croit qu’« il y a eu une mauvaise presse délirante contre la chasse au phoque. Comme si l’usage du pétrole pour la fabrication du nylon, du polyester et des autres matériaux synthétiques était bien meilleur pour la planète que d’utiliser une ressource naturelle et renouvelable. »